Sous le pâle et si lointain soleil d'or cendré : John-Antoine Nau in Corsica (1909-1916)

Description

Porto-Vecchio
Tournant de Marine – Corse
20 mars 1913

Mon cher ami, […] Comme j’étais encore assez « loque » au reçu de votre lettre, c’est ma femme qui a écrit au Préfet de la Corse. Et ce qu’il y a de plus joli, c’est que le jour même où elle s’était livrée ou allait se livrer à sa besogne épistolaire, un Monsieur très beau, très, très élégant pour Porto-Vecchio, passait devant nos fenêtres. Il y avait, par hasard, au Tournant de la Marine, un certain mouvement de bons hommes et de bonnes femmes ; et tout le monde saluait le beau Monsieur.Nous finîmes, ma femme et moi, par nous dire que c’était au moins « un marchand de liège vraiment à la hauteur » et qui devait singulièrement « rapporter » à nos frères Portovecchiens pourqu’ils se montrassent si prodigues de marques de considération !!! Mais le petit Roccaserra, le docteur, conseiller général, gros monsieur, – et qui ne s’humanise pas avec tout le monde, descend vers la Marine dans son équipage, – saute de sa voiture et se précipite sur le beau Monsieur qu’il comble de poignées de main et de marques d’amitié. – Oh ! Pour le coup ! dis-je à ma femme, c’est bien sûr le directeur de la future compagnie des Chemins de Fer du Sud de la Corse ou bien Minuto-Grosso ressuscité ! – Je parie, me dit ma femme en plaisantant, que c’est le Préfet ! Renseignements pris, le lendemain, c’était bien le Préfet accompagné du Sous-Préfet de Sartène et de quelques « énormeslégumes », – venu à propos au sujet de l’attaque de l’automobile Ghisonaccia- Sartène. En bons provinciaux, nous fûmes très émus : pensez-vous ! L’homme au seul nom duquel un grand frémissement fait onduler et courber les plus hauts maquis de la Corse, – avait promené son ombre sur les parois de notre grotte !! Je l’ai vu, de mes yeux vus, se gratter le nez comme un simple mortel, le jour où ma femme lui avait écrit ou allait lui écrire ! Morale : il a une tête de bon zigue et de rigolo. J’aime assez ces cafetières-là et en augure bien pour l’infortuné Mallaroni. En vous remerciant encore, mon cher ami, je vous envoie la plus forte poignée de main et ma femme vous dit mille choses cordiales.

Votre ami,
John-Antoine Nau
Dompteur de gendarmes
Et futur assaillant pour automobiles publiques de la Corse

Table des matières

Panneau de présentation
  1. Prologue
  2. De la Californie à la Bretagne
  3. Le premier lauréat du Goncourt
  4. Le poète
  5. Le croyant
  6. La Corse, plus sauvagement belle…
  7. Un vieux singe frileux et enflanellé
  8. Aux Pinzuti de passage chez nous…
  9. Dans cette actuelle Corse à la Mérimée…
  10. Minuto Grosso ressuscité…
  11. Quelle barbarie !
  12. Thérèse Donati

Extraits de correspondance dactylographiés

Auteur

Gherardi, Eugène F.-X.
Balmon, Theodora

Date

2018

Contributeur

Vigourous, Sophie
Lemenn, Jacky

Droits

Università di Corsica Pasquale Paoli (Blibliothèque Universitaire)

Licence

Licence Creative Commons
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International, à la condition expresse de citer l’institution de conservation et l'identifiant de la ressource comme suit : « Médiathèque Culturelle de la Corse, [identifiant de la ressource] ».

Relation

Sous le pâle et si lointain soleil d'or cendré : John-Antoine Nau in Corsica (1909-1916)

Langue

français

Lieu de consultation

Bibliothèque Universitaire
Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses

Citer ce document

Gherardi, Eugène F.-X. et Balmon, Theodora, “Sous le pâle et si lointain soleil d'or cendré : John-Antoine Nau in Corsica (1909-1916)”, Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses, consulté le 21 septembre 2021, https://m3c.univ-corse.fr/items/show/1102087.

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