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Les traits de caractère

Selon les traits de caractère attribués au Corse comme la sobriété, ce dernier ressemble plus à l’ethnotype paysan avec toutefois quelques spécificités qu’à celui du Méditerranéen, souvent décrit comme exubérant.

C’est une race sobre, hospitalière, adroite aux exercices du corps, pleine de courage, dédaigneuse du confortable, que la plupart des indigènes ne soupçonnent même pas ; mais superstitieuse, peu laborieuse, joueuse et surtout vindicative à l’excès. (Gochet p 352)

Dans le premier manuel écrit par un insulaire, Giacobbi dresse un portrait du Corse idéal à partir d’exemples historiques précis. Les qualités suivantes sont mises en valeur : l’honneur, l’hospitalité, le courage, le patriotisme, la vertu des femmes.

Photographie issue de la Bibliothèque patrimoniale Tommaso Prelà, Bastia (Fonds corse)

La prédominance de la vendetta

La caractéristique principale attribuée aux Corses est la vendetta. Elle est corrélative de la violence, la jalousie, l’orgueil. La vendetta est popularisée par l’image romantique de Mérimée et est très présente. Celui-ci porte son attention sur les coutumes et les traditions locales et créent des stéréotypes culturels[1]. Au sein des manuels, les descriptions sont parfois longues et le scientifique se transforme volontiers en chroniqueur relatant des anecdotes :

Malgré les progrès de la civilisation, qui sont sensibles surtout dans les villes, il n’est pas rare de se voir transmettre encore comme un héritage sacré cette haine sanguinaire su connue sous le nom de vendetta, et qui armait les familles les unes contre les autres, ensanglantait les villages et peuplait les maquis de bandits. De bandits, c'est-à-dire de proscrits volontaires, fuyant pour échapper aux représailles, ou encore, de nos jours, aux poursuites administratives, mais prêts à se défendre jusqu’au meurtre.

« Le banditisme, dit G. Faure, a fait plus de mal à la Corse que les luttes incessantes qu’elle a eues à soutenir depuis deux mille ans. C’est lui qui a tué dans son sein, le travail, l’agriculture, le commerce et l’industrie, étouffé la littérature, les lettres et les arts, et retenu dans l’engourdissement une des races les plus actives, les plus intelligentes et les plus énergiques de l’Europe. »

Selon Elisée Reclus, «  la fréquence des meurtres pendant les siècles passés devait être attribuée à la perte de l’indépendance nationale ; l’invasion génoise avait eu pour résultat de diviser les familles. D’ailleurs, la certitude de ne pas trouver d’équité chez les magistrats imposés par la force portait les indigènes à se faire justice eux-mêmes ; ils en étaient revenus à la forme rudimentaire du droit : le talion.

« En certains endroits, chaque maison de paysan était devenue une citadelle crénelée, où les hommes se tenaient sans cesse à l’affût, tandis que les femmes sortaient librement et vaquaient aux travaux des campagnes. Terribles étaient les cérémonies funèbres, quand on apportait à sa famille le corps d’un parent assassiné. Autour du cadavre se démenaient les femmes en agitant les habits rouges de sang, tandis qu’une jeune fille, souvent la sœur du mort, hurlait un cri de haine, un appel furieux à la vengeance. Ces voceri de mort étaient la poésie populaire des Corses » (Gochet, p 352-353, 1900)

Le maquis. Dans les inaccessibles retraites, les bandits bravent impunément même les gendarmes et les lois.

Le bandit corse n’a jamais à se reprocher des crimes contre l’honneur. A la suite de querelles de famille, il exerce la vendetta, la vengeance. S’il tue son semblable, il proclame hautement qu’il n’est ni détrousseur ni voleur de grand chemin. « Il y a quelques années, deux Italiens, deux chenapans de la pire espèce, viennent travailler dans l’île. Ils assassinent le fermier qui les occupait, le dépouillent et prennent le maquis, où ils se livrent au brigandage, arrêtent les voyageurs et les rançonnent. Indignés, les bandits (les vrais) les tuent et les exposent au coin d’un bois avec un écriteau ainsi conçu : «  Ces hommes déshonoraient notre profession ; nous en avons fait justice ; qu’on n’accuse personne de leur mort. »

Des auteurs pensent que ce phénomène va disparaitre assez rapidement. 

Dans l’ensemble, les Corses vivent de la vie pastorale ; ils sont encore organisés par clans. Les mœurs se transforment peu à peu ; le banditisme et la vendetta auront bientôt définitivement disparu. (Gidel, p 391)

Un portrait assez équilibré

D’une manière générale, les avis sur les qualités et les défauts de la population sont assez équilibrés.  Les qualités retenues sont l’hospitalité, le courage, l’amour de la famille, le respect des traditions. Dans

Les Corses sont un peuple courageux, vif, sobre, hospitalier, avide de gloire non de richesses, susceptible de passions violentes, et trop enclins à la vengeance. (Cortambert, 1877, p 298)

Telle est, en résumé, l’histoire de la Corse peuplée encore aujourd’hui par une race d’hommes braves, courageux, intelligents et qui conservent à un très haut degré l’amour de la patrie. (Malte Brun, p 13, 1881)

Le Corse est intelligent, énergique et aventureux ; mais orgueilleux, vindicatif, il est animé de passions violentes qui ont maintenu dans ce pays les déplorables coutumes de la « vendetta ». (Guillot, p 116, 1898)

Les mœurs. Celles-ci sont caractérisées par l’amour de la famille, le respect des traditions, la simplicité de la vie, l’attachement à la liberté. Tous les historiens ont reconnus aux Corses ces qualités, avec l’intelligence, le courage, le penchant pour l’étude mais aussi avec quelques défauts tels que le goût de la vengeance ; le sentiment de la domination, l’inclination à la jalousie. (Ambrosi p. 63, 1924)

Certains auteurs de manuels de géographie ont des avis qui relèvent de la caricature :

La population rude et violente (Shrader, p 132, 1905)

Les auteurs corses, mieux conscients de la situation de l’île, évoquent d’autres maux comme par exemple, le clientélisme. Il faut rappeler qu’à la fin du XIX e siècle, c’est le « règne » du député d’Ajaccio, Emmanuel Arène «  chef du parti républicain modéré dont l’influence et la détention de ressources multiples lui permettent de distribuer à son gré les sièges de parlementaires, de conseillers généraux ou de place dans l’administration locale, continentale ou coloniale[2]

La pauvreté de certains habitants, qui les met sous la dépendance des familles plus riches, fait que l’esprit de clientèle n’a pas complètement disparu. L’idée de l’Etat, le même pour tous, ne s’est pas encore pleinement substitué à lui. (Hantz p 65)

A l’issue de ces lectures, aucun portrait figé ne ressort. Il existe des différences d’opinions entre les auteurs des manuels même si les traits principaux, comme la vendetta, sont relevés par l’ensemble des ouvrages scolaires.

L’intérêt pour la vendetta se retrouve également dans les récits de voyages et dans les essais de juriste comme par exemple : La vendetta, le banditisme et leur suppression


 

[1]RAGGIO, Osvaldo, « Littérature française et vendetta corse », Dictionnaire historique de la Corse, Albiana, 2006, p 560,

[2]PELLEGRINETTI, J.P., « Emmanuel Arène », Dictionnaire historique de la Corse, Albiana, 2006, p 68.