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Etudes des ressources économiques de l’île

Dans le dernier quart du XIXe siècle, la production d’ouvrages, de manuels scolaires consacrés à l’histoire et à la géographie est importante. La IIIe République impose l’écriture du Roman national à travers l’apprentissage de l’histoire, de la géographie et de l’éducation civique, association nouvelle et singulière dans le paysage éducatif européen.

Un décret de 1880 impose une heure par jour d’enseignement de l’histoire et de la géographie en classe. Cette association entre la terre et le temps se concrétise dans une approche chronologique à travers l’étude des territoires de France.

Généralement, les manuels d’histoire et de géographie traitent des régions en commençant par les régions les plus ancrées dans l’histoire de la France. C’est la raison pour laquelle la Corse est souvent abordée à la fin des développements historiques avec, en corollaire, la Savoie et les Alpes Maritimes.

D’un point de vue géographique, le processus est identique, la Corse est à la marge de la métropole.

Quels sont donc les marqueurs des capacités agricoles de l’île qui se retrouvent dans de nombreux ouvrages ?

Premièrement : les piètres qualités du sol

Ainsi, on relève dans le nouveau cours de géographie rédigé par l’abbé Drioux pour les classes de 4ème chez Belin en 1880 : « le sol de l’île est en général pierreux et mal culturé… ; la Corse est une île montagneuse » et dans le nouveau cours de géographie de la France et de ses colonies, programme de 1902, de Fallex et Mairey : « le maquis est la seule richesse incessamment rongé par la dent des chèvres et des moutons ».

Deuxièmement : l’agriculture.

L.H. Ferrand, dans son manuel : Géographie de la France et de ses colonies, fondée sur la cartographie, écrit pour le cours moyen, certificat d’études : « une grande partie est inculte ». Philippe Gidel, dans  La France et ses colonies, ouvrage destiné aux classes de 1ère, préparation à l’examen de St Cyr, donne la même information.

Les potentialités agricoles  

Certains auteurs mettent en avant les grandes potentialités des sols de la Corse.  Mancini, par exemple, dans sa géographie physique, politique, historique et économique de la Corse, écrit à la page 79 : «  le sol de la Corse est des plus fertiles et se prête à toute espèce de culture, négligée pendant longtemps l’agriculture y fait de grands progrès aujourd’hui, chaque année plus de 12000 italiens y vont faire la culture des terres et la récolte ».

Photographie issue de la Bibliothèque patrimoniale Tommaso Prelà, Bastia (Fonds corse)

On retrouve cette propension à mettre en avant des possibilités importantes des terres de l’île, chez Chiappini : «  Le ciel est presque toujours beau, grâce à sa position géographique et à l’exposition variée de ces coteaux, la Corse réunit la végétation de l’Italie à celle de la France ».

Durant notre période d’étude et plus encore à partir de la fin du XIXe siècle, cette analyse positive des potentialités d’exploitation agricole n’est pas partagée par de  nombreux auteurs continentaux de manuels d’ histoire et de géographie traitant du territoire national.

Identité de l’agriculture insulaire :

Pour la plupart des auteurs, la Corse représente, en quelque sorte, l’ensemble des paysages de Méditerranée, une méditerranée en miniature à l’instar de ce que disait Fernand Braudel : « Mille choses à la fois, non pas un paysage mais d’innombrables paysages ».

Il est intéressant de relever l’analogie faite entre les hommes et ce territoire dans l’expression de Philippe Gidel, page106 de son manuel destiné en 1902 aux classes de première, afin de préparer l’examen d’entrée à l’école de Saint Cyr , La France et ses colonies, édité aux éditions Garnier : « Le paysage corse est vide et pierreux, ce paysage purement corse, c’est le contraire d’un paysage civilisé » ; etchez Ambrosi, dans sa géographie de la Corse en 1924, on peut lire à la page 69 : « qu’il  y a une forte similitude entre les  habitants et les cultures pratiquées ».

Déjà sous-jacente dans ces écrits, l’idée de double lecture du paysage,  à la fois un patrimoine et un enjeu, va se développer. A travers les éléments mis en avant de la part de ces concepteurs de manuels, il est clair que l’agriculture insulaire est analysée par le prisme d’une grille de lecture issue de la tradition des géographes français depuis la fin du XVIIIe siècle et ce jusqu’aux années 1850. Cette vision mêle à la fois la géographie dite « utilitaire », selon l’expression de Joseph Martinetti, avec une optique de développement commercial et économique et la promotion de la « Mediterranéité » par le biais des paysages ruraux diversifiés de Corse avec la volonté de mettre en exergue une dimension esthétique de l’île. Ce regard particulier se concrétise chez de nombreux auteurs par  l’emploi de formules élogieuses ou empreintes de considérations de beauté, dénuées d’analyse objective du bilan agricole, par exemple :

 « La côte orientale est une plaine fertile ». (Fallex/Mairey, p.215, 1902) ;

 « Cette île au climat délicieux est un de nos plus grands départements ». (L-H Ferrand, p.9, 1902) ;

« La Corse est  à part, elle mériterait d’être mieux connue ». (Leap /Baudrillard, p.17, ?) ;

« Les cultures les plus diverses se superposent, les bois d’oliviers et les sombres forêts de châtaigniers énormes et touffus ». (F Mane, p.36) ;

« Aucune n’a une forme plus originale et gracieuse, belle, la plus belle, notre Corse est l’île des beautés. La Corse ressemble à un flacon de parfum dont le Cap est le goulot ». (Ambrosi, p.9, 1924).

Enfin, il y a un troisième regard associant de façon plus factuelle et analytique les données de l’agriculture corse avec les caractéristiques physiques de l’île et les perspectives économiques. On retrouve ce processus chez certains auteurs qui font une place à l’expression plus identitaire de ces territoires français particuliers, d’après l’analyse de joseph Martinetti. Nous adhérons à ses conclusions qui montrent que les manuels scolaires expriment également la conciliation entre : «  régions, personnalité régionale et nation à un moment où s’affirme en France le réveil des provinces ».

Photographies issues de la Bibliothèque patrimoniale Tommaso Prelà, Bastia (Fonds corse)

Ces manuels sont au cœur d’une conjoncture historique de conciliation entre ce que l’on a appelé les petites patries(les provinces françaises dont la Corse fait partie à ce moment- là) et la grande patrie la nation française. Cette vision transparaît en particulier dans les manuels de Mancini et de Chiappini qui font la part belle à l’exaltation de la Corse dans sa singularité.

Ils s’inscrivent dans la tradition établie en particulier par Levasseur dans ses ouvrages consacrés à la Géographie pour l’enseignement primaire supérieur ou pour ses cours complets de Géographie à l’usage des maisons d’éducation  en s’appuyant sur des données factuelles qui allient une étude scientifique et une visée politique.

Photographie issue de la Bibliothèque Municipale d'Ajaccio

Dans l’ensemble des manuels étudiés, il est clair que la part consacrée à l’agriculture prédomine car elle représente à la fois une réalité économique incontournable de l’île et une projection de l’imagerie archétypale des territoires méditerranéens dans les représentations des auteurs.

Nature des productions :

Les productions végétales :

La plupart des concepteurs de manuels s’accordent pour dire que les cultures vivrières et arboricoles traditionnelles du bassin méditerranéen sont les cultures majeures en Corse, essentiellement représentées par la trilogie céréales, vignes, oliviers. Cependant l’analyse d’autres cultures n’est pas oubliée et ce dès les premières années de notre période d’étude.

L’oléiculture :

La place de la culture des oliviers est bien soulignée de la part des auteurs,

On retire de l’huile, à Bastia il y a d’excellentes olives, à Calvi des huiles d’olive (L’abbé Drioux, p. 29, 1880)

On fait du commerce d’huile (Géographie abrégée de la France A Dijon),

Elles peuvent rivaliser avec les meilleures du continent (Mancini, p. 81, 1883)

Les cultures rappellent celles de Provence et sont étagées, l’olivier est très répandu dans la Balagne près de Calvi ( Labrosse, p121 ,1905).

En revanche parfois les données sont loin de correspondre à  la réalité, par exemple Ambrosi dans sa Géographie de la Corse en 1924 parle de : il y a 135000 hectares d’olivettes qui donnent 40000000 de kilogrammes d’olives p.79.

Cette affirmation est fausse en réalité les surfaces oléicoles couvrent en Corse près de 12000 hectares à cette époque ! Il faut être vigilant sur les données chiffrées, on peut également  le vérifier s’agissant des altitudes attribuées aux sommets de l’île.

En général, la vigne, les céréales, l’olivier, le Châtaignier et les Forêts sont le fond de la richesse agricole de la Corse. (Mancini, p. 80, 1883).

La viticulture :

Les vins sont partout délicieux ( Chiappini, p.6, 1893)

300000 hectolitres aujourd’hui ( Mancini, p.81, 1883)

Puis viennent ensuite les autres cultures, le Châtaignier, les arbres fruitiers…, l’évocation des différentes productions répond à une analyse logique de la part des nombreux auteurs, cela correspond à la réalité du paysage agricole insulaire de la période d’étude où de multiples tentatives d’améliorations, et  des essais de nouvelles cultures sont réalisées. Les comices agricoles, les sociétés d’agriculture les enquêtes agricoles témoignent des préoccupations des habitants et des autorités publiques afin d’optimiser les potentialités des différents terroirs de l’île.

En revanche cette période d’étude est également le temps des grandes crises agricoles de la fin du XIXe siècle essentiellement les crises oléicole, céréalière, phyloxérique, les manuels globalement ne traitent pas de cet aspect fondamental de l’histoire agricole de ce temps.

Les manuels apportent à a fois des informations chiffrées telles que des quantités annuelles de production, exemple : 950000 hectolitres de céréales en moyenne (Mancini,p.81, 1883.) mais surtout des jugements qualitatifs du type : il y a cependant des régions bien exploitées, les territoires de cargese, vico,la cinarca les environs d’ajaccio, les vallées de l’Ornano et du Rizzanese et surtout les environs de Bastia, la Casinca et la vallée du Regino sont admirablement cultivés et dédommagent largement l’agriculture.(Chiappini, p.9, 1893.)

S’agissant de l’élevage les informations sont plus laconiques dans les différents manuels, la priorité est donnée aux productions végétales.

Etude des ressources économiques de l’île > Les voies de communication et les transports