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La perception des Corses

Il est de tradition, déjà dans les récits de voyageurs ayant parcouru l’île dès le milieu du XVIIIe siècle, de faire un état synthétique de « l’homme corse », à la fois par une approche que l’on peut qualifier d’anthropomorphique : caractères physiques, mais aussi par une approche plus psychologique en faisant l’analyse des traits de caractère supposés « spécifiques ».

Cette façon d’aborder la population insulaire se retrouve très souvent dans de nombreux manuels scolaires de la moitié du XIXe siècle et encore quelques fois dans ceux de la première moitié du XXe siècle.

Néanmoins, on peut observer une différence de traitement de cette question selon l’origine des auteurs. En effet, lorsque les auteurs sont d’origine corse, généralement les aspects négatifs du comportement des insulaires sont gommés ou du moins peu présents. Cette description concerne également les traits de caractère psychologiques communément partagés par l’ensemble des habitants : le premier, la paresse, est sans nul doute le plus récurrent car, au-delà de ces manuels, on retrouve cette assertion chez les auteurs de l’Antiquité. Cette affirmation répétée inéluctablement devient une vérité validée par des manuels officiels approuvés par les autorités publiques et destinés à la formation de la jeunesse française. Ainsi, la force de diffusion de ce médium renforce la perception négative que peut avoir la population hexagonale des insulaires avec, en corollaire, les images nées de la légende noire de la Corse issue de l’ère napoléonienne.

Il est toutefois nécessaire d’ajouter que ce trait de caractère est également commun à l’ethnotype méridional, en raison de la douceur du climat.

Ce panorama mêlant analyse psychologique et constatations présupposées in situ, fruit de l’histoire économique de l’île, est repris dans de nombreux manuels ; il permet d’expliquer la situation économique de la Corse.

Cette critique est également présente chez quelques auteurs corses, en filigrane. On peut relever, par exemple, les remarques de M. Chiappini dans le manuel : Géographies départementales de la France - étude physique, historique, administrative, agricole, industrielle et commerciale de chaque département : Corse, par M. Chiappini, inspecteur de l’enseignement primaire. Paris, Gustave Guérin et Cie , éditeurs, 1892, p.2 : « Mais les bras, les capitaux et un peu d’amour du travail manquent » et p.6 : « le pays n’est pas cultivé comme il devrait l’être » ; puis, celles de  L.H. Ferrand dans : Géographie de la France et de ses colonies, cours moyen certificat d’étude, p.32 : « les plaines devraient produire davantage mais les Corses répugnent en général au travail manuel, laissent aux ouvriers italiens le travail ».

Notons cependant qu’en dehors de ces deux ou trois manuels, la grande majorité des manuels scolaires ne mentionne jamais ces affirmations sur l’attitude des insulaires face au travail. Parfois même, c’est le caractère travailleur, dur à la tâche, qui est cité  comme par exemple chez Gidel, La France et ses colonies, p 389  : « Le haut bassin du Golo ou Niolo est habitée par une population presque exclusive de bergers, qui ont gardés les mœurs d’autrefois. C’est une race de travailleurs rude et vaillante. « Nulle part, dit un vieux dicton corse, on ne travaille autant que dans le Niolo. »

Cette ambivalence est souvent liée à la personnalité des auteurs, mais aussi à la conjoncture politique dans laquelle sont produits ces ouvrages.

Par ailleurs, si la situation économique désastreuse de l’île ne peut être imputée à la prétendue paresse des insulaires, certains polygraphes corses en font porter la responsabilité aux gouvernements successifs.

Robaglia Etat économique de la Corse 

Aucun auteur de manuel de prend le risque d’émettre un tel avis, contraire à la glorification de la France.

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