Correspondance de John-Antoine Nau à Toussaint Luca (30 mars 1913)

Description

Correspondance manuscrite originale de Johan-Antoine Nau à Toussaint Luca, le 30 mars 1913 depuis Porto-Vecchio, Tournant de la Marine.
(Support : papier libre)

Retranscription :

Porto-Vecchio, 30 mars 1913,
Tournant de la Marine

Mon cher ami,
Excusez-moi d’employer ce papier à lettre primitif, mais personne de la maison n’est allé aujourd’hui chez Alessandri, Ferracci ou Bàrtoli et ma boite à « velin » est vide.
Merci d’avoir fait si gentiment vos efforts pour obtenir quelque chose pour cette oie de Mallaroni. C’est un très brave bougre, très digne d’intérêt, mais il est gâteux. Il aura encore fait quelque idiotie pour qu’on raie sa femme de la liste des nécessiteux !!
Quand ma femme lui a appris le résultat de l’affaire, il a paru étonné mais point trop attristé, ou bien ce fut le contraire. En tout cas, lorsqu’on lui demanda ce qu’il voulait qu’on tentât pour lui afin de le repêcher, il leva les bras au ciel, sembla invoquer Allah et déclara en pur dialecte continental qu’ « y y avait pus moyen d’rien fiche » !
S’il trouve quelque chose, je vous ennuierai encore, mon cher ami, avec les histoires de ce sympathique veau. En attendant, il semble vouloir offrir quelques jours de vacances, à vous et à nous.
C’est une tourte mais un très brave homme très travailleur, (bien que retraité), et affligé de huit enfants dont six tout à fait à sa charge.
Venez donc faire un tour en Corse. Vous nous ferez grand plaisir, à ma femme et à moi et puis vous verrez à Porto-Vecchio des types qui ne sont pas dans un sac, et comme je parie que vous n’en détenez pas à Campile. De plus vous pourrez admirer l’oiseau (je parle de mon excellent Mallaroni) et comme vous savez le Corse, je vous assure qu’il ne vous embêtera pas. (On m’affirme qu’il est très rigolo quand il parle son idiome naturel !)
Après cela qu’importe qu’il soit rasant et même barbant quand il se sert du langage « pinzuto » officiel !
Que faites-vous de bon dans l’Ardèche ? Le joyeux Rhône vous inspire-t-il de belles poésies ?
Ma femme vous est aussi reconnaissante que moi du mal que vous vous êtes donné pour notre voisin. Elle vous fait, comme moi, mille amitiés.
Merci encore. Je vous serre énergiquement la pince et demeure votre tout dévoué ami,

John-Antoine Nau
Médaillé de la Campagne du Fium’Orbo

(quatorze fois à l’ordre du jour,
deux caboulots fortifiés pris d’assaut, trois gendarmes
flingotés, écorchés et proprement tannés,
puis transformés en bottes de luxe, en culottes de cheval etc.)

Auteur

Nau, John-Antoine

Source

Gherardi, Eugène F.-X., Tournant de la Marine : La Corse de John-Antoine Nau 1909-1916, Ajaccio : Albiana, 2016.

Date

30 mars 1913

Contributeur

Luca, Toussaint

Droits

Collection particulière

Licence

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Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International, à la condition expresse de citer l’institution de conservation et l'identifiant de la ressource comme suit : « Médiathèque Culturelle de la Corse, [identifiant de la ressource] ».

Relation

Fonds John-Antoine Nau

Langue

français

Citer ce document

Nau, John-Antoine, “Correspondance de John-Antoine Nau à Toussaint Luca (30 mars 1913)”, Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses, consulté le 20 octobre 2021, https://m3c.univ-corse.fr/items/show/1102386.

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