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Description géographique et historique de l'Isle de Corse

Titre

Description géographique et historique de l'Isle de Corse

Alternative Title

Pour joindre aux Cartes et Plans de cette Isle

Sujet

cartographie, géographie physique, humaine, côtes, relief; topographie, bathymétrie, altimétrie, histoire, conquêtes, révolutions, Moyen Âge; époque moderne, Gênes, Génois, France, émeute, 1729, gouvernement, Baron de Newhoff; Neuhoff, histoire militaire, troupes françaises, Rivarola, mœurs, société, coutumes, usages, habillement; langue, religion, lois, colonie grecque, Cargèse, climat; production, commerce, lacs, rivières, fleuves, orographie, hydrographie, routes, axes de communication, chemins, canton, pièves, voies maritimes, navigation, tour; golfes, administration,

Description

L'auteur a rassemblé les mémoires des officiers, les écrits des auteurs anciens et modernes afin de présenter une description complète de la Corse. Cette présentation de l'île est géographique, historique et ethnologique.
232 pages; 25 cm

Table Of Contents

Chapitre premier : Situation et Grandeur de l'Isle de Corse
Chapitre II : Abrégé historique des principales révolutions qui sont arrivées dans le Gouvernement de l'Isle de Corse, et les diverses Nations qui l'ont possédée
Article Premier : Ancien état de la Corse
Article II : État de la Corse et ses Révolutions depuis le dixième siècle jusqu'à la fin du treizième
Article III : État de la Corse depuis le treizième siècle et souveraineté des Génois sur l'Isle
Chapitre III : Relation abrégée des différents Soulèvements de la Corse, de leurs causes, et la part que la France y a prise
Article premier : Cause de la première émeute arrivée en 1729,
Article II : Forme du Gouvernement des Génois pour la Corse lors de la révolte de 1729, et suite de cette révolte,
Article III : Les génois demandent de l'aide à l'Empereur pour soumettre les Corses. Suite des troubles jusqu'à l'arrivée de Théodore,.
Article IV : Arrivée du baron de Newhoff, et ses Opérations en l'Isle de Corse,
Article V : Arrivée des Troupes Françoises en Corse et leurs Opérations,
Article VI : Nouveaux troubles en Corse, excités en 1745 par Rivarola,,
Chapitre IV : portraits des Corses, leurs mœurs, coutumes et usages
Article premier: Caractères, mœurs, langues des Corses
Article II : Religion et Gouvernement des Corses
Article III : Loix que les Gouvernement suivent dans le Gouvernement Civil
Article IV : Usages particuliers de quelques Cantons,
Article V : colonie des Grecs établis en Corse,
Chapitre V : Climat, production, commerce de la Corse
Article premier : Lacs et Rivières
Article II : Animaux domestiques et sauvages, insectes, etc,
Article III : Productions particulières de quelques cantons,
Article IV : Commerce de l'Isle de Corse
Chapitre VI : Tour de l'Isle par mer, contenant la Description particulière et le Routier des Côtes,
Article premier : Côtes orientales de l'Isle de Corse depuis le Cap Blanc et le Cap Corse au nord jusqu'à Bonifacio au sud
Article II : Côtes occidentales de l'Isle de Corse depuis Bonifacio jusqu'à Calvi,
Article III : Côtes septentrionales de la Corse, depuis Calvi jusqu'au Cap Blanc et Corno di Becco
Chapitre VII
Route dans l'intérieur de l'isle
Route d'Ajaccio à Vico
Route d'Ajaccio à la piève de Cinarca
Chemin d'Ajaccio pour Bogognano et Corté
Routes de Bastia à Calvi passant par S. Nicolas, centre des bouches de Tende, Lento et Bigorno
Chemins dans la province de Nebbio
Chemins qui partagent l'Isle de Corse de l'Ouest à l'Est, et leurs passages,
Chemin de Corté à Bastia,
Chemin partant d'Ajaccio pour aller à Cauro, à Ornano, Istria, Zicaro, Bastelica et Sartène
Chapitre VIII : division géographique de la Corse
Article premier: Partie Septentrionale ou Di-qua da Monti
Article II : Partie Méridionale de l'Isle de Corse, ou Di-là da Monti
Province de Vico
Province d'Ajaccio
Fief d'Istria,
Province de Sartène ou de la Rocca,
Province de Bonifacio et Porto-Vecchio

Créateur

Bellin, Jacques-Nicolas

Éditeur

Imprimerie de Didot, Paris

Date

1769

Droits

Domaine public

Format

application/pdf

Langue

français

Type

text

Identifiant

Identifiant sudoc : http://www.sudoc.fr/042738458

Couverture

Corse

Spatial Coverage

Bibliothèque de l'Université de Corse, fonds ancien

Temporal Coverage

18° siècle

Texte

1111111111111111111111111111

04

2 1- ') 8 45 8

06

DESCRIPTION
GI

lAPHIQUE ET HISTORIQUE

DE L'ISLE DE CORSE,
Pour joindre aux Cartes & Plans de cette me , .
Par le Sieur BELLI N, Ingénieur de la. Marine.

Nifi utile eft quod &cimus, Ilulca ell gloria.
Plud..liv. ;, &h. 17.

A PAR l S.
1> E L' 1 M P R 1 MER 1 EDE D 1 DOT.
M.

DCC. LXIX.

DESCRIPTION
GÉOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

DE L'ISLE DE CORSE,
POUI joindre aux Canes & Plans de cette I1le-:'

-

17 6 9.

AVERTISSEMENT.

LE

but Clue je me fuis propofé dans cet Ouvrage,
dl: de le rendre également utile pour la Terre &
pour la Mer, c' fi-à-dire aux Officiers de terre &

*' a ij

iv

-AVE RTlS SEM E

T.

AVERTISS EMENf.

aux Marins; étallt c rtain que la connoiifance
exaél:e & d 'raillée du local> elt aulIi nécelfaire aux
uns comme aux autres, puilque 1 ur sûreté & la
réulIit de leurs emreprifc en dépend nt.

v

que modernes, ce que j'ai cru convenir à mon fujet; les comparant entr'eux, & leur oppofant cette
critique impartiale qui ne cherche que le vrai.
C'ell: dans cette vue que j'ai" donné:
0
1 • Un Précis Hillorique des principales révolutions que cette I11e a elfuyées depuis fes tems connus jufqu'à fa d rniere guerre avec les Génois.

Pour y parvenir, j'ai raffi mblé tous les Mémoires que j'a.vois lieu de croire les plus exa6l:s fur
la Corfe; & plulieurs Officiers qui y fc n-oient 1 s
pr'cédentes Campagnes m'en Ont fourni de rr
d'rail!' fur diffc'r nt parties.

Portrait des Corfes, leurs mœurs, COUtUmes, gouvernement, &c.
30 • Climat, produél:ions & commerce.
4°. Defcriprion particuliere & Routier d 5
CÔtes.
5°. Defcription de diverfes routes dans l'intérieur
de l'IDe.
6°. Divifion géographique de la Corfe par Provinces, avec le détail desPieves & Villages qu' lies
conneonem.
Outre cette Defcription, j'ai dono~ une fuite de
trente-deux Cartes & Plans des diverfes Provinces
& POrts de cette IDe. T oures les Carres font fur la
même échelle; ce qui efr un avantage pour palfer
d'une Carre à l'autre. Les Plans particuliers fonc
fur différences échelles, fuivanr que le plus ou le
moins de détail ra exigé.
2. o.

J'ai eu communicarion des Opérations G'O!!raphiques q' i Ont cr' faires dans l'intérieur de tI11c
.par les lngéni urs, & d s Cart s u'ils en avaient
kv'es.

A l" ard d déEail des Côr , je le dQis aux
Officiers d sVailfeaux du Roi, qui Ont commandé

les Bât~eoms d ll:i~és pour 1 fc rvice dans ces pa~ages, ou olIs ~nt fait beaucoup de remarques uriles
a la aVlganon, & levé 1 s Plans de pluGeurs
Bayes, Ports & MOuillages.
Enfin> je n'ai rieR négligé pour m'inll:ruire, &
pour rendre cet Ouvrao-e- le plus ".;Ie qu'01 fe rait
0
;:,
U<.,
1

polIibl pour 1 p~éfc nt; empruntant dans tous 1 s
Auteurs qui Ont écrit [ur la Corfe, tant 0anciens



,

vj

A VER TI S SEM E NT.

Cette fuite forme un volume, du même format
.que celui-ci, fous le nom d'ATLAS DE L'IsLE
DE CoRSE, qui [e donnera ieparément, [don la
volonté ou le befOin.qu'en auront les Officiers; &
ces deux parties peuvent auΠ[e relier enfemhle.

TABLE
DES CHA PIT RES,
CHAPITRE PREMIER.

Cet Om/ragefi trOllYe à Paris, cheZ M. B eflin >
r'.Le du Doyenné, la premiere arcade de S. Louis
du Louvre; & chez Bailli, Li/;raire, fjuai des
,Augujlins, à l'Occqfzon.

,

S I TUA TI 0 N

& Grandeur de l'1Jle de CoTjè,

page

1

CHA P I.T REl I.
AfJrégé lzi.jlorique des principales révolutions qui
JOm arrivées dans le GOllYer:emem. d: l'Ifle de
CorJé, & les diverJès Nauons qUl lont pojfèdu,
5
ART 1 C L E P REM 1 E R.

Ancien état de la CorJè,
ARTICLE

5

II.'

Etat de la CorJè, & fis Révolution: .depuis le dixieme fiecle juJiiu'à la fin du lrel{Urne,
8
ARTICLE

III.

Eutt de la CoTjè depuis le uei{ieme fiecle , & Sou:
, • ï..
10
veraineté des GenoLS Jur l'lm
J.e,

...

VllJ

DES

TABLE
CHAPITRE

CHA P 1 T RES.

lX

ARTICLE VI.

III.

Rtlation abrlgée des dermers jàulevemenrs de la
Co':fè, de leur caufl, & la part que la France y
a prift,
14


Nouveaux troubles en Co':fè, excités en 1745 par
Rivarola,
41.

ART 1 CLEP REM 1 ER.

Portrait des Coifes, leurs mœurs, coutumes &
6
ujàges,
.
4
ART 1 C LEP REM 1 E R.

CauJè de la premiere émeute arrivée en

ARTICLE

1

1.9, 14

II.

Forme du Gouvernement des Génois pour la Co':fè
lors de la révolu de 171.9, & jiiÏte de cette rtvolte,
16

ARTICLE

III.

1

C LEI V.

1 C

Relirrion & Gouvernement des Co':fès,

57

ART 1 C LEI 1 J.
Loix que les Corjés Jùivent dans le Gouvernement
Civil,
63
ART 1 C L E
J V.
,
Ujâges particuliers de quelques camons,

Arrivée du Baron de Newlwff, & fis Opérations
en t ljle de Corfl,
1. 6

ART

Caraéleres, mœurs, habillements, langue des Corfis,
49
A R T 1 C LEI 1.
b

Les Cinois denuuuleru des lroupes à l'Empereur
pour jàumettre les Co':fès. SuLte des troubles juf
qu'à l'arrivée de Théodore,
1.0

ART

CHA PIT R E l V .

LEV.

ART 1 C

LEV.

ARTICL~

77

Colonie des Greès établie en Corfl ,

CHA PIT RE

Arrivée des Troupes Francoifis en CorJè & leurs
Opérations,

,
33



V.

Climat, Produaion, Commerce de la Coifè,
/J

85

TABLE

DES CHA PIT RES.

ART I C L E P REM I E R.

ARTICLE

Lacs & Rivieres
ARTICLE

l 1.

l l 1.

&c.
94-

Produélions particulieres de quelques cantons, 99
ART l C L li

l V.

Commerce de l'ljle de Coifè ,

CHAPITRE

II;

VI.

Tour d~ l'ljZe par mer, contenant la DejèriptiOTl
l 20
paruculœre & le Routier des CtStes ,
ART l C L li

CHAPITRE VII.
Routes d= l'intérieur de l'ljle ,
Route d'Ajaccio à Vico,

Ibid.

2.04-

120

ART l'C L li

190

Route d'Ajaccio à la Pieve de Cinarca;
192Chemin d'Ajaccio pour Bogognano & Corté, 194Routes de Bajlia à Calvi, paffintpar S. Nicolas,
centre des bouches de Tende, Lento & Bigorno,
197
Chemins dans ltt Province de Nebbio,
2.01
Chemins d= les Montagnes qui partagent l'ljle
de Coifè del'OueJl àl'Ejl, & leurs paffiges,

PRE MIE R.

Câzes Orientales de l'ljle, depuis le Cap Blanc &le Cap Cop au Nord, jujqu'à Bonifacio au
Sud,

1 I.

C8te~ O~ci~emales de l'ljle d~ CorJè , depuis RonifacLO jUfiJu'à Calvi.>

III.

C8tes Septentrionales de la Corfe, depuis Calvi
juJèJu'au Cap Blanc & Como di Becco,
I78

Animaux domeJliques & jàuvages, Infiéles,
ARTICLE

xj

lF

Chemin de Corté à Bajlia,
206
C!œmins partant d'Ajaccio pour aller à Cauro, à
Ornano, à ljlria, Zicaro, Bafle/ica & Sartene.
207

CHAPITRE VIII.
DiviJon Géographique de la Coifè,

2.1 l-

'Xij

TABLE DES CHAPITRES.
ART l C LE!' REM 1ER.

Partie Septentrionale, ou D i-fjua da Monti,
ARTICLE

2. l

3

II.

Partie Méridionale de r Ijle de Corft, ou Di-fa da
Monu,.
222Pr01lince de Vico,
Ibid.
Pr01lince d'Ajaccio,
2.2 5
Fief d'ljlria,
2.27
Province de Sartene ou de la Rocca,
228
Pr01lince de Bonijàcio & Porto· VeccIùo ,
23 1

DESCRIPTION
,

GEOGRAPHIQUE
DE

Fin de la Table des Chapirres.

L'ISLE DE CORSE.
CHAPIT

E PREMIER.

Sùuation & Grandeur de rIjle de Coifé.

CETTE Ille dt une des plus confidérables de la
DESCRIPT.

Mer Méditerranée; [a frruation, [on étendue, [a
fertilité, l'ont de tour tems fait regarder comme
importante, & Ont :miré l'attention de [cs voifins :
ce [ont là [ans doute, les principal s caufes de toUA

3

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

DE L'IsLE DE CORSE.

res les révoluri{)ns qu'elle a elfuyées depuis les rems
les plus reculés ju[qu'à préfem.
Beaucoup d'Auteurs anciens & modernes en-ont
donné des Defcripcions, & l'om rres peu connue:
aujourd'hui nous la connoilforrs beaucoup mieux.
Je n'ai rieR tlégli~é pour rallèmbler rOur s 1
Obfervacions & les R rnar<JliCS qu'on . a fait >
fur-tour dans ces d mi rs t ms . & mon but dl: de
les donner av c 1 plus d'ordre d' xa .tud qu'il
m fc ra poŒble.
L'IDe d Corce eft voiGne des Côr de France
& d c Il d Italie, fa panie du ord'rant à tr m
rrois lieues au Sud Eft du Parr d'Antibes, à cr nt huit lieu s au Sud de la ville de GËn >& à vingrcinq li ues d Livourne fur 1 s Côres d T ofcane :
elle eft très proche de l'Ill de Sardaigne, dom tHe
n'e!t féparée que par un canal ou paffa<7e d' miton
_ b
deux lieues, qu'on appelle 1 Bouches de Boniface: elle n'eft point 'loign'e des Côres d'Afrique;
on ne compte de Tunis à Boniface que c nt vingrcinq li us> & d Boniface à Alger, cent fOUant
lieues an plus.
La polition de ceue Ille >eu égard an Ciel, en
enrre le quaram -un Degré vingt minur s> & le
quarante-rroilieme Degré de Latirude Septentrionale, à pr ndr de.puis fa poinre la plus ord qui

dl: le Cap de Corfe, ju[qu'à la panie la plus Méri-

2.

dionale proche le Port de Bonifacio; ce qui donne
pour fa plus grande longueur du ord au Sud>
quarante-une li ues commun s de France de vingrcinq au Degré (1).
Sa largeur dl: inégale> éranr dans des endroits de
dix-huit lieues, dans d'autres de quinze> & même
de fept à huit li ues : [es Côtes forment des Golfc s
& des Anfes qui en rend nt le comour diflîcile l
ellimer; cependant on peut dire que cerre Ille a
plus de cent vingt lieues de rour >& qu' lie contient
au moins quarre cent quarre-vingts lieues quarrées
de fuperficie.
A l'égard de la Longitude> celle de la ville de
Calvi a 't' déterminée par une Obfervation Allionomique) à!ix degrés rrente minme;; à l'Orient du
Méridien de Paris; ce qui revient à vingt.!ix degrés trente minutes de celui d l'Ifle de Fer.
(1) Il Y• des lieues moyennes de France de d ux mille cioq cems
roifes, doot on fe fen fouvent pollr les Canes Géographiques &
T opognphiques.
Les milles de Cone font évalués à huit cem trente· trois roues &
deux pi ds; il en faut foixante-huit poUt un degté
11 ya d smilles d'hwe & de Provenc de fownre & quinze au

degré.
Il y a des milles de fouante au degré, valanrs neuf cems cinqu,ure-une toif<" dont trois fODt la lieue marine de France &
d'Anglet cre.

A ij

-+

DESCRIPTIO.

GÉOGRAPHIQUE

On voit par cette Gruation , que l'Ille de Corfe
peut commercer aifémem a\-ec la France, l'Efpagne, l'Italie & la Barbarie. Elle a pluGeurs PortS &
Mouillages capabl sde recevoir routes fortes de navires marchands & cl vailfeaux d guerr. Son
rerrein dl: en général bon & ferril , arrofé d plufi urs rui(fc ux 'rivi r , dom l' au dl: bonn .
L'ine'ri ur dl: montu ux; & l'on r marque furrout une longue chaîne de monCl~nes, donc qu 1ques·unes fone a{[ez 'lev' , qui rraverfl nt l'lfie du
ord au Su
la fépar ne prefque en d ux partie., venants aboutir à de ~randes plaines qui s'ét nd or 1 lon~ d la mer; il ya même de cr' b Iles
vall' s eorre c monragnes, les unes propres à la
culrure du bl d, les aucres fourniŒmt d crès born
pârurages, des fruits, des vignes, & fur- roUt d
oliviers : la plupart de monragn fone ou cultivées, ou couvert s de beaux bois; aulIi cecce We
a-t-elle ér' de rout rems un obj t d' n ie pour [es
voiGns, qui ont ch rché rour à rour à s'en r ndre
les maÎrr s & à [ubjugu r fes habitants, qui, comme tous les hommes, amoureux d 1 ur liberr',
om [uccelIivement fait des effortS pour la recouvrer, [ans avoir jamais pu y t'ulfu.

DE L'I SL E DE CORSE.

CHAPITRE II.
'Abrégé Hifiorique des principales Révolutions qui [am arrivées dans le Gouvernement de r IJle de Corfe, & les diverfes
N aLÏorrs qui l'ont poffédée.

ART 1 C L E P REM 1 E R.

Ancien Euu de la CorJè.

CE que l'on [air de l'ancien érat de la Corfe, c'eft
qu'elle a été polfédée par les Etrufques; enfuite elle
a pa{[é fous la domination des Carrhaginois, qui
l'abandonnerene aux Romains dans la premiere
guerre punique, & ceux-ci la po{[éderent jufqu'à la
décadence de leur Empire.
Dans le feptieme fiecle, les SarraGns fe rendirent
maîtres de la Corfe, en cha!fc rent la plupart des habitantS qui fe refugierene dans l'Italie. Un de leurs
Chefs, nommé Lanza Anciza, fe bt Roi de Corfe:
ce Royaume fubIifia l'efpace de cem [oixame-Ilx
ans, fous cinq Rois Sarrafins qui lui fuccéderene,

6
DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE
donc le dernier fut
ugolo, Concemporain de
Charlemagne.
Hugues Colonne & quelques obIes Romains,
à la [ollicitation du Pap Etienne IV, entr prirent
la conqu~te d c rte Ifle: ils [e rendir ne d' bord
maîtres d'Aléria; & Hugues prit le cim d Comte
de Cor[e, d'fit u"olo, qui fut obli,,' de [e ren·
fermer dans la ville de
riana pour 'artendre les
fi cours qui lui venoient d'Afriqu .
Le Pape Pafcal en"agea le Comte de Barcelone
à fecourir Hugues, qui av c ce r nfOrt, cballà ugolo de toute rIfle, quoiqu'il lui fût v nu 'lu l'lUes
fi cours d'Afrique.
HuO"u lai[a [on fils Bianco dans [a nouvelle
L>
conqu~te, & s'en fut à Rome, remercia le Pape
qui lui confirma le titre d Comre
S igneur d
Corfe, à condition qu'il reieveroit de la Cour de
Rome, & que rIfle Ci roit roujours fous l'ob 'ifIànce
du S. Si e.
Hugues étant mort à Rome, fon fils Bianco prit
le rÏtre de Comte de Corfe; mais il eut beaucoup
de peine à. fe foutenir contre les SarraGns, qui fe
fouleverenc [ourenus par ugolo, qui vine débarquer à POrtO-Vecbio avec quelqu s troupes, [e mit
à leur r~re, & ravagea l'Ille. Bianco l'ayant pris
dans une embu[cade, le tua.

DE L'ISLE DE CORSE.

7

Abdala [on fils fe mit à la tcre des Sarra1Ïns, &
fe [outint .dans l'Ille avec quelques fuccès ; mais
Bianco, fecouru par l'Empereur, rétablit les affaires
des Chrétiens_ Le Pape envoya auŒ un pui/fam
fecours, & on for<ja les Sarraiins à Ce foumeme au
Pape, à fournir le einquieme de tout ce qu'ils recu illeroient., & m~e à donner le dirieme de leurs
enfants.
Cette derniere condition leur parut la plus dure.
Abdala profitant de leur douleur, reparut en Corfe; mais étant mal [econdé, il ne 1it rien de canfidérable) &fut cbligéde fe retirer.
Bianco [e trOU'taIlt paifible Polfe1lèur , travailla
à faire mod 1 rer des tributs auŒ onéreux.; & par ce
moyen s'arrira l'amour de fi Sujets: fon ffie fe peupla de Chr'tiens) &Ies Succe1feurs jouirent de [on
p tit Etar. Un d'eux nommé Henri, obtint pour
récompenfe de [es [ervic s, l'abolirion de la dixme
des hommes. Ce Prince ayant été tué par [es Ennemis, les obies s'emparerenc du Gouvernemenr,
&. étàblirent une efpece d'Anarchie, vexerem les
Peuples, & les ~yranniferenc au point qu'ils furenc
obligés d'implorer en l'anné 1°77, les recours du
.Pape Grégoire V:IL, ce qu'on prouve par une
Lem de ce Pape écrite aux Codi s, viris nohilihus
cunEli.fJue tàm majorihus quàm minorihus, rappoL::

8

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

DEL' 1s LED ECO R S E.

tée dans les Annales du Cardinal Baronius:
Voilà ce que l'on peur dire de plus vraifemblable
fur l'Hi1l:oire ancienne de la Corfe) dom on ne
uouve aucuns monuments qui puilfem fixer les incerritudes qui fe uouvent dans les différents Auteurs
qui om écrit fur c tre Ille: on arrribue la perre de
ces monuments aux incurnons & aux ravages que
les Sarrauns y firent en diffi'rents t ms) fut-tour n
l'année 1040 fous leur Calife Caum-Bùuuilla; ils
brûlerent les villes d'Alétia) de Mariana) & pll..!fleurs auttes. Ce n'eft pas qu'on ne uouve encore
quelquefois dans les parries qu'om occup'es les
Carthat>inois) les Romains) & les autres Peupl
qui l'Ont fubjugu'e) d sm'dailles & des monuments antiques; mais fi ufl' & fi d' uuits, qu'on
ne p ut en tirer aucun ' c1airciffi mem.

envoya le Marquis de Maffa de Marenne) qui fe
~ndit ma'ltre de l'HIe) fournit les Nobles) & gouverna taut le pays ju[qu'à l'année 1°77 qu'il mourut. AuiIi-tÔt que le Marquis de Malfa fut morr,
l~ Génois chalferem les Pifans qui s'y étaient établis, & qui avoient bâti la ville de Bonifacio; ils
Ymirem de nouveaux habitants de leur arion qui
s'accorderem forr mal a'{ec les naturels du pays. La
wnfufion & les défordres recommencerent; le Pape
y envoya un Seigneur Romain de la Maifon qe
Savelly, qui gouverna Gx ans les Cor[es : leur étant
devenu odieux) ils le firent révoquer; & quatre au([es que le Pape leur envoya [ucceilivemem) eurent
le même forr.
En l 09 ~ ) le Pape Urbain II) par une Bulle
qui eft encore à Florence) propofa aux Pi[ans de
prendre la Corre comme Fief dépendant du Saint
Sjége. L'off:e fut accept~e) & ~~ Pifans s'o!>ligerem a une reqevanc~ annuelle; ils gouvernerem
l'I1le avec fageffe, calmerem les 'troubles qui la Mchiroi~I)ç depuis long-rems, & la rendirent Rariffanre.
Vers le commencement du douzieme Gecle) les
Génois qui s'étaient érigés en République, s'érablirent dans la Pieve ou Paroilfe Je Vallé; ils ne
~rderem pas à harceler ceux qui éraient artachés

ARTICLE

II.

Elat de la Cofè) &./ès révolmions depuis le di.xùme
jiecle jufiJu'à la fin du lreizieme.

LE

Pape Grégoire VII) voyant que les obies)
peur fourenir leur tyrannie> appelloiem à leur fecours, les uns les Génois. les autres les Pifans) y
envoya

<]

li

10

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

aux pifans : les troubles augmemerem, & occaUon.;
nerent des dépenfes aux pjfans qui voulaient les
comenir; ils ne purent y fullire qu'en meetane des
impôts flU les Corfes , ce qui les r ndie odi ux.
n Gecle entier fe paffa dans ces embarras; &
au boue de ce eems, ils donnerene le Comeé de
Corfe à SinJJcdio, un des defcendants du Cornee
Henri, dom on a parlé ci-$levam. Ce Seigneur entreprit de fe rèndre maître aMolu de toue rIfle; &
après avoir furmonté les di.fficulcés que plufieurs de
fes Compatriotes lui oppoferene, il fue reconnu en
1264, Gouverneur Général de la Corfe.
La tranquillieé ne fut pas l0llvaue> ' dura peu
fous ce nouveau Gouv rneur : il y voulue meure
une capication; un riche Cone s'y oppofa, forma.
un parci , & caufa des rroubl inreilins qui durerenc
long-eems.

ARTICLE
EUll

l

III.

de la Co1ft depuis le trei.{itme fiecle, &
Souverainelé des Génois ftr l'ljle.

E Gouverneur Général Sinac lio [e voyant trOP
faible pour rélifrer à fes ennemis, s'adr {fa aux Génois vers l'an 12.'89, & leur fit rendre hommage

rr

DE L'ISLE DE CORSE.

comme Seigneurs dire6ts, par les Corfes de fan
pani. Les Génois maîtres de la plus grande panie
de l'Ille qu'il leur avait foumife, voyant que les
troubles continuaient, le facri6erent à fes Ennemis, & l'emmenerent Prifonnier à G~nes, où il
mou rue.
Les Pifans qu'on a vus fe foutenir ave peine
dans la Corfe> défefpérant de pouvoir y rétablir
leurs affaires, la rendirent à Urbain 1V, qui la
donna à Alphonfe, Roi d'Arraoon.
Ce Prince" n'en refta pas long-rems maître, parceque les Génois l'en chalI"eren~ en 1354: alors divers Seigneurs devinrent les tyrans de leurs cantons; & le Peuple ne pouvant fupporter une r Ile
oppreqion, fe fie en 1 359, un Chef nommé Samhuccio. Celui-ci for<;a quelques Seigneurs à re!l:er
tranquilles; mais ne pouvan~ [e foueenir [ans un
appliÎ, il fe donna aux Génois, qui y envo}'erene
Jean Boccanegra pour Gouverneur.
On {louve cependant dans qudques Hifioriens,
qu'en 1 360, le Pape Innocen~ IV vouloit que !es
Génois le reconnulI"ent pour SeigneliT principal de
la Corte, & qu'en conCéquence ils lui. fi{fenc fermerrc~ fidélieé, & p"ayaffem au SaiRt Siége le e{"ibue qu'ils devoiene.
Les Gouvernel11"5 Génois~Mccé&erent à Boc-

B ij

12.

DESCRIPTiON CÉOCRAPHIQ'JE

canegra ; ,~e furent jamai~ vaincre l'e{prit de révolte & ~ JOdepeodance qUI fublilloit toujours parIDlles Seigneurs Corfes. Und'entr'eu];, nommé la
Rocca, fe ht élire Comte de cetre lOe ; & conduifit fi bien {es aŒaires , qu'il ne refra plus aux Génois
que Calvi, Bonifacio & Saint Colomban. Ses fucc~ irri erenr la jalouiie de plufieurs de fes Compatrlores, qui fe joignant aux Génois, ne cdferem
~e ~e troubler dans fa po{[efIion, jufqu'à. fa mort arnve~en 1 40 ~. Alors 1'.Ifle fe trouva divifée par d ux
parus nomm les ous & les Rouges, qui fubfift nt encore parmi les Corfes.
Enfin Alphonfe V, Roi d'ArralTon, qui croyoit
avo~ d~ droi~ fur la ,C~rfe, parc;~ue les Papes en
aVOlent Invefii fes Préd ce{fc urs, Villr en 142.0 afliéger Bonifacio: les G'nois défendirent cene Place, ~ fire~t échouer ~on entreprife. Depuis ce tems
la Republique de Genes refi:a maltrelfe de l'iDe'
mais ils n'y furene jamais tranquilles: les Seirneur:
~u 'pays ~upportoient ce joug avec impatit:n~e; &
Il s élevolt de rems en rems des troubles qui donnoient de l'occupation aux Génois. Ils crur ne trouver les moyens d'empAcher les Corfes de fe révolter
en les furchargeant d'impôts, & en élevant dans
leur m$ un grand nombre de pe~its foIts.
. On trouve dans plufi urs Hifioriens le détail des

DÉ L'IsLE DE CORSE,'

q

filôyens que la République de G~nes a mis en
ufage pour détrUire les forces & les re{[ources des
Corfes, croyant les mettre par là. dans l'impuiffance de fecouer le joug; ainfi il efr inutile d'en
parler dans cet Ouvrage : mais jè crois devoir
donner une relation abrégëe des derniers foulevements de la Corfe, de leur caufe, & de la part que
la France y a prife,



If

DEL' 1st EDE

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE
ft

CHAPITRE III.
R.elaûon abrégée des derniers foulevements
de la Corfe, de leur caufè, & de la paJ'l
que la Franœ y a prifè.

ART 1 C LEP REM 1 E R.

Caufi de la premiere émeute arriv 'e en r 2.9.
les Cortes fO,llicir rene aupres
de la République <i Gênes, pour obtenir quelque
adoucilfement aux rues que l'on tiroir fous divers
prétextes. Il y en avoit une-elltr'aurres 'rablie pour
rembourfer quelques d' P nfes extraordinaires qui
avoient éré faires dans une ann'e de cherré. Les
Corfes pr/rendoient que depuis qu'on pere voit
cette tax.e, le rembourfement avoit été fait il avoit
déja long-t ms, & demandoient qu'elle fût {upprimée : le Gouverneur Génois les refufa durement ,
& aff, él:a même de marquer beaucoup de mépris
pour la arion Corfe.
Lorfque rEm pereur eut vendu Final aux Génois J
L'AN.-h 172.j,

COR S E.

15

ceux-ci y mirent garnifon. Un Soldat Corfe ayant
fait une légere faute, fut condamné au cheval de
bois: la populace fe ~oqua de lui, & alla jufqu'à
infulter les Soldats fes camarades qui ctoient préfents. Ceux-ci voulurent venger cet outtao-e , &
v
1:>
firent feu pour écarter le menu peuple, dont ils
tuerent & blelferent quelques-uns.
Le Sénat ht prendre ces Corfes, & les condamna à être pendus: cette dureté anima leurs parents
& leurs compatriotES, qui faiGrent ce prétexte pour
fe joindre à d'autres mécontents, qui alors prirent
les arm~, & demanderent hautement à la République de G&1es :
1°. L'abolition des taxes & des impôts.
2. 0. Qu'on rérabÜt le Gouvernement de l'lflefur
l'ancien pied.
30. Qu'on ~etirât les Garnifons érrangeres.
4 0 • Que l'on renellt un terrein limé dans les
montagnes, entre Liamone & Tavignani , qui appartenoit à la arion en commun, & que les Génois s'étoient approprié. Cette émeute éclara en
172.9, pendant que fran'i0is Pinelly étoit Gouverneur.

ft

16

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

,.
c,

ARTICLE

II.

Forme du Couvernemeru des Génois pOUf la Co!ft
lors de la révolu de l7 '). 9, fi jùùe de ((lie
révolte.
quelle éroit la forme du Gouvememem
de la Corfe lors de la révolre d Cor(es en 1 19,
{Dus la dominarion de Fran~ois Pin lIy J Gouverl?eur pour la République.
Les G'nois y envoyoient ) de deux en deux ans;
un Gouverneur; ils Y avoient outre cela quau
Commi1faires ; favoir) à Ajaccio) à Cah-i) à Bonifacio) & à AI'ria; & chacun d'eux n r connoilfoit dans fo~ d ~pan: ID nt d'autre Seil)neur que
~ Gouverneur) ~quel on pouvoit app Uer çi s
~j:nt nces de ces quarre Commilfaires)
de c U
du Gouverneur au Sénat à G&nes en demi r ref.
(on.
Le Gouverqeur avoit un Çonfeil de douze
Cor(es n~turels) qui fixoient chaque ann 'ç !e PfÏJ;
des vivres. Ouue cela la. ~ion avoir le privilege
$l'élire toUS les ans un cenain nombre de Dépurés
pour faire fes affaires à Gênes : deux d'e~u:eux
tolent
VOICI

_

4

-

'

.

DE L'ISLE DE CORSE.

17

étoient chargés de l'adminifrration générale, .&
avoient au delfous d'eux douze Plénipotentiers ou
Syndics qui avoient foin du détail. Enfin, dès qu'un
Gouverneur foftoit de Charge, les Génois envoyoient deux Sénateurs avec plein pouvoir d'examiner fa conduite dans les moindres chofes.
Ces précautions propres à prévenir les abus & les
injuilices, ne produüirent pas cee effet. Plufieurs
griefs qui demeuroient impunis) parurent aux
Corfes un motif pour prendre les armes; d'ailleurs
ils ne fUrent pas fàchés de d'rruire les FoItS qui les
t noient dans l'efclavage, & dont on leur faifoit
payer fon cher l'entrerien. D'autres, qui éroient
ceux d'au-delà les monts) déclarerent les premiers
qu'ils prenoient les armes pour fecouer le joug des
G 'nois) fous lequel ils gémilfoient depuis fi longe ms.
Les habitants de diverfes Paroilfes du côté d'Accia ) fe joignirent à eux) & marcherent vers Aléria,
qu'ils fommerent de fe rendre; ils forcerent cerre
ville) malfacr rent toUS les Soldats étrangers qu'ils
y trouvereur, & delà ils aUerent à BaHia dont ils
infulrerent les f:'luxbourgs.
M. Mary) Ev~que d'Aléria, qui y étoit, fUt
dépuré pour conférer avec Pompiliani leur Chef,
qui lui r mit leurs demandes. L'Evêque promit

C

1~

DESCRIPTlON GÉOGRAPHIQUE

d'en écrire à Gên.es, & d'en donner la réponfe danf>
le renne de crois femaines '. à condition qu'ils feroient craoquilks pendan,c ce tems là : ils [e rerirerem en dfe.e, & je Gouycr~ur prit ce rems pour
envDyer les raxes au-delà des mones. Les mécontensregardereru: cette démarche comme une infraél:Ïon
de la crêve, & malmiterenc les Commi1l3ires. Le
Sénar s'co plaignit au Poddiat des Cori« , qui exc:ufa la acion, en difaoc que ce n'étoienr que
quelques œbelles d'au-delà des mones qui s"toient
fouley' ,& qu'on ne devoitpas les coafondreavec
eux.
La République y eovo a Jérôme Venerofo qui
en avoit été Gouverneur; & qui s'étant fait aim r
pendant ce rems là, [embloie plus propre à calmer
l'orage. 1. PréJidenc d ]a Bdha tâcha d'acrirer dans
la ville Pompil;ani, Chef des mécomeoes, fous la
fau1fe proJ]) (fe d la lui livrer. Pompiliani ' oie
p:ès de donner dans le pi' e; mais un foupçon qui
lui vint fou à propos, fut caufe qu'il Cc contenta
d'en oyer [on Lieutenanr: on le fit encrer, & on
régor~ea ; ce qui rendie l'accommod mem plus
diflicile.
V énéro(o éraor a.rri é à. Bilia, alla trouver
POJDpiliani, & f.ex1'lO.rca inutilement.à prendre des
f< nrilneot$ paci1iques. N'ayant pu gagner le Ch f,

~~&

LIstÉ

D~ ~:A.sr:

l'

'T' , r prelCnVtt aux-mecontems un-terme pom
r"
,
-y-enef()lO
quitter les armes, en leur promettant [atisfaétion
fur leurs griefs ~ après quoi il n'y auroit plus de fatisfaél:ion à efpérer.
Per[onne I,l'obéit , & V énérofo dédara au Sénat
qu'il n'y avoie rien à attendre que par les voies de la
rigueur & de la force; il retourna enruire à Gènes J
& fut [uivi de Pinelli, & des aucres Officiers qui
fortoient de Charge.
- On avolt cru que le départ de Pinelli appaiferoit
les croubles; mais Ftancefco Gropalo qui lui fuccédoit, n'ayant pu dim.inuer les impÔts, ils continuerent comme a~paravant.
Les Chefs des mécontents entretenoient parmi
eux une bonne difcipline , & ne fembloient animés
.que de l'erprit de liberté: leur défmtérelfemepr .mis
ên parallete âvec l'avidité des Magiftrats que Genes
envoyait, fut avantageux au parti, qui [e grolIit
êonGdérablement ; & bientôt les Génois furent réduies à Baftia, Ajacio & Calvi J crois places qu'ils
forcifierëDt [aliso[er paroîtreen rafe campagne. Les
mécontents avaient trois corps de troupes, dom un
étoit d'environ douze mille hommes: un vailfeau
.étranger leut apporta des munitions, qui inquiét:erent d'autant plus le Sénat, que l'on [oup~orinoit
plus ~'ilne Puilfance de f~vor.i[er ces troubles.
.
Cij

20

DESCIUPTION GÉOGRAPHIQUE

ARTICLE

DE L'1sL E DE CORSE.

IJI.

La République derruuzde des troupes à l'Empereur
pourfOumeure les Corfis. Suite d. s troubles ju.f
qu'à l'arrivée de Thiodare.
L'EMPEREUR avoit raffemblé quelques

rroupes en
Italie pour s'oppofer à l'infullarion d l'lnfult Don
Carlos, qu'il ne vouloit permerrr qu'à des condirions rrès difficiles à accepter. Les chofc s'étant accommodées, & toures ces rroupes n'étant plus n cef[aires dans le Milanez, la R' publique demanda
qu'on en détachât quarre mille hommes en fa faveur. Douze mille auroient à peine éc [u.Œfaocs;
mais l'économie G noue CIUt avoir alfa de ce p ric nombre.
Les Corfes qui craignoient beaucoup plus la coIere de l'Empereur qu'un renfort fi foible, firent
des propoiicions pour monrrer qu'ils ne cher hoient
autre chofe que l'équiré.
Ils demandoient qu'on les farisAt fur r urs griefi,
qu'il leur fût permis de pouvoir établir dans leur
lfie une Univerllré pour les érudes, cant du Droit
que de la Philofophie, & la permi1Iion de fair du
1

fel.



2.l

Comme on refufa de les entendre, ils fe fervirem de bâtiments qui portoiem pavillon fi-an~ois,
pour faire venit des munirions: les Galeres Génoifes voulurem les viGter; ce qui occafionna des
plaintes de la parr du Conful de France.
Cependant les Corfes ayant attaqué la ville de
Bafua, étoient prets de s'en rendre maîrres, lorf.
que les Impériaux arriverent, & en firent lever le
fiége. ais la guerre qui [e fit entre les Impériaux
& les Corfes n'éroit nullement avanrageufe aux
premiers; leurs [uccès éroient fouvent douteux:
les lnfulaires fondoient rour à coup fur les poiles &
fur les parcis, & fe retiroiem enfuit fans beaucoup
de p rte, dans leurs moncagnes, où on ~e pouvoit
les forc r. Les Ali mands diminuoi nt cous les jours
en nombre, & on fut contraint d'en faire venir
deux mille autres.
Les Corfes éroient roujours fur la défenllve, &
fe choifirem Don Louis de Giafféri pour Gouverneur. On lui donna un Confeil de douze habitants, & il pa/fa à Livourne où il acheta ce qui
manquoit à fon parti ; il tâcha même de prouver fa
caufe .au G néral Wachrendonck, qui jufques-Ià
avoit commandé 1 s Impériaux. On fut fourd aux
offres qu'il faifoit de quiec r les armes, moy nnant
la confervation des anciens privil ges, & l'abolition
des nouvelles taxes.
1



DESCRIPTIO

Le Généi"al de

GÉOGRAPHIQUE

achrendonck avoit jufques-là
ménagé les troupes Impériales, & agi avec beaucoup de modération; mais l'arrivée du Prince Louis
oe Wirtemberg avec de nouvelles troupes, en1la le
cœur des Génois: ils prétendoient une foumiŒol).
fans réCerve, & demandoient qu'on leur remît les
Chefs afin de les punir, & qu'on les dédommageât
des frais de la guerre.
Les hoililités commencerent alors férieufement.'
Les avantages que Jes Allemands remport0ient,
.émient peu confidérables, & leur coûtoient fon
E:her, parceque la diviGon s'ét3llt miCe parmi les
Officiers de irtemberg, on était continuellement
occupé à les accorder; cependant les terres étoient
ravagées, les arbres fruitiers émient abattus, & en,
6n les deux partis, las d'une guerre fi onéreufe, en
vinrent à delirer également la p:ùx.
Le Général acbrendonck en lit les premieres
ouvertures, & on néoOtia fous les aufpices des
Pléniporenriers Impériaux. La bafe de l'accommo,dement fU! un enrier oubli du pal(é de part & d'au,ue, & or: Ce donna réciproquement des ôtages,
Les Pléniporenuers Cénois & les Corfc convinrent d'une ~ dom l'Empereur fut garant: un
~es principaux articles fut qu'il y aur.oit à Bafi-ia
pne ChambFç Imrriale à la<JueU~ on pourroit ap-

DE L'fS!-E DE

CORS'f~

ir5

peller; dans le €as où la Républiq~J'e n'oàferveroi~
pas exa&emem lesarcides du irai~é.
L'Em pereur promit 9-UX CorCes de l~s m~!Jrenir y
& voulUE bien garantir l'exé-cution du tr;1it-é, a];l
moyen de quoi les Corfes devoien~ ga-rdei à .leur~
$ouver.ains la fidélité qui leur émit due,
CeE a&e ayant été pub4é dans tOUtes ~viI,les [St
bourgades de la Çorfe, les Imp€ria~ Ce retirereRt ~
s'embarquant le 5 Juin 1731·
Malgré cet arrangement, les ùoub\:es ne t:elfe..>
rem pas entieremenr. Quel$l~ Seigneurs Cor[es
qui crurent avoir lieu de [e plaindre de mauvai$
uaitemems· de la t'art de la République, voyam
'lu'un nouveau Çommillâire Général a·voit ranimé
le feu de la diVili9'B par èk§ .févqités imprudent~
ik mal [oJlten~, pr06~ere.J;lr!Îe e-e15t€ œcafion pom:
fe déclarer. On vit au commencement de 17;4.. ,
nn corps de [ept mille Corfês çemmandé par Mal.
,hni, s'eI.IlpaJer de la vllie de Corre & ~ fon châ.
teau, dom la garniCon &oir de [ept cents hommes,
qui fut obligé~ de capiroler au bout de dix jours.
Ils fù:.em taJ.lJde progrès ce.rt~ année, que les Gé~.
no.i~, parlerenr d'un nouvel ~cc9mmoQ~e.m. L~
ll).fulaires n'en voulJl:re.nt poÎ;nJ, à moins que les
Co1;1ts<k Erançe, d'ECpagn!: & d~ Tutin n'env9ululfem garantir Le ~ajré. La ga;aptie de f.Empe;:eijf

24

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

ne leur paroilfoit pas {u/li{ante, parcequ'alors ce
Prince attaqué en Italie, n'étoir guere en état de
Éaire exécuter ce qui auroit été promis fous fa médiation.
L'an. 35, ils convoquerent une affi mblée ::>'_
nérale, à laquelle ils inviterem chaque Paroilfe
d'envoyer d Dépurés, afin de faire un corps de
Loix qui remédiât aux défordres de l'Anarchie, que
cette révolution inttoouifoir. Ils étoi nt maîtt de
la campagne; & leurs troupes naturellement bra.ves, s'étant aguéries en une in1iniré de renconttes,
avoi nt réduit les G nois à fc r nfermer dans les
places forces.
Dans cette afièmblée ils él!lfent deux nouveaux
G 'n'raux & trois Maréchaux de Camp. n Avocat d'eorr'eux nommé S'ballien Cofb., fur déclaré
Audit ur Général; & un Capitaine, Corfc de ation, mais au {ervice de apies , leur amena des
Officiers qui avoient quitré l'Efpagne, & qui 1 ur
apporcoient des armes & des munitions.
Cependant les Cor{es manquoient d'artillerie
pour faire des Géges ; ils {e virent contraints d fondre les cloches pour [e faire du canon. Enfin craignant de ne pouvoir {e {outenir par 1 urs propres
forces conrre celles de la République, ils ofttirent
la (oqveraîneté de 1 \lr Ille à l'Efpagne, qui ne
voulue

DEL' I S LED ECO R S E.

2. )

voulut pas l'accepter, dans la crainte de s'engager
dans une guerre contre les arions dont les Génois
imploreroient le {ecours: {e voyant rebutés, ils
voulurent s'ériger en République, & firent un Réglement qui palfa en Loi à l'alfemblée générale du
30 Janvier 1736.
Ils Y élurent pour Chefs, Ciacca1di, Hiacinte
Pauli, & Don Louis Giafféri. On leur donna le
titre d'Alrelfe Royale.
Les Génois reprirent la voie de la négociation..
Enfin les Cor{es propo{erent, au commencement
de 17; 6 , de mettre bas les armes, & donnerentdes articles, de l'accord de{quels dépendoit leur accommodement: mais les Génois s'ét.mt rendus difficiles, les ho!bl..irés recommencerent; les rebelles
s'emparerenc de divers poiles importants, [e rendirent maîtres d'Aléria, & recsurent des fecours de
munitions & de provifions.
On {oup'iOnna diver{es Pui!fances, & {itr-rout
l'Efpagne, de les favotifer fous main. Ces recours
éroient négociés par les Agents qu'ils avoient à Li'fins , & meme a G"
"
, evourne, en d,autres portS VOl
nes, où to~ les principaux Seigneurs de la Régence
n'avoient pas le même intérêt à la réduaion des
.corCes.

D

2.6

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

ART 1 C L E I

V.

Arrillét du Baron de
en

Av

euhoff, & fis Opiracions
Ijle de Corft,

r

L"T que de parI rdes op'rarionsdu Baron de

euholf, il eft bon de fair connoître cee homme
finguli r & extraordinaire. Son nom étoie Th' 0dore Antoine) Baron de euholf: il étoie fils
d'un Gentilhomm du Comr' de la ar le dans le
cercle d ~ efrphalie. Il fut d'abord Pag cl fë u
le Duc d'Orléans) Régent du Royaume; il fervit
enfuÎte dans le Régimenr d'A1face, où il ne demeura pas long.t ms. Il alla n Efpagne, où fucceŒvement il eut le bonheur d gagner les bonnes
graces du Cardinal Alberoni & du fameux Duc de
Riperda, qui lui lie mAmeépoufer une d Demoifelles d'honneur de la Reine) qu'il abandonna en
1719 pour retourner en France; il Yconnut patticulierement Law, mais il n' n fut point cirer de
parti avanrageux à fa fortune: il pallâ en An
tetre enHollande; ilvoyageaenfuieedans le Levant, d là il revint à Paris, d'où il alla en Italie:
il conua6l:a par-tout des d tees qui le mir nt fouvent

D li L' 1S LED ECO R SE.

27

•r
,
'GA
en danger d,A
eere emprllonne. Etant a enes en
1732, arr&eé pour dettéS, il Ylit connoi1fance aveé
plufieurs rebelles Corfes qui y étoient incognito,
& l'on croit que c'efr dans cette ville qu'il forma le
ddfein extravagant de fe faire proclamer Roi par
les Corfes rebelles. Etant paffé à Livourne) il fe lia
avec un Chanoine nommé Orticone) Agent des
Corfes, homme de the, & en qui la arion avoit
confimce. Orricone connut bientôt que euholf
émit un homme hardi & entreprenant, plein d'ambition, capable de rifquer fa vie, n'ayant que cela
à perdre; il le crut capable de feconderles deffeins
des Corfes.
Comme il régnoit des divifions conrinuelles
entre les Chefs & les principaux Corfe, Orcicone,
dans la ue de les meme d'accord, réfolut de leur
envoyer le Baron de euholf: celui-ci enrra volontiers dans un projet qui flattoit fon humeur ambitieufe & inttépide.
Il paffa d'abord à Tunis) & fut par fes intrigues
obtenir des T unilIiens) un [. cours confidérable
d'armes & d'argent.
Le Capiraine d'un Bââment Anglois qui émit à
Tunis, fe chargea de le conduire en Corfe; & vers
le 15 de Mars 1736, il aborda au POrt d'Aléria.
A l'arrivée de Théodore (c'efr ainfi que le BaD ij

2.8

DESCRIPTION CÉOGRAPHIQUE

ron fe faifoit nommer), on témoigna une IOle
univerfelle. Il fit mettre deux piéces de canon devant la pone du Palais où illogeoit, & fe fit une
garde de quatre cents hommes; il nomma quatre
Colonels, forma vingt-quatre compaoni , & fit
dillribuer les armes qui toient dans le vailfeau qui
ravoir amen' de Tunis.
On ne parla plus alors que des pui1fants (ecoun
qui devoient le Cuivre, & les CorCes le regard rent
comme un Libérateur que le Ciel leur envoyoit. 11
fitaffembler toures les familles, leur fic jurer entr'eJ,.
les une amiti' inalt&able fous peine de mon, pour
quiconque ne feroit pas fidele à (on fi rment : il eut
foin de faire obCerver ce r'olement avec une celle
exaéhrude, que deux CorCes, l'un de la fa ion d
Rouges, & l'autre de celle des oirs, s" tallt bacrus
pour une anciennequ relle, il) 6t pendre (ur-l champ. Cette aélion de [év'rité fit l'itnpreŒon
qu'il deUroit & toUte la arion ne parut plus
qu'une famille qui le regardoit comm (on pere.
Le I5 Avril 1736, les Co,fi réfolur nt de le
reconnoître pour leur Souverain, & ils procéderenc
à la cérémonie de (on couronnement: ils lui mirenc
fur la tête une couronne de laurier; & apr' l'avoir
mené en pleine campagne, ils l'él.everem (ur leurs
épaules, le proclamerenc Roi, & lui p{terent (erment de fidélité.

1.9
Les Génois publierent le 9 Mai fyivanc, concre
lui, un Manifefl:e, où ils faifoient de fa vie un détail fon capable de lui attirer un mépris univerfe! :
Théodore y répondit par un autre Manifefl:e, où
il paroiffoit à Ion tour ménager fort peu les GénOIs.
Il ordonna alors à couees les Communautés de
l111e de fe joindre à lui, fous peine de connfcation
de biens, & même de mort en cas de défobéiffance.
Par un fel.ond Manifdte qu'il fit répandre à Ballia,
il invitoit les habitants de ceue Place à (e tirer du
joug des Génois, & à venir fe ranger fous fes étendards: il nt enfuite avenir le Commiffaire Général
Rivarolo, qu'il lui donnoit huit jours pour fonir
librement de l'lJle.
Théodore ayant fait bloquer Ballia, fit moiffonner les environs, & mit de groffes conuiburion~
fur les terres des principaux habitants. Ceux du territoire de Calenza ayanc balancé s'ils prendraient
fon parri ou celui de Gênes, il leur écrivit, en leu~
donnant l'option ou de fe déc rminer pour lui furle-champ, ou d'hre pourfuivis à feu & à fang: ces
menaces les épouvamerent, & ils fe foumirent.
Il honora du titre de Comtes & de Marqui;
quelques-uns des principaux de fa Cour, & il infritua un Ordre de Chevalerie, qu'il nomma l'OrdTe:
DE L'ISLE DE CORSE.

30

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

de la Délivrance. Le defir qu'il avoit de s'attirer de
nouveaux Sujers, & [on attention à ['tire fleurir le
commerce, l'engagerent à accorder la lib Hé de
con[cience aux Grecs & aux Juifs.
Cependanr les Génois étOient r'duirs à n'avoir
plus dans l'lOe que Baltia San-Fiorenzo, Calvi,
San-Bonifacio, & deux autres Fottereffes' encor
ces Places 'roient-eU bloquées de fi pr , qu'elles
étOient contraintes de tirer de GËnes leurs ivres,
leurs bois, & même leur eau.
Avant l'arrivée de Théodore dans l'me, les G'nois s'étOient appropri'· la chalfe
la pA he' ils
avoient pour c r ffer forcé les habiran à s'é oit>ner
des Côres, & leur avoient ôré par ce mo en Il facilité de vendre leurs denrées à d'autres qu'à leurs
Commiffaires, qui les a"chetOient beaucoupau d [.
fous du prix qu'elles valoient. Les ' nois ne vouloient pas non plus perm me aux Cor[es d'avoir d s
Arrif:ms, afin de les meme dans la née Œré de fe
fournir à GAnes des cho[es dont ils avoient b foin>
& qui leur étOient vendues forr cher. Le [el, dont
ils auroient pu faire commerce aveç les Etrangers,
leur écoit incerdit > ils ne pouvoi nt pas mArne en
faire pour leur propre u[age; & les 'tangs & les rivieres étOient affi rmés à des Caralans.
Telle étoit la fituarion de la Cotfe lor[que

DE L'ISLE DE CORSE.

31

Théodore y débarqua. A peine les habitants l'eurent-ils revêtu du fouverain pouvoir, qu'il fit des
changements con{jdérables; il leur perrrtit de chaffer> de pêcher, de faire du fel, & de s'appliquer à •
tout ce qu'ils croiroient devoir leur être avantageux.
Cependant comme les fecours qu'il avoit promis
n'arrivoient point, il affembla au mois de ovembie les Chefs de l'Etat, & leu
clara la réfolurion
qu'il avoit prife d'aller en perfonne hâter les fetr:·
"
"al
cours. Ses deuems ayant ere gener ement approuvés, il fit> du confentement des Corfes> une Or- .
donnance touchant le gouvernement de l'Etat pendant fon abfence: il fe di[pofa enfuite à partir; &
s'étant déguifé en Abbé, il palfa à Livourne vers le
14 Novembre, & difp:tut. Chacun alors forgea
différentes conjeaures; & les Génois qui triompherent de cette abfence, ne manquerent pas d'en
faire mention dans leurs Manifefies.
Les Corfes y repliquerent, & per!ifrerenr dans
leur arrachement pour leur Roi prétendu, & ils le
déclarerenr par un acte du premier Décembre
173 6 .
Les Génois voyant. qu'ils avoient peine à fe défendre contre les Corfes qui remportoienr fur eux
de grands avantages, mirent à prix la rête de

P

DESCB.IPTION CÉOGRAPHIQU E

Théodore ( 1) & celles de quelques-uns de fl s principaux Minifues.
.P ndam qu'on ignoroir totalement ce qu'û étoit
devenu, û étoit pa(fé à Turin; delà il fe r ndit à
Paris, & alla enfuite en Hollande par la ormandie. Il fut quelques jours à la Haye caché dans la
maifon d'un Juif, d'où il palfa enfuit à Amfterdam, Un ~ncien qéancier le ht arrAt r: on le rira
d'a1faires, & il fo . de prifon; il trouva mAme l~
fecret de faire partir quelques bâtiments chargés de
provilions, pour l'IDe de Corfe, & comm nc;a a
former une .:ompagnie de arcbands qui firent les
avances, & furent rembourll en mar bandiIi du
pays pour leUJ retour,
de deux mill g=ir.a ou éca$
,l'or à quiconque roeroit Théodore de euhoff.
( 1)

La ré<:ompenfe fur

:>nDODC

ARrIen

33

DE L'ISLE DE CORSE.

ART 1 C L E V .

Arrivée des Troupes Françoifls en Coifè) & leurs
Opérations.

LES

Génois s'étant adre(fés à la France) le Roi
envoya en Corfe en 1 38) le Comte de BoiŒeux,
avec trois mille bommes. AulIi-tôt qu'il fut débarqué à Bailia) il Ynt venir les Députés des Corfes,
& eut avec eux des conférences, où il fut trouvé
bon que le CommilIàire Général des Génois n'aŒftât poim. Il engagea les Corfes à lui donner un
mémoire de leurs griefs; leur dit qu'i! avoit ordre
du ROl fon maître d'employer toUS les moyens poffibles pour rétablir la paix & la tranquillité dans
l'IDe) & d'offrir pour cela les fecours néce(faires.
Le mémoire lui fut remis) & il Yeut un m.ité conclu encre le Général Francois & les fieurs Giafféri
,
& Orticone, Pl'nipotentiers des Corfes. Cerre négociation fut conduite avec un très grand fecret;
& tandjs que l'on éroit occupé à y mettre la derniere main) le Ruon de Drofi:) neveu de Théodore) arriva en Çorfe. Le Comte de BoiŒeux en
étant informé) lui nt dire de fe retirer; mais au

E

34

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

mois de Septembre, Théodore aborda lui-m~me
avec des armes & des munitions.
Les mouvements qui [e firem en fa faveur furent
peu conGdérables, parceque les Cor[es étoient retenus par les ôrages qu'ils avoiem donn , & qui
écoi m partis pour la France. Le Baron de eubolf
mit tout en u[aae pour r lever le coura~e de [es
Partifans; mais les menaces que le Comte de Boif.
fieux leur faifoit d tOUte l'indignation de la Fran.
ce, les en~agerent à refler aanquilles , & rompirent
les me[ures de Théodore. On fit courir le bruir
qu'il 'coit demeuré dans l'lOe, quoique cer Avanturier, ne aouvant plus de sûr ré nulle parr, fe fûr
rendu à aples, où le Gouvernem nt n jugea pas
à propos de lui donner rerraire.
Le Comte de Boiilieux qui n'ofoit fe fier aux
Infulaires, exigea d'eux une déclaration par laqu Ile
ils remenroient leurs FortS enae les mains du Roi
Très Chrétien, & lai1foient à la d' won d fon
rouverain arbiae, leurs biens, leurs vies & leur
honneur: ils la donnerent, mais avec toute la répugnance polIible. Le Comte leur remit quelque
rems après un Réglemenr cacheté, & déclara qu'i!
falloit premieremem, avant que de rouvrir, lui
donner des sûretés que le Baron Théodore n'êcoit
plus dans mIe, ni aux environs; en [econd lieu)

DEL'

l s LED ECO R SE.

35

que les Peuples devoiem le recevoir & s'y foumeme
avec une obéiifance aveugle, avant m&me que de
[avoir ce qu'il comenoir d'avantageux ou de défavantageux pour eux & pour le Royaume.
Ce Réglemenr avoir été ligné par le Prince de
Lifchrenflein de la part de l'Empereur, & par M.
Amelor, Secréraire d'Etar, au nom du Roi Très
Chrétien> & comenoir huir articles.
0
1 , Qu'il y auroir amniflie générale, rappel de
banni1fement & de galere pour tous ceux qui auroient encouru ces peines pour caufe de rebellion >
dom il ne feroir plus fair mention dans la fuire; que
chacun feroir rétabli dans cous fes biens & honneurs, à condition qu'il accepreroit préalablement
l'amnifiie, & fe foumemoit au Réglement.
o
2. . Qu'il fera fait un défatmemem général de
tous les habitants de l'We, avec peine de mort fans
rémilIion pour cous ceux qui après ce rems là feront
trouvés avoir des armes
30 • Que les impôts> les fublides & les gabelles
.qui n'om pas été payés pendam le cours de la révoire, feront remis aux habitants; qu'il ne leur ell
fera rien demandé, ni pour aucuns auaes droits dl!.
Souverain; que les nouvelles charges & impolitions ne ferom exigées que depuis le commencement du mois d'Oé\:oot.e précédent.

,

E ij

36

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

4°. Que le Commi!faire Général de la Républi-

37
gage de ne jamais accorder de graces ni d'aryles à

que de G&nes en Corfe, ne pourra plus (comme
par le pa!fé) envoyer aux galeres les d 'linquanrs [ur
les informacions prifes comre eux; qu'il aura feulemenr le droir de les faire conduire en prifon, &
de faire eofuire tr:lvailler à infiruire leurs proces
qu'il fera obligé d'envoyer à G&nes, afin que rour
y foir décidé felon les regles de la Jullice.
5°. Que le Tribunal fupr m de l'lile feracoffipof,' de trois Audireurs ' uangers, qui ne pourronr
Ëtre ni Génois, ni Corfc s; que ces d::rni rs jug
rom fans appel & en d rni r r !fort rout s Icscaufes
qui n'excéderom pas la valeur de seo liv.
6°. Qu'on érioera en dilférens ndroirs de l'Ille,
des Colleges & autres lieux d"rud dans lefquels
on infi:ruira la jeun 1Ië ; qu 1 Ec éliafliques
Corfes feronr 'levés à la Dignic' Epircopale, d
m&me que les autres Sujees de la République.
7°. Que la République fc ra oblig , pendant 1
terme de cinq ans, de nommer chaque année quarre
familles Corfes pour êue honorées d la oble!fe,
& jouir des honneurs ' des pr'ro/:)acï ves acrach 'esi
ce rang; ef.lfone que par c cte cr'arion on érablira
en Corfe vingt familles nobles.
8°. Que les aifafIinars & 1 s meurne feront déformais punis de mon; que la République s'en-

quiconque fera coupable de pareils crimes.
On ne donna que quinze jours pour accepter
l'amnillie & le Réglemenr. La Province de Balagna
s'y foumir : mais quand le Comte de BoiŒeux
voulut faire défarmer les Piéves, il Ytrouva une réuflance qui ht répandre bien du fang de pan &
d'aurres. Le Comte les traira de rebelles, & les menaca de fer & de feu. Les hoflilités recommen:'
>
cerene alors, & ils ne ménagerene plus les FranCOlS.
,
Au commencemenr de l'année 17 3~ , le Comte
de Boi1lieux mourut à Bafiia, & M. le Marquis de
Maill bois fut envoyé pour lui [uccéder. Ce Général, auiIi-rôr qu'il fut arrivé, rérolut d'maquer
Mome.Maggiore, qui, par [a uruation avanrageu[e, [ervoit de retraite aux Séditieux de Balagna,
Les Corfes qui s'y éroienr rerirés, fc défendirent
vigoureu[emene; & ayant fair quelques Pri[onniers
FraD~ois, ils les maifacrerenr inhumainement.
Alors M. de Maillebois, qui vouloit ménager
[es troupes dom le perir nombre ne pouvoit [uffire
à l'emreprife qu'il médiroir, jugea à propos de [e
retirer de devanr Monre-Maggiore, & d'atrendre
de nouveaU){ recours de la France. Il ne rella pas

DE L'ISLE DE CORSE.

38

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

cependant pour cela dans l'inaél:ion : il fir de' propourions d'accommodem nt aux Chefs des Rebelles: ceux-ci paroilfoient alfez diCpofés à l" ourer,
& firent même avec lui quelques conv nrions. Les
recours étanr arTÎv' , le Général Fran~ois r comm n~ Ces arcaques, & [e rendit maître de plulieurs
Places. Ce Cuccès encourag 1 Troupes Franc;oi[es ,
le!. ai I 39 eil preifc:'r m vi v ment les
R beil . On s'empara du villa e de la arra io
dan la Bala"na, & on 1 ur ni va qu Iques-uns d
1 urs m illeurs poll: .
. de aillebois ht alors publi r un amnill:ie
génér le' c ta e d l ' mence joint aux prage'
que l'armé fuiCoit tOUS les jours, enl;)a ea la plus
"rande partie des CorCes à Ce Coumeme, & à r ndre
1 urs armes.
Quoique les Chefs d méconrents euffent, [eIon toutes les apparences, f.worifc' 1 s François, ils
demanderent à Ce retirer. Ils s'embarquerenr le IO
Juillet au nombre de vingt-Cept , à la Palud lia, Cur
un bâtimenr fran~ois qui les mena à Pono-Longone, d'où quelques-uns pan; rent à aples.
Cependam coure la CorCe n"toit pas enueremem pacifiée; & les Rebelles qui rell:oient encore
en aiI'ez grand nombre, rej [[oient toures les propoutions qu'on leur fai[oic. Le Baron de Drofih,

39
neveu de Théodore '.faifoit tous fes efforts pour les
engager à foueenir le parci de [on oncle: en effet ils
[e défendirent avec tout le courage imaginable; &
cinq cents d'entr'eux ayant été forcés dans un Couvent de Tolla, paiI'erenr par deiI'us les murs du jardin, & [e retirerenr fur une montagne voi[rne: ils
y furent bientôt invefris, & ne rendirent les armes
qu'à la derniere e~trémiré.
Le Baron de Jeuhoff, toujours accompagné du
Baron de Droll:h [on parent, s'étoit enfermé dans le
village de Ziccaro, la feule Place qui fût rell:ée
dans fon parti. II ré[olut de s'y forci6er, & fit jurer
aux quatre cents hommes qui étoient renfermés
avec lui., de mourir plutôt que de fe rendre. La
Place fut bienrôt bloquée; &
euhoff ne pouvant
efpérer de réull:er aux Fran<;ois, demanda deux
jours pour fe déterminer. 11 profita de ce tems pour
mertre en sûreté touS [es effets, & fe retira fecreremenr avec les habitants de la Place, [ur une montagne près de là. M. de Maillebois s'apper<;ut bientÔt de fa retraite, & ne jugea pas à propos de l'y
attaquer, comptant que la faim robligeroit d'en
defcendre ; & le Baron abandonné de la plus grande
partie de ceux qui ravoient accompagné, eut le
courage d'y rell:er pendant près de deux mois. Alors
les Troupes Franc;oifes étant forties de Zuccaro,
DE L'ISLE DE CORSE.

D ESCR IPTlON

40

G ÉOGRAP H IQUE

euhoff y rencra, & ralTembla tous fes Partifans,
failànt des courfes aux environs.
L'hiveremp hoir qu'on n'achevâtdedécruireces
Rebelles: mais au r tour du print ms on les pourfuivit de nouveau; & les arant tous r'duits . forcés d'apporrer 1 urs armes, le Baron de euhoff fut
obIi b d Cc retirer, & d'abandonn r l'Ille: fon neveu feul refb errant dans le pays avec vin!!t-d ux ou
vin o -trois brib:mds qui 1 fuivirenr, & qu'on attrapa dans la fuite du tems avec grande peine, att ndu la dilliculré de joindr ces bens là qui n' toi nt
jamais ralfc mbl
qui fe r riroi nt par petits pelOtons d trois ou quatre enfc mble, fous d roch
abfolumenr impraticables.
La Corfe ainfi foumife & délàrm >
• de
Maillebois repalTa en France av c les Troupes Fran~oiCes, & remit rIfle pacifi 1 aux G 1 nois : ils y envoyerenr le Marquis Dominique- arie Spinola,
qui y arriva à la fin de Juin 1 40, av c la qualité
de CommilTaire G néral pour la République.
Ct: nouveau Gouverneur qui toit né en Corfe,
'limoit c P upl s. Sa doue ur lui gagna d'abord
tOUS les cœurs; mais c cre uanquilliré ne dura pas
long·tems. Le r'glemenr [ur les taxes ayanr d' plu à
ç~ lnfulaires 1 ils r fur rem abColumem de fe conform r aliX ordres de la R publique, & 1 troubles
r commenc renç,
1

1

l

,

1

1

1

1

DE L'IsLE DE CORSE:

41

recommencerenr. Les Génois réfolurenr de les y
contraindre parla force : en 1742. on prit les armes
de part & d'aucres, & il Y eut quelques aétions
fanglantes.
Sur ces entrefaites, Théodore aborda en Corfe
avec deux vailfeaux Anglois , & débarqua des armes
& de la poudre. Il crut pouvoir pronrer de ces circonfiances pour relever fon pani, & fit en effet
quelques tentatives; mais n'ayant pas eu d:heureux
fuccès, il fut obligé d'abandonner la Corfe, & n'y
reparut plus depuis. La recraite de Théodore ne
r ndit pas pour cela le calme dans l'I1le. Les Rebelles fe rafiemblerenr, & fe donnerenr d s Chefs; ils
ne demandoiem pas cependant à fe foufiraire à la
.domination Génoife, & ils n'exigeoiem que la diminution des taxes, & la liberté de porrer ~s armes. Mais plus on leur accordoit, plus ils tàifoienr
.<le nouvelles demandes: on fe détermina ennn à là.risfaire les Corfes > & le .calme parut entiereme,nr
rétabli.

42.

DESCRIPTION GEOGRA.PHIQUE

ARTICLE

VI.

Nouveaux tfouhles en Co1fl excùés en
Rivarola.
GÊNES en

1

45 par

Iï44 s"rait dédar ' pour la France

& l'Efpagne;
le trait 1 qu'elle avoit .fait avec ces
deux Pu.i(1ànces, avoit indifpofc' la Reiae de Hongrie, le Roi d'Angl t ne
celui de
rdai ne.
Ces nouveaux enn mis ne taIderenc pas à fufc ie
des troubles dans la CorG Dominiqu Rivarola,
Génois d naeion', mais Colonel au fervice da Roi
d Sardaigne) fe rendit en J -45 dans l'We d
Corfe, où il avoit des iD[ llig nces. Il n'eut pas de
p ine à raffc mbl r un alfez grand nombr de écomenes & de Rebelles, auxqu ls il promit de
prompts fecours de la part de l'An leeerre. En efli
qu Iqu s jours apr' la Flote ABgloife parue; & les
Reb Iles animés par ce renfort, firent le fiége cl la
Bafria, donc ils s'empar rem en peu d eems.
Rivarola maîue de c rte Place, en traira les ha-bieams avec beaucoup de douceur, & empêcha le
pillage.
La plus grande partie des Corfes étoit c pendant
d ID uré fidelle à la République; & Luc Ornano,

DE L'ISLE DE CORSE.

43

autrefois l'un des principaux Chefs des Mécontents, leva douze cents hommes au fervice des Génois: ceux-ci de leur côeé eurent grand foin d'envoyer à Calvi, à Ajaccio & à San-Bonifacio, des
vivres, des armes & des munitions. Les Rebelles
foutenus par les Anglois, enleverent aux Génois
San-Fiorenzo, San-Pellegrino, & quelques autres
pofres de peu d'importance. Les lnfulaires divifés
en deux partis, fe livroient de fréquents combats,
& ravageoiem mutuellemene l'intérieur de l'We.
Les habitants de Calvi, d'Ajaccio & de San-Bonifacio, redoutoient rapproche des Anglais, qui
paroilfoient avoir delfein de les bombarder. Leur
inaétion caufc' e par les vents contraires, décrédita
infenGblemenc le parti de Rivarola. Les habieants
de la Bafria profitant de ces circonfiances, chafferent les Rebelles de leur ville: les fecours qu'ils
re<;urent de G&nes les mirent en éeat de repoulfer
les Rebelles qu.i étoient venus les alliéger de nouveau. Gentile, & quelques autres Fameux qu'on

AI'
n'
l
'GA
,
aVOIt arreres a Ballla, fiurent envoyes a enes, ou
ils furent punis de mort.
Ces châtiments irrirerem les parems des coupables qui éraient à Bafria, & furene m&me caufe
d'une émeute; elle n'eut cependant pas d fuite,
F ij

44

DESCRIPTIO, GÉOGRAPHIQUE

parceque les Reb Iles écoiem en trop perir nombre
pour êcre r dourables.
G nes étamrombéeau pouvoir des Aucrichiens,
les Rebelles de Corfe reprirem courage (en 1 ï 4 );
& Rivarola, après s'êcr emparé de plulieurs poll:es
importants, fe rendit maîcre d'une parrie de Ballia
appelIée Terra Vecchia. Les affaires des Génois s'étant r'rablies avec 1 r. ours de la France, le
Comte de Cboifeul palfa en Corfe avec cinq c nrs
cinquante hommes, & for<;a les Reb lies à s"loigner d Ball:ia; il les cha1Ià eofuire desaucres poll: ,
& les réduilir à l'exu miré. Rivarola ayant trouvé
moyen de forrir de l'IGe, fe rendir à la Cour de
Sardaigne pour y d mand r des fecours concre les
Fran~ois.

D retour de cerre IGe (en l 48), il fe difpofa
à faire le fi' t>e d Bafl:ia; mais fa mort arriv' peu
de tems après, arr"ra fes projets. Maua devenu
Ch f des Rebelles, fuivir le deaë ln de [es pr'décelfeurs, & mir le fiég d vanr cerre capical . JeanAnge Spinola qui commandoit la garnifon de cerre
Place, [e d 'fendir avec un courag extraordinaire;
& ayanr ' r' fecondé par M. Pedemom , Lieut nam
ColoI:lel au [ervice de France, il for<;a les ennemis
à lever)e fiége. Dans le même rems, le Duc de

DEL' l s LED ECO R S E.

4f

Richelieu qui commandait à Gênes, fir afficher
des placards dans l'HIe, par lefquels le Roi de
France menaçoit les Corfes r belles, & promerroit
au contraire fa proreél:ion à ceux qui [e foumettroient. Ces placards eurent l'effet qu'on avoit at~­
tendu, & depuis cet infrant le nombre des Faélieux
diminua beaucoup: les préliminaires de la paix lignée à Aix-la-Chapelle, acheverent de rendre le
calme dans cette HIe. Les croupes Aurrichiennes &
Piedmontoifes ayant évacué la Corfe, les Rebelles
hrent leur accommodement avec la République.
Le calme n'écoit qu'apparent, le germe de la révolte fubll1l:oir toujours; le Général Paoli en étoir
rame. Les Génois, en 176 l , firent des propourions qui furent rejerrées par Paoli: ils prierem de
nouveau la France de les fecourir, & le Roi y a
renvoyé des croupes.

46

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

CHA PIT REl V.

Portrait des Corfes, leurs Mœurs, Cou';
turnes & Ufàges.

L'isLE de Corfe n'cl\: pas à beaucoup pr

aulli
peupléequ'elle l'a été anciennement; ono' compte
pas aujourd'hui plus de cem vingt miYe habicams.
Les Génois om cru, pour foum erre plus aill'mel'lt
ces Peuples, devoir emp&her la population par
toures fones de moyens, remplaC?nt les arur ls du
pays par plulieurs familles Génoifes, de la foumiffion d fquelles ils croient &tre plus sûrs. 11 y a encore en Corfe un rdl:e de ces familles Grecques
connues fous le nom de Maynotes on Mat>oores,
qui chaffées de la Mor'e par les T ures, vinr nt en
l 676 fe refugier à G~nes, qui les 6ruanfponer en
Corfe, leur cédant le camon de Paonia. Ces Grees
.
"
\
om tou)ours ere rres amch' a 1 R' bli que, &
es \ a epu
fouvent maluair' par les Infulaires avec lefquds ils
ne s'alliaient pas, diff; renrs par la r ligion & les
mœurs.
Le pomait que la plupan des Aureurs ont fait

DE L'ISLE DE COJtSE:

47

des Carres, n'eft pas à l'avantage de ces loCulaires.
Un Officier Fran<;ois qui a réfidé long-tems parm.i
eux, après les avoir étudiés, co vient qu'il dl difficile d'exprimer les concradiétions qui entrent dans
le caraéèere de cette N arion indé6 0 i (fable.
Le Corfe en général eft fourbe, cherchant toUjours à rufer & à tromper; c'dl: ce qui le rend défiant: & fi l'on veut obrenir quelque chofe de lui,
il ne faut pas lui marquer trop d'empre{femenr.
Opiniâtre comme il cil, .il n'abandonne jamais un
deifein qu'il a formé: les diflicultés, loin de le rebuter, ne fervent qu'à le rendre plus confrant dans
Ja pourfuite. li efr extrêmement prévenu en fa faveur, & croit valoir & mériter beaucoup. 1 aturellement éloquent, il s'imagine devoir féduire par
fes difcours ceux avec qui il traÎte. Pénétrant, il
devine fouvent les deifeins .de ceux qui lui parlent.
.on ne peut ~tre trop en garde fur les faits qu'il ra-come.. les changeant & les fabriquant même lotl'qu'i:lles croirnéceffaires à Tes deffeins.ll oftre, promer toUt, & ne cienuien, manquant à fà parole
fans le moindr.e fcrupule. n eft rempli de fuperfiicians, cep~nda.nt charitable & hofpitaJier pour les
Moines & les étrangers; faifam Tcmpule de manger du beurre un jour maigre; tuant de fang-fIoid
fan plus proche parent qui r aura contredit ~ il volera

'48

DESCRIPTION CéOCRAPHJQ E

cinq fols a celui dom il aura refufé un louis offert
par reconnoi{fance.
Le Corfe veut e re écouré; il aime prefque mieux
" con damne apres aVOIr ,re enten d u, que de ga'
,
. ,
eue
gner fon proces fans "tre oui. II dt r mpant, foupie & bas avec celui dont il a b foin' infolent &
lier avec ceux qui le recherchent, & qui ne peuvent
fe palfer de lui; avare, inconfunr & par {feux. Sa
paflion favorir dt la v ngeance, rien n lui coure
alors pour y r' ufIir . elle le rend laborieux, patient
& libéral C il: ainll qu'un Oflici r qui ad meur'
long-t ms dans le pays & trait' av ceux, 1 peint:
mais ne pourroir-Qn pas croire que straits fom un
p u uop chargés, ou ne convienn nt qu'au bas
peuple à ceux qui habitent dans les moma"nes.
On n uouve dans 1 villes qui ont 1 cœur droit
& g'néreux, aimant à faire le bien, & fenGbles à
celui qu'on leur fair. C ft ainli que Diodore de
Sicile en a parlé, leur amibuanr enu'auu s bonnes
qualirés, une équité admirable & une humaniré
parriculi re. Mais Séneque que éron exila dans
une rour du Cap d Corfe, qui porre encore [on
nom, en fait un pomair d'fav Drag ux : voi i
,çommenr il s'explique.
Priou eft ulcifci 1 x, ~lten vivere npru i
Jertia m oeiri, qlla!t~ ~egu D s.

49

DE L'ISLE DE CORSE.

Les

Les Corfes ripoltent aujourd'hui par les vers
fuivants,
Parcere lex prima eft, fecnnda vivere refrô;
Tenia vera loqni, quarta & amare Deum.

ART l C LEP REM 1ER;

Caraéleres, Mœurs, HabiUemerus J Lan Ile des

Corfls.

ON ne fauroit nier que tous

les Corfes ne
[oient fiers, arrogants, préfomE,tueux, & extr~me­
ment vindicatifs; ils{ont très difpofés à la révolte.
.Leur efprit eft naturellement léger & inconltant.
La pardre cil: un de leurs vices dominants: ils font
li fainéants, qu'ils ne fe donnent aucun mouvement, fait pour la culture des terres, fait pour les
[ciences, les artS libéraux & mécaniques, fait en~
fin pour le négoce, Ce font des Etrangers qui travaillent pour eu;x, comme les Luquois ou les Sardes: ces gens-là viennent tous les ans faire en Corfe
les travaux les plus pénibles; ils vendent les bois,
labourent les terres J taillent les p.ierres, & fcient
les planches.
A,
1
Les Corfes font . res, pourvu qu un menage J

G

50

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

quelque nombreux qu'il foit ait en fa propriété fix
châtaigners & autant de chevres, il ne penfera pas
à cultiver d'autres produfuons, ni à faire le commerce en aucune fac;on : il ft charitable, & donnera de grand cœur l'hofpiralit' aux paffan . mais
en mAme t ms il ne fe refùfl ra pas le plailir de l'aIler 'oler enfuite fur le grand
min, s'il croit le
pouvoir faire en sûr
Le r haine contre 1 urs enn~ ll: barbare
cru il ,& ne s'éf. int jamais: quand c cr odi uCe
paŒion les domine, il n'y a plus d'humanit' à attendre d'eux' ils fom inflexibles, . 1 urv n eance
d vient implacabl . L'impunit d cnm où ils
vivem depuis fi lono-tems, & la vi oifive qu'ils
menem, les fortifi ne encore dans Cert: faCjOn criminelle de penfer. Un pere '1 ve fi enfants dws
ces id'es: d que les gar ,ons fane n' d raifon,
ils ne les enererienn nt que d maux que 1 urs pa,rents one fouiferrs d puis leurs divilions avec les
C' nois; ils leur parlene fans cefil de leur par nrs
ou de 1 urs amis qui one p'ri pour la caufe commune, fait dan les fupplices, foit d'une aurre maniere : ils leur f<lnt connoîue tous c ux qu'ils doivent craindre ou haïr; & par-là ils 1
cir nt à
avoir. des fentimencs conformes aux 1 urs, ' à
nourrir dans 1 urs cœurs 1
de Ce v nger.

DÉ L'IsLE DE CORSE,

51

Le Corfe ell: ferme dans l'adverfité; il fe croirait déshonoré fi, quand il ell: enue les mains de
fes ennemis, il pouffoit un foupir en périlfanr. Oh
en a vu dans ces dernieres révoltes, condamnés aux
plus cruels tourments, qui avant que de les foulfrir,
difoiene tranquillement & avec un courage incroyable, patienta. Quand une fois ils am prononcé ce mot, leur parti efi: ptis; on les expoferoit
enfuite aux plus cruelles toITUres, il ne leur échapperoit pas une plainte en les endurant.
Ces Peuples en général font graves, ferieux &
mélancoliques; ils riem peu; les malheurs de la
Patrie les occupent enrieremem, & leut donnent
une humeur fombre & farouche: on ne voit parmi
eux prefque aucun divertiffement, excepté qu'ils
aimem beaucoup à jouer aux 'carres; mais cela fe
pa/fe fur un con de uifte/fe uès uniforme. Ils aiment
à parler, & parlem naturellement bien & longrems : ils regardent comme un affront quand on
n'écoute pas leur prolixité jufqu'au bouc, laquelle
eft affeéèée de leur parr pout furprendre ou polir
tromper; ils fom avec cela très foupc;onneux & très
cachés; ils font glorieux fans ambition; ils exigent
des polireffes des Etrangers, & ne tiennem point
au de/fous d'eux de garder leurs belliaux & de faire
d'autres fonéèions des plus vils Payfans, pourvû
G ij

52.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

DE L'Is LEDE CORSE.

que le travail [oit médiocre; & leur gloire ne va
point à leur faire deUrer un autre pays que le leur,
ni de s'allier avec de plus grands qu'eux. Us [e tiennent offenféS quand on leur offre de l'argent en reconnoiffance d'un fc rvice rendu, ou de l'af. le accord' aux Voyageurs; mais d'un autr côté ils volent parcequ'ils aiment le larcin.
Les Corfes font en g'néraI d'une future qui
rient entre la haute & la médiocre taille; mais ils
[ont bi n faits, alertes & vigourell.'1:; & leur phifionomie n'a rien de d'fagréable, quoiqu'elle ait
quelque cbofe de dur.
Leur habillement fe reffi m de la rud ffe de leurs
mœurs. La plupart de ces Infulaires qui font un
peu aifc' & qui vivem dans les illes, s'habillent à
la Fran~ife. Le Peuple
v~ dans les villes à la
fa~on des
on~<rnards. Ceux-ci Ont l'air hid ux;
& quand on en voit un de loin J on ne [aitd'abord
fi c'dl une créature bumaine ou un ours : leurs ch veux mal p ignés & leurs barb qu'ils laiffent cro1tre fans aucun [oin, les rendent très difformes; ils
porrent une camifole roug ou jaune d'un mauvais
drap fous une vefte brune d'une très groffe toffe,
& prefque toujours par d ffus un manteau [emblable à celui d'un Capucin; ils [om toujours en bortin s, au moins ceux qui [ont un peu riches; les

Pr~tres & les Moines en om prefque touS, A l'égard

en

53

des Corfes Montagnards, ils couvrent leurs jambes
de peaux de chevres, dont le poil eft en dehors; ils
n'ont point de chapeaux, ils ne [e fervent que de
bonnets de greffe laine de la couleur de leurs veftes.
La chauffure répond à l'habillemem : ce fom d'informes fouliers plats dont le cuir n'dl: pas corroyé,
& que pour leur commodité ils garniffent de clous
ann de mieux gravir les montagnes, Ils fom armés
de fufIls, de piftolets J & fouvent de poignards &
de llilets; ils Ont au1Ii une arrouche à leur ceinture pleine de poudre & de plomb. Ils porrent_ or.dinairemem une gourde remplie de vin J & un petir fac où ils merrent du pain de châtaignes, ou
bien des châtaignes rôties. Dans cet équipage ils
courent le pays. Ils laiilènt prefque tous croître
leurs barbes, fur-tout ceux qui Ont prémédité de [e
venger de quelqu'un: la barbe longue eft chez les
Cor[es la marque certaine d'une vengeance furure
dom ils ont formé le deffein.
Quant à l'habillement des femmes, parmi celles
qui habitent les villes, & dont les maris [Ont aifés ,
il Y en a quelques-unes qui [ont v~tues à la Fran~oife ; mais toutes les autres om les cheveux rreifés ,
& par deffus, un béguin rond de toile blanche:
elles ponent un perir jufte de [oie ou de ~p rouge,

54

DESCRIPTIO~ GÉOGRAPHIQUE

avec deux cotillons bleus, dont l'un qu'clles retroulfent fur leur t&te, reŒ"emble à un oile de Religieufe. Les femmes & les filles fone babillées de
m&me couleur; néanmoins lorfqu'elles renrrent
dans leurs mations au retour de l'Eglife, elles abaiJ:
fent leurs jupes; & les plus riches lai1lë nt voir un
conet de quelque belle étotfe, un mouchoir fin fur
le cou, & leur t&re e1l: om' d'une efpece de prit
toquet, avec une poinee pench'e vers l'œil t>:luche,
qui donne aux jeunes perfonnes un air alfez gracieux: celles-là Ont des bas rout>es c' d fouli rs
d'étoffi s de foie; elles marchent rarement feules
dans les rues. Les femmes du bas p upie s'habillent
comme celles des oncagnards, qui fom v&rues de
la m me étoffe que celle des hommes; elles Ont le
beguin de toile jaune Jill leurs cheveux rr lfés,
comme les f; mmes de la ville' Iles vom fans bas
& fans fouliers à leurs p'nibles travaux. La propreté
dans les deux fexes e1l: crès négli,,' ; il Ya c pendam des endroits où les femmes & les 611 font
charmantes, principalement par la vivacit' de leurs
yeux qui fom bleus & bien fendus.
Les femmes ne [om aux y ux de leurs maris que
de viles efclaves, Un Corfe penfe honorer beaucoup celle qu'il prend pour [a femme; & li elle ne
lui donne Eas des enfants mâles, il d vienr plus

DE L'ISLE DE CORS E.

55

bouru qu'il ne l'dl: ordinairement: elles fom chargées des plus bas emplois, tandis que leurs maris
dorment ou jouent aux carces, ou courem les montagnes; elles ne ceflènt pas de rravailler, fans que
céla leur vaille la moindre confolarion de la part de
leurs époux. Il eil: bien rare qu'une femme Corfe
mange avec fon mari; au contraire elle le fert humblement à table, & Ces enfants mâles s'il en a : car
ces lnfulaires Ce croient très riches 10rCqu'iis Ont
beaucoup de garc;ons; {;'eil: ce qu'ils appellent leurs
forces, & ce qui eil: l'objet..de leurs plus cendres
foins. Ils ne s'embarraŒ"ent guere de leurs filles; la
fervirude où elles vivent efr caufe qu'elles ignorent
le prix de leurs appas> car leurs maris & leurs galants ne leur en parlent jamais; auiIi rien n'eft plus
froid & plus glacé que leurs amours & leurs maria-ges. Le beau Cexe d'ailleurs eft accoutumé dans
cetce HIe à ce genre de vie. Quoiqu'on accu{; toures
les femmes de quelque pays qu'elles foienr, d'avoir
toujours un perir grain de coquetterie, il n'y a pas
lieu de croire que ces Montagnardes en connoilfent
le manege; car nos Franc;ois qui ne manquent jamais auprès des femmes de vancer leurs appas vrais
ou faux, ont remarqué que lorfqu'ils difoient à
celles-ci qu'elles émient belles & charmantes, elles
paroiŒ"oiem Curprifes, & penCoient qu'on Ce 010-

56

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

quoit d'elles. Celui de qui je tiens ces remarques ,
ajoute que quelques-unes cependane n'one pas refufé de le croire, & qu'elles one payé de reconnoiffance ceux qui leur faifoiene ce complimene.
Le langage des Cortes en de deux forces: celui
qu'on parle dans les villes de Bafiia, Ajaccio, Calvi, San-Bonifàào, &c. dl: un Italien mile à entendre, parceque la plupart de ceux qui les habitene, ont voyagé pendant quelque rems en terre
ferme, comme à Sienne, à Florence & à Rome,
ils s'expriment alfez purement & avec douceur: à
l'égard du menu peuple & des
oncagnards, ils
one un jargon Iralien rres corrompu,
qui dl:
même m"lé de mocs aurifques, que les Euangers
& les Corfes des illes ne peuvent guere comprendre.
Ils n'one parmi eux ni Médecins, ni Chirurgiens, ni Apoticaires, excepté dans les villes nommées ci-detrus; ils connoilfent feulemene les propriétés & les venus de certains fi mpIes , & s'en fervene fuivant leurs di1féremes maladies, foit intérieurem nt, foit en' rieuremem : ils vivene longtems, & fe mnfmettent ces connoiifances les uns
aux aucres; ils efiimenc néanmoins tOUS ceux qui
exercene la Médecine, ou quelqu'une de fes parti .
Parmi les Médecins que l'on trouve dans les villes,

il

57

DE L'IsLE DE CORSE.

il Yen a pluueurs qui ont été re<jus Doél:eurs dans
les Univerutés d'Italie.

ARTICLE

o

II.

Religion & GOUllememeru des Co1jês.

rrouve dans un ancien Auteur (1 , que
les Corfes fe <Tlorifiem de ce que Saint Pierre &
Saine Paul one eux-mêmes prËché l'Evangile dans
leurs pays, & que depuis, le Chriilianifme n'a rien
perdu de fa pureté, qu'aucune idolac:rie ne l'a altéré, encore moins les hér'fies, & qu'aucun fchifme
ne l'a croublé. D'autres Auteurs foutiennent cependant que l'Evangile ne fut prêché en Corfe qu'au
commencement du [ucieme uede : ils appuient leur
fentimenc fur ce que Sagonne, Ajaccio, Aléria,
qui fone les plus anciens Evêchés de ce pays, n'ont
été érigés que depuis ce tems-là; ceux de ébio &
de Mariana ne furent établis que cent ans après.
Ces mêmes Auteurs croient auai qu'il y a eu aucrefpis en Corfe plus d'Evêchés qu'il n'yen a maincenant, & qu'on les a d'cruirs. En effet, lorfqu'on

(I) Vitalis, dJ.ns [cs Croni'lucs Sacrées, pogcs 57 & 'l 1.

H

58

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

va de Mariana à Coné, on voit à moitié chemin
fur une haute montagne, où il y a une alfc z grande
plaine, les ruines de plufieUIs mai(ons qui {emblent
~ue les refl:es d'une ville, avec une afie Eglife que
les Corres appellent encore aujoUId'hui San-Pierro:
on conjeéhJre donc qu'il y eut une ville nommée
Accia, que qudqlleS Géograpbes ont décocée du
titre d'Ev~ché, mais qui par fa ddhuélion fUt réuni
à œlui de Mariana.
On y compte aujourd'hui cinq ,Ev&:hés, qui
font Ajaccio, Aléria, Sagone, arÏana
ébio:
les trois premiers font fulttagants de l'Archev&:bé
de Pife, & les deux autres le [Ont de celui de
G~nes.

Tous ces Ev&:hés fomà la nomination du Pape:
cepen<hnt dans les rems de vacance, la République
peut faire connoître au Souverain Pontife & au
Sacré College, les Sujets qui ne lui {ont pas age bles, & ordinairement on y a égard.
Toutes les principales Dignités EcdéGafiiques
font aulIi conférées par le Pape; il en eft de mArne
des autreS Bénéfices, comme Abbayes, Prieur ,
Canonicats, &c. pourvû qu'ils vaquent dans les
mois de Janvier, F' mer, Avril, Mai, Juillet,
Oélobre & ovtmbre; au li 11 que l'Evêqu.e Diocéfain a le pouvoir de donner les B f n 'lices vacants

59
pendant les mois de Macs , Juin, Septembre &
Décembre: à l'égard d~s petits Bénéfices, tels que
[ont les CUIes, les Prévôtés, &c. quand ils vaquent,
on les accorde par la voie du concours, conformément aux décifions du Concile de Trente.
L'Ev~ché d'Ajaccio peut rapponer ueize mille
livres de revenu, celui d'Aléria vingr mille livres;
mais les autres {Ont de peu de vaIeuz.
Les Corfes [ont en général extrêmement attachés à la Religion, excepté qu'ils la d 'figurent par
mille {uperfricions ridicules; il Ya même dans quelql:les endroirs de l'Ille des courumes bifarres & extraordinaires qu'on croit venir des Sarralir.s, & qui
ne font guere uGrées dans les villes.
Les habitants de ces camons envoient 1 UIS femmes porrer des préfents à c ux qui viennent de
mourir ; ils conG.ftent en vin, en tabac, eil
châtaignes, &c. Ces femmes [om c~argées de caufer long-tems auprès du mOrt, & de lui faire en
pleurant mille quellions ridicules. Dès qu'elles arrivent dans la chambre du mort, elles entourent
fon lit, elles l'embralfent plufteurs fois; & s'arracham les cheveux & en s'agitant comme des furies,
elles lui demandent pourquoi il efr mort fi-tôt, lui
qui devoir vivre pour [outeIDr fa fàm.ille, & autreS
[emblables quefl:ions. ridicules.. Le mort ne réporiHij
DE L'ISL E DE CORS!.

'60

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

dam poine) elles recommencem leurs cris & leur!
quellions à plufieurs reprifes; elles le mettene enfuite dans une couverture) & le fone fauter. Les
Corfes Mene que cet ufage n'dl: pas aulIi extravagant qu'il le paroÎt) puifqu'on a vu des gens qu'on
croyoit mortS & qui n'étoient qu'en léthargie) en
revenir par ce moyen. Tous les hommes cherchent
à julli1ier leurs ufages) meme les plus ridicules.
Cerre Ille fourmille de Prètres & de Moines )
pour lefquels l~ CorCes Ont une vén'ration qui va
jufqu'à l'idolarrie) quoiqu'ils foienr d'une ionorance
cra!re) & peu réguliers dans leur conduite. Toutes
les Eglifes jouiIfenr du droit de franchifc ) & les crimes les plus arroces y rrouvent un aCyle qu'on n'ofe
violer.
On compre dans l'Ill rrenre-fix MaifODS de
Francifcains) Capucins) ft col ) indépendammenr d'un grand nombre d R ligieux) comme
Servites) J oCéphens, J'fuites) Lazari1l:es ou Mu:fionn.ures) &c. ourre plufieurs CouventS de filles :
prefque routes ces Maifons fonr rres pauvres) & ne
vivent que des aumônes que les Infulaires 1 or
fone.
Un Anglois qui a réfidé en CorG dans c s derniers rems, pade à peu près de m~me fur les EcabliffementS Religieux de cecce Ille: voici ce qu'il

DE L'ISLE DE CORSE.

61

en dit dans une Defcription de la Corfe imprimée
à Londres en 1767,
» On compte en Corfe foixante-cinq Couvents
." de Religieux MandiantS; favoir) trente-quarre
» de l'Obfervance dé Saint Fran<;ois, quatorze de
" la Réforme du m~me Ordre) & dix-fept de Ca" pucins. Chacun de ces Couvents a feulement un
» bois pour promenade, un jardin & une petite
» vigne. Ils ne CubGfient cous que de charicés du
» Peuple. Il y a en outre deux Colleges de JéCui" ces, deux CouventS de Dominicains) cinq de
» Services) & une Maifon de MiŒonnaires. Tous
» ces Couvents ont de très riches po!reŒons : on
" en trouve auΠquelques-unes qui appartiennent
» aux Chartreux de Pife) dont la vie aufiere &
» {impie eft en fi grande vénération auprès de toUS
» les autres Ordres de l'Etat) qu'ils peuvent &cre
" sûrs que leurs droits feront toujours reCpeél:és)
» même dans les tems des plus grands rroubles. On
» croiroit que dans un pays où il y a tant de Moi" nes) il devroit y avoir un nombre de Monafieres
» de filles à peu près égal au nombre de CouventS
" d'hommes; & cependant il n'y a pas une feule
» Mauon de Religieufes dans couce la Corfe. Pour
» remonrer à la fource d'une frngulariré fi bifarre)
» il faut obferver.....• " L'Auteur .Anglois en

62.
DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE
rejette la au[e [ur la politique des Génois. Je ne le
[uivrai point dans fon raifonnement: d'ailleurs un
Auteur Franc;ois qui a écrit fur la Corfe, après y
avoir demeuré plufieurs années, dir qu'il y a quelques Couvents de filles, comme je rai dir cidelfus.
On a remarqué dans ces derni rs rems, que toUS
les oines pr&hoienr la révolte, parcequ'alors ils
vivoient à leur fanraiGe, ne reconnoilfant ni l'autorir' du Supérieur, ni celle du .G'néral , ni celle
du Pape, fous le prérene de n'en recevoir aucunes
Douvell : enEn c'éroie une chofe monfrru uCc q e
le défordre & l'ignorance où étoienr plon o ' la plupart des Eccl'Gafriques. Un Pr"rre Corfe qui favoit au plus cinq ou flX mots de laan, [e cro oir
un [ublime Doéteur. Les Bibliocbeques des oines, qui fom cres mal en ordre, ne contiennent
que des livres afcéciques ou de pure concemplaaon,
& remplis de prétendues villons célefies, de fables
& de fu perftitions ridicules, dont il l'fi impolTible
de fe [ervir pour le progrès & l'avancement des
Belles-Lem s. On trouve raremenr panni les Moines Mendiants, un Théologien: cependant qudques Ecd' Gafl:iques qui demeurent dans les villes,
font un peu plus favants que ceux qui habitent l'in~érieur du pays; il y en a même aujourd'hui plu-

'6,
Geurs à Rome qui s'appliquenc [érieufemenc à l'érude des Leccres Sacrées.
DE L'ISLE DE CORSE.

ARTICLE

III

Loix que les Coifès .fuivelll dans le Goavememeru

Civil

LA

Corfe n'a prefque jamais eu de lou fixes &
exaétement fuivies, ni une forme de Gouvernement bien lâge , excepté peur-&rre dans fes premiers
beaux jours; mais dont il ne refie que quelques légeres rraces dans cerrains endroits : il faut donc
conclure que nécdfairement la defiruél:Ïon des
meilleurs érablilfements, la ruine des [ciences, des
arts, du commerce, & de rour ce qui contribue à
civilifer les hommes & corriger la férocité de leurs
mœurs, a dû arriver dans ce pays-là.
A l'égard des faibles veiliges de jufiice qui [ub-fifioienc au milieu de ce uecle, ils [e bornoient à
deux Staruts, qui [ervoienr de regle à ce Royaume
pour juger cous les procès canr civils que criminels.
Le premier étoir celui de GËnes , le [econd étoit
celui de Corfe. Cependant les villes de Bailla;
Calvi, Ajaccio & Bonifacio, avoient des livres

64

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

particuliers appellés les Livres Rouges, dans lefquels il y avoir les additions ou modérarions de cerrains arricles contenus dans les deux S'ornes marqués ci-delfus.
Ces additions, réformes ou modéraoons fi rvoient ou à l'obfervance des privile2"es paniculiers
defdires villes, ou à une mérhode plus claire pour
juger dans les cas que le SUlCUt n'avoir pas prévus,
& dans ceux qui éroient arrivés p ndam le cours
des années aux mépris des loix, & auxquels les circonfiances des rems avoient empeehé de r médier.
li y avoir à Ballia un Podefl:ar élu par 1 habi.
tants, 1 [quels pouvoienr difcurer leurs différends à
fon Tribunal; il les décidoir fuivanr le Statue d~ la
Corfi, les addioons du Livre Rouge la Loi commune. Dans les difIicu1rés qui n'y éroienr pas comprifes, il avoir la permiiIion de fi fi rvir du Statut
d~ G'n~s, & de l'aurorité du Profelfeur des Loix,
ou de rous ceux qui avoient écrie fUT cette mariere.
li étoir libre aux Bourgeois & au bas peuple de
Bafria de pon r leurs procès devanr le Tribunal du
Gouverneur de l'IJ1e ou d [es Vicaires, l'un defquels étoir élu au grade de Vice-Gérent, & Juge
dans le civil quand le Gouvernemem avoir trop
li'affaires, & l'auue Juge dans le criminel, le Podefi:ar de Bailia ne pouvant connoîrre des affaires

criminelles.

65

DE L'ISLE DE CORSE.

criminelles. Pour les caufes civiles jugées par ledit
Poddl:at, fi l'une des Panies plaidames fe rrouvoit
opprimée, elle pouvoit en appeller au Gouverneur
Général, qui avoir le droir de révoquer ou de modérer la Semence, en fe conformam toujours aux Loix
& aux Sratuts que l'on obfervoie dans toure l'IJ1e.
Le m&me appel devam le Gouverneur avoir lieu
pour les caufes juies par le Vicaire du Juge Civil, quand ledir Vicaire n'éroir pas Vice-Gérenr.
Quand il avoit ce grade, rappel ne pouvoir &rre
porcé qu'àG&nes, foirdevant1e MagiOrar de Corfe, foir devant le Sénat, defquels on pouvoiè encore appeller aux Syndics'Supérieurs: & comme
rous les deux ans il palfoir de G&nes en Corfe deux
Commilfaires pour examiner la conduire des Juges,
les Parries mécontentes des Jugements rendus dans
le civil & dans le criminel, avoiem la libené d'appeller devant eux. Pour les procès criminels, ourre
le Vicaire déparri, il Yavoit encore un fifol qui
étoit chargé d'afIi1!:er au procès, & de faire les foncrions d'Avocar contre les coupables. Les procès jugés émiem remis à un Expen, qui en faifoir le rom,.
maire en rapportant les circonfi:ances plus ou moins
graves pour les criminels, provenanrdes dépolirions
~es rémoins & de la force du délir.
Le Vicaire, Juge dIJ criminel, examinoir le rap-

l

6~

DEScÏI..%PTIeN CÉOGltA4>HIQUE

POrt de t'Expert, de Iii"êm~ qrn: le Sta'hK & les Loix :
il don-noir fOB avis par écrit , 'e'll<3.Déguant les pGints
que tes Loix avoient fiatt'1es flU le MLlr plus '00
mOlBS conGâéraDle -âll coupable, & le préfeotoir
au Gouverneur, qui avoir le pouvoir.d.'au;,rnenœr
ou de diminuer la peine -à laqueLle k icAi.re jugeoir à propos de condamner le coupable; & il
potlvoir ordonner La réforme ck ravis donné par le
Vicaiœ, mais toujours en fuivanr les regles, les
Loix & les Statuts.
Des que le Gouverneur avoir prononcé, il ne
pouvoir plus [e récraél:er; & le condamné ne pouoit en appellerqu'au T nbunal Snpérieur de Gênes
pour avoir là grace, ou one modération de peine.
A Calvi on ·fuivoir le Statur civil ou criminel
de Qnes. Les procès-dans cette ville n'éroient pas
à la décwofl feule du Commj{[aire, il Yfalloir ceux
des rrois C-onfuls, la Char:.e defquels ne duroir
que lU: mols: aioli les querelles devoient cre pre-mieremenr -entendues à ce ';f ribunal compofé de
quarre Sujets, le Commj(['1ire compris, 1 quel venoir tous les deux ans à-Calvi, après que le Confeil
Majeur de la République ravoir élu. Le Tribunal
de -Calvi n'admettoir point l'ufage du Starut de
Corfe; il le rejerroir roralement, & recouroir feulement à celui·de Gênes, aux Loix communes, &

DE L'ISLE DE CORS!.

67

aux autorirés des J urifconfulres. U fi aéancier écran,
ger devoir pourfuivre [00 débite~r demeurant à
Calvi, devant le Tribunal de eerte ville, & fuivre
tout ce qui s'y pratiquoir, ainii qu'il eU: dir cl-deC[us. Un débiteur de la Province de Balagna, [ujer
à la Jurifdiél:ion de Calvi, éroir pour[uivi par un
créancier de ladire ville devanr le Commi!faire feul,
le créancier fe fervoit pourtant toujours du fryle,
des Statuts & regles ci-delfus mentionnés.
Le Gouverneur G~néral de 1'1I1e n'émir pas Juge
compétent, & ne pouvoir point conno1ue des cau(es des habitants de Calvi, fi ce o'étoit pour des cas
extraordinaires qui relforri!foienr par appel au Magifuar de l'lile ou aux auues Supérieurs, comme
auffi aux Syndics qui venoient, comme on a dit,
cous les âeux ans dans l'lile, lefquels étoient accompagnésde deuxàurresSyndics d Calvi, qui avoient
,,meme VG1X que ceU'X de G"
erres.
Les h.abirants des autres villages de la Balagne,
(ujets à la JlKifdifuon de Calvi dans les procès ci-vils qui arrivoient enrre des Payfans, étoient jugés
par le Commilfaire feu!, felon la forme du Sratut
de Corfe, & pouvoient en appeller au Tribunal du
Gouverneur à Bailla, à celui du Magiftrar de l'lile,
des Syndics, ou tel aurre qu'ils rrouvoient à propos.
A Bo.nifacio on [uivoit le )tatur de G&nes, avec
1 ij

68
DESCRIPTION GEOGRAPHIQUE
la jouilfance des mèmes privileges que ceux de
Calvi fous la dépendance du Gouverneur de Bailla,
pour les cas exuaordinaires.
Voilà en général commem la jullice s'adminifuoit dans rouœ la Corfe, avec des additions, des
réformes & des modérations convenables aux maximes, aux privileges & aux ufal)es refius dans certains endroits d l'Ill.
Après tout ce qu'on vient de rapporter, il fi facile de concevoir que ce Royaum , où le trouble
& la confulion n'am prefque pas c (fc' d r'oner,
n'a guer pu avoir d'ErabIiCfc ments Acad miqu ;
& que fes habitants) loin de cultiv r 1 fci n ,
les arts les belJes-1 mes) les one au contrair enrierement n';:,Iig' . Les Ecrivains qui en one par "
les regardoient comme des hommes plus propres
aux armes qu'à l" de des fciences; du moins c' fi
ainli que s'en explique V gb lli au comm ncemenr
du quarrieme tome de fon Ouvrage fur les EVl"qUes
de Mariana: il ajoure pourtant que pluiieurs Corfes
li font dillingués dans les plus c'1 bres Acad' mi
d'Italie. Ce d'tail montre sûrem nt que la Corfe
n'a jamais eu d ces forres de [ecours, puifqu'une
des principales claufes infér'es dans l'amnifl:ie qu'on
publia en I?; 8 fous la garantie du Roi de France,
fut l" tabli(fc ment des Colleges dans l'Ille pour l'in-

69
fuuaion de la jeunelfe. li dl: ~onc inutile d'y rechercher des mémoires, des livres }nciens, des manufcrits, foit en parchemin, en vélin, ou en papier de foie, &c. Ce fom des relfources littéraires _
auxquelles on doit abfolumem renoncer; & quelques foins qu'on fe foit donnés pour en découvrir,on n'a encore pu y parvenir. li n'y a ni titres, ni
archives, ni monuments dans ce pays-là marqués
au coin de l'antiquité: cela n'dl: pas étonnant, après
les incurlions que les SarraUns y om faires, où ils
ont entieremem ruiné jufqu'aux moindres vdl:iges
des arcs & des fciences que les Romains pourroient
y avoir lailfés. Ce qui dl: arrivé depuis entre 1 s
Corfes & les Génois, a Cc rvi autant que les déprédations des Barbares, à éantir tOut ce qlù caractérifoit la littérature: toUt dans ce genre a été enlevé ou lacéré, ou incer:dié par la République de
Gènes.
Les forces militaires de la Corfe conlifient principalement dans une milice pleine de courage &
de réfolution. On met emre les mains de chaque
Corfe un fufil, au!Ii-tôt qu'il dl: en état de le porrer; & comme il regne tOujours parmi eux beaucoup d'émulation poUf tirer au blanc, ils devien.Dent excellents tireurs, & ils pourroient atteindre
DE L'ISLE DE CORsE.

70

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

avec une feule ball~ le plus petit but à unedillance
très éloignée.
Il y a dans chaque villa e un Capitaine d'armes,
& dans chaque pieve un Commi1Iàire d'armes qui
a le commandement fur tous les Capitaines de ce
àill:ritl. Ces Officiers [ont choiGs par le Gén 'rai ,
avec l'approbation du 'Peuple : ils font toujou
prAts à recevoir [es ordres, & à raffc mbler rel nombre d'hommes que le Général puiffe demander pour
le [ervice public.

A

R. TIC L E I

V.

Ujàges particzdiers tU 'fUdqurs Wzmons.

DES

Officiers Fran<jOis s'étant trouvés en Septembre 1739, dans un village, furent invit 1 à
une nôce d'un des riches Parians; ici ce qu'ils
trouverent.
L'affemhlée étoit au milieu d'un ~hamp où il y
avoit un très jGli hameau mué.au haut d'une petite
momagnç remplie de ~CTJ1iers, d'oliviers, &
de b Iles eaux qui tomboienr.des rochers oillns.
Vn"Vieux Payfan d'une làntérobufre, frais & de

DE L'ISLE DE COR.SE,

71

bonne mine, vint prier fans fa<jOo ces Etrangers
de s'-aifeoir fur un banc de bois qui émit viW-'Vl& fa
maifon. Cinq ou fix jeunes gens y éroiem: aŒs ; un
d'eux piru;<ù: mJ.e manvaif.e guitare, & les gens de
la nOCe dan{aienc au fon de cet infhument ; .c'icOlt
moi ns une danfe, qne des pas faits .à .droite & à.
gauche, fans mefuœ ni cadence. On fü[oit remarquer a= Etrangers, comme une chofe ta.œ & Ungu1iere, ~ .la mariée avoir des bas & des fouliers 7
elle pcrrmir:un p tit jafi:e de laine rouge garni de
clinqnant.; elle av.oÏt [es .ch~cux treffés & ramalfés
[ons un morcean -de toile jaune., -taillé en rond.
Cette Montagnarde, qui étoir.âgée de dix-fept à.
dix-huit ans, ne cparoiifoit 'Pas laide, quoiqu'elle
eût le teint très hâlé.
Les femmes:& les '611es .étoÏent routes rangées &
accroupies dans un coin, :à. une certaine dillance
des hommes, qui étoient auŒ tous en[emble. Lor[qu'une dame étoit -finie, un Payfan, qui étoit une
e[pece.de .Maître des cérémonies, fai[oit figne à un
homme & à une femme de s'approcher pour comitinuer de danfer : cela [e paffoit dans un gr.and filence; il fembloit pourtant que ces Paylans fe réjoui!foient beaucoup. La mariée remporte ce jour-l.l
une gloire infinie, fi elle dame continuellement
fans paroître laIfe : pour l'époux, on ne le voit pas

72-

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

durant la f"ete; & la coutume de ces Pay[ans veut"
qu'il [oit caché derriere un arbre, d'où il examine
tout ce qui [e pa!fe.
Les rafraîehiffements qu'on difiribuoit a ces bon.:
nes gens étoient auiIi fimples qu'eux; ils alloient
boire de l'eau done on avoit rempli un baquet, où
il y avoit une écuelle de terre pour en puiii r.
Comme la lin du jour approchoit, on annoo,?que tOUS les jeunes gens alloiene danfer en rond
pour 1 urs peres. C efl: un ufage cr' anci n dans
quelques endroits de l'IDe, mais qui n' fl: pas l> n'rai : ils d' ploi nt dans cette occaUon tout leur
agilité. Lorrque cecce danCe va commencer, qu
les jeunes Paylâns [e [one affembL' , un d'eux [e
campe au milieu de la croupe, & entonne d'une
voix fone & en faifant d'horribles comorGons, un
couplet de chanron. A l'infiant tOUS [es camarades
qui [e tiennent par la main, tournent circulair •
ment de la droite lla gauche, fi rapid ment & en
pouffant [;lot de cris qu'ils eo perdent haleine: c'eil:
pour eux un fingulier plaifir que çe diveni{[em nt;
ils le terminent par de longs éclats de rire. Les
Corres Montagnards ont la coutume de n'avoir
qu'un [eul & fpacieux lit dans la maifon J prefquç
~ommun à toute la famille,
Vn Aue ur Fran~ois ajolltl:; » Leurs fi ounes;
oncles,

73

DE L'ISLE DE CORSE.

oncles, cantes, freres, Cœurs & enfants couchene
" cous en[emble dans un m&me lit J où ils [ont
» quelquefois neuf ou dix ~Ie m&le; & c'efi leur
" coutume, hommes & femmes, de coucher fans
,. chemifes, ne confervant dans leur parciculier
» aucune pudeur: cependant ils [one jaloux, &
" veulent que l'on ait grande opinion de la vertU
.. de leurs" femmes & 6lles; répétant Couvent ce
,. vieux diéton, que douze onces d'honneur ayant
» été jettées [ur la rerre, les femmes Corfes en
" avoient pris onze onces pour leur part, & la
" douzieme écoit renée aux aucres femmes du
" monde. l> Malgré cela leur jaiouGe éclate quelquefois; & [ur de fimples CouPlions ils maltrait Dt
cres fon leurs femmes: mais lorfqu'ils croient avoir
lieu de prendre vinduco, c'eft-à-dire vengeance,
ils fuivent leurs femmes en pleine campagne, &
leur lâchent un coup de fufil; enfuire ils VOnt hardiment dire au pere ou à la mere d'aller enterrer
leur .fille qu'ils ont tuée à tel endroir.
La pluparr des mariages fe foDt par l'entremife
des Moines. Un Corfe fe crouveroit crès mal marié, fi fa fc mme ne lui avoit été donnée par quelque bon Pere: auŒ quand un pere ou une mere
veulent [e hârer de marier leur 6lle, ils VOnt prier
\ln Moine de leur trouver un gendre, Ce Moine

»

K

74

DESCRIPTION CÉOGRAPHIQ

E

va l'offrir de malion en mai[on; & quand il a trouvé un gar'fon qui l'accepre, il l'amene chez la fille,
lui fair frapper dans la main, & le contrat cil écrit
fur-Ie-ehamp. Après c cre cér'monie, s'il prenoit
envie au gar'fOn de [e dédire, il lui en coûreroit
la vie.
Il continue cl 'enir voir {on accordée rout 1
apres-diner, jufqu'au jour du maria ; il s'aŒed
près d'elie en lui tournant le dos, [ans dir un
feule parole, raclant d'une mauvaifc guitare &
chamant des hmencarions amoureufes. Cela dur
qu lquefois un mois.
Tout étam arrangé, les paren la men nt à l'Egliië , & d là a [on nouveau m 'n ~ ,a ompagn'e d tOUtes 1 fc mmes du villaoe, qui lui j rent plu!ieurs [on de grains pour marqu d l'abondance qu'elles lui [ouhairent. Le nouv 1épou
régale toure la noce d'une cr perire frugale colarion. Si·tôt que ce chétif r pas cil fini, le mari
fait figne à la mari'e de le [uivre: lle quicc (ur.lechamp (es parents, & va 1 trouver dans une chambre où il dt ail' l'an ndre. Une cl mi-heure apr' ,.
le marié va ouvrir la pone à tour 1 fill du village qui viennent fi'licit r c ne nouv lle fc mme,
qui dès le lend main commence à rravaill r à la
terre, à couper le bois, à 1 voirurer (ur la têre,

DE L'ISLE DE CORSE,

75

aioll que les grains) pendant que les fainéants de
matis demeurent au village à fumer leurs pipes, à
jouer & à pacler de nouvelles.
Quoiqu leurs femmes & leurs @les [oient accablées de rravail, les Cor(es n'y fom pas grande attennon. Elles ne vivem communément que de pain
d'orge & de fromage, & de Coupe faire ayec de l'oignon & de l'eau. Quelquefois le dimanche on les
r'oale avec du lard) de la chevre & du cabri, qu'elles mangent alIifes par terre) apr' avoir fc rvi leurs
maris à table, qui prennent ce qu'il y a de meilleur
pour eux & l urs gar<;oDS.
Les oines & 1 Pr"rres Ont toUt pouvoir (ur
l'e[prit cl Cor[es, & leur font croire tout ce qu'ils
veulent. Lorfque les Fran'i0is arriverenr à Bafria,
les . oines les avoient peints fi affreux & fi méchants, qu'à p ine rrouvoit-on quelques femmes
dans 1 rues & dans les Eglifes, encor n" toit-ce
que des plus vi illes & m"me d'cr' pit . Mais les
fêtes & les bals que M. d
aillebois donna à Bafria, changerent les chofes; les Darnes y vinrent
habillées à la Fran'i0ife : alors les Moines dirent
que les maris avoicr:.t perdu leur autorité (ur leurs
femmes, & que nos [tres & nos manieres Francsoi[es ne dép1aifoiem pas à celles-ci.
Pour mieux en impo[er au Peuple, ils menent
-K ij

76

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

dans les cérémonies de la Religion, le plus d'appareil & de pompe qu'ils peuvent: de leurs ~tes ils en
fone des rejouilfances publiques. En 1 38, le jour
de la Peneecôte , les Jéfuites c l'brerenc avec grande
magni1icence, à Ballia, la ~re de Saint Fran<ïOis
de Regis, Religieux François de leur Ordre, mon
en odeur de [aimecé, & qu le Pape avoit canoniré. On annonça la veille, cerce ~re, par une grande
décharl>e de boîtes: 1 ur Eglife écoit tendue d puis
le haut jufqu'en bas, de damas crarnow; on avoit
richement paré le Maîere-Autel; des Muliciensqui
éroienc venus exprès de Livourne & de Florence,
exécuterent une mulique fort Cavant ; un Abbé
Corfe ./it le panégyrique du Saint d'une maniere
ouer',
on peut m~e dir ridicule' mais c'dt
le goût de ces Peuples, qui aimenc 1 pantalonnades, 1 grimaces, les concoruons & 1 hypcrboles. Cefi: ce qui captive en CorCe un audiroire,
L-tns quoi chacun ronll roit : auΠc t Orateur dut
concemer fon monde, car il fit n chair un bruit
& un vacarme effroyable.
C'efi: un ufage parmi ces Peuples de faire parade
de chape! ts, de fouets, ' d'auer infuuments d
Pénitents. Ils fom fort amour ux d'une indé ente
flagellation; fur-tout pendant la femaine fainee. Ils
om beaucoup de Confrairi 5; on ft étonné que

CORSE.
77
dans la feule ville de Baftia, quoique petite, il Y
ait cinq Confrairies nombreufes de Pénitents, donc
deux de blancs, une de noirs, une de rouges, &
une de bleus: ils portent tous des habits ou des robes de toile, & la plupart ont le vifage COUVert.
DE L'ISLE DE

ART 1 C L E V .

Colonie des Grecs éuzlJli.e en Corfè.
LORSQUE les Tures s'emparerent de la Morée,
les Grees qui occupoienc la parcie nommée Brazzo
du aina aux environs du Cap de Matapan, nommès Maynores ou Magnotes, leur rélifterem longtems; mais à la fin ils fuccomberent, & quelquesuns d'eux ne voulant pas [ubir le joug des T ures,
ne trouverent de relfource que dans la fuire. Ils effayerem, à quelque prix que ce fût, de trouver un
afyle dans les Etats des Princes Chrétiens. Après
beaucoup de travaux, de périls, de malheurs, &
de difIicu1tès, ils arriverem enfin à Gênes au mois
de Janvier 1676. Ces infortunés conclurent une
capitulation avec la République, qui, le mois de
Février fuivam, les fit tran[porcer en Corfe. Ils débarquerem au pon de Sagone. A leur arrivée, on

73

DESCRIPTION CÉOGRAPHIQU E

leur dohna trois pays incultes de la Pieve de Vico;
c'éroient Revida, Paonia & Siafiàlogna' mais ils
donnerem la pr'férence à celui de Paonia, parcequ'il émie plus gras : ils y firent leur pr mier écablilremene.llsétoient alors au nombred Gx c nts.
Leurs convenrions avec 1 s G'nois conGfroi nt
en pluGeurs articles, dom quatre principaUL Ils reconnoiffi ne, par un qui fr fort r marquable, d
s'engal:)er de payer à la République une caille annuelle qui feroie ' valuée a cinq livres d G n par
famille, , la moitié pour 1 veuves, qu'on n rl:)ardoit pas comm une f: mill compl e : c pendam on ex mpta les quatre pr mi Ch cl cene
Coloni , d P yer la caill .
Ils vine ne à bout par 1 urs uavaw: d l' ndI' l
pays qu'ils occupoi ne qu'ils avoi Dt di if!' ntr' ux en cinq pani , fi fi rtil , qu'ils
iterenr
biemôt la jalouG cl Corfes qui 'oi nt 1
plus
proches vowns; ils vine nt Couvent les artagu r:
mais les Gr cs à qui on avoit permis d port rI armes, les oblig r nt toujours à r non er a 1 urs
projets. Ain 1 ils d murer nt uanquill pendant
pr' de quinze ans) & ils profir r ne de leur JoiGr
pour cultiver leurs r rres de mieux n miew:.
La rebellion de l'année 172.9 leur procura de
nouvelles inquiérud d la part d sCorIes, qui

DE L'IsLE"DE CORSE.

79

vouloient les forcer à prendre leur parti) & à manquer de fid:éliré aux Génois. e voulant pas fe pr&ter à de pareilles propofitions, ils fe défendirent
encore pendant un an : mais en 173 1, ils ne purent
plus fe foutenir comre les Mutins) & ils fe rerïrerent à Ajaccio avec leurs femmes) lellIs entànrs, &
les meilleurs effets qu'ils purem embarquer; ils ne
laiJferent dans leurs habitations qu'un petit nombre
de leurs compatriores, qui furent contraints à leur
tour de fe refugier aufIi à Ajaccio, parceque les Rebelles émient plus fortS qu'eux. La révolte ayant été
un peu éreinte au commencement de l 33) beaucoup de ces Grecs retournerent dans leur pays de
Paonia. Les défordI'es étant devenus plus grands
l'ann'e fuivance, ils l'abandonnerenc de nouveau à.
la m tci des Séditi ux qui le détruiGrent e~tiere­
ment.
Les familles de cette Colonie Grecque avoient
alfez multiplié à Paonia pendant cinquante ann'es ;
elles n furent pas fi heureuCes à Ajaccio, où beaucoup des leurs moururent; c pendant on en fir un
dénombrement en 1740) & on y compta encore
huit cenrs cinquante perfonnes.
Les Grecs n'ont point de quartier à Ajaccio; ils
y fone répalldus.iildifférernmem. Ils [one très laborieux) principalement leurs femmes. Ils ont beau-

80

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

DE L'IsLE DE CORSE:

de bravoure, & fe font très bien acquittés de
leurs devoirs quand ils ont été employés contre les
Rebelles' car les Génois n'ont pas de fujers plus
lideles ni meme plus reconnoiJlànrs qu'eux' & l'on
convient que s'ils avoiem roujours crait' les Corfes
comme les Etrangers, ceux·l n'auroient jamais
fon"é a la rebellion,
Quoique c s Grecs parlent Iolien , & qu'ils'I vent leurs enfants dans c cre lanl) e, cependant'
fom grands admirateurs d 1 1 ur & d fo
n rgie:' difem qu'elle dt la plus opreŒ" d l'Univers. Quoiqu'on 1 ur reprocb avec de !mlnd
apparences de rairon, de ne parler qu'un Gr corrompu) ils [ont cr' éloignés d'adopt r ce Cc ntiment: on a beau leur obje r que 1 ur langu ne
s'dl: conft rvée que par les Iivr , & qu 1 ur langage ulgaire diffi re autant de c lui dont ils Cc fervene dans l'Office Divin, que l'Iralien du Latin;
ils s'obfiinentà répondr qu'ils pari ne 1 v'riable
Grec avec l~ plus grande pur té,
ils crouvent
dure, barbare & ridicule la maniere dom nous le
pronon<S0ns : ils n dilè nt aucant d Anglois) d
Allemands, &c.
Quoi qu'il en foit, on remarqu beaucoup de
douceur dans leur fa<son de parler : l'or ille
Bar.
f~e d~ le~ prononciation) fur·tout lorfqu'ijs Jifc nt;
COUp

en

iI$

81

ils fom valoir rous les accents avec une exttême délicatelTe) ce qui dl: d'une grande beauté dans routes
les langues, & difficile à exécuter.
A l'égard de la Religion que ces Grecs profelTeoc,
voici ce que l'on a pu en apprendre. On fait qu'en
généra! rous les Grecs font des Chrétiens Schifmatiques, qui ne reconnoilfent pas le Pape comme
Chef vifible de l'Eglife; ils nient que le Saioc Efprit procede du Fils, & n'ajoutent point de foi au
Purgatoire; ils ne p uvent fouffrir les images & en
boITes & en r lief, mais feulemem en peinture &
gravure: ils traitent d'Hérétiques rous ceux qui ne
fom pas le !igne de la Croix comme eux, en portant d'abord la main droite au côté droit, enfuite
~u gauche, parceque felon eux, ce fur la main
droite de norre Sauveur que les Juifs atracherenr la
premiere à la Croix; ils ne veulent pas non plus
qu'on prononce à haute voix quelques paroles du
Canon de la MelTe; ils chantent l'alleluia dans le
Carême: tels fondeurs princi paux femimens. éanmoins la Colonie qui dl: à Ajaccio n'dl: compofée
que de Catholiques Romains) & leurs dogmes fone
~onformes aux nôtres; ils officient dans une Chapelle de la Cathé<lrale, qui dl: même la feule Paroilfe de la ville. Leurs Papas ou Pr~tres fom mar-iés) & p.0ttem toUS une longue barbe.

L

87.

DESCRIPTION CÉOGRAPHIQUE

DE L'IsLE DE CORSE.

Leurs mariages, leurs baprêmes, leurs enterrementS [e font [elon le rir de leur Eglife. Un Ev$..
que qui réGde à Rome, & qui eit entretenu par le
Pape pour donner les Ordr Sacrés à rous les Grecs
Catholiques Romains répandus dans toUS l s di1!i'rems endroitS de l'Italie, les confere à c ux de Corfe : on leur enfeigne la Th'ologi cbns un CoUege
établi pour cela à Rome.
L'Office des Grees en em m ment long: ils
emploient dans la Communion, le pain fai. avec
le levain.
Le baprême des enfantS Ce fair parmi eux par
immerfion, en les plongeant trois fois dans le
baptifuire.
Ils Ont pltUieurs Car~mes, & ils jeûn nt très régulier menr.
Ces Peuples font remplis d Cupedtitions ridi,.
cules; ils craignent fur-{our les Cortileg & 1 ma-léiices: par exemple, quand deux Gr es Ce marient 7
on ne publie pas de banes, de crainre que les fu-turs époux ne foient expofl' à qu lques enchantementS.
Leur habillement dilfere de celui des CarCes: 1
hommes POrtent des bas, des Couliers, & des cha.peaux [emblables aux nôtres; ils fom momer par
deffus le nombril une large culotre, qui par l' ffet.

qu'elle produit, relremble à la jup.e d'une femme;
ils font entrer dans cetre culotre une camifoUe bleue
ou rouge, & par delrus un habit fans poches ni
plis, preCque à la mode des T ures; fous cet habillement ils porcent une large ceinture qui fait trois
ou quatre fois le tour de leur corps; plufieurs y
mettent leur mouchoir, leur montre, &c. ils ont
un large Cabre pendu fous leur bras gauche, & un
poignard qu'ils placent dans leur ceinture. La couleur violette ou pourpre eit permiCe aux plus confid'rables d'enu'eux. Ces gens-là ont en général un
mélaJ;1ge de vices & de venus; cependant on leur
remarque d'affez bonnes qualités dans la fçciéré.
Les femmes porcent une chemiCe très cource,
faire ordinairement de roile de coton, une jupe de
couleur bleue ou rouge; elles meer.ent au bas un
triple rang de rubans de dilférentes couleurs: une
ceinture très épailre les Cerre depuis les reins jufques
lOus la gorge; elles ont par delfus un habillement
de la couleur de leur jupe, qui relremble alfez à
celui des hommes: une efpece de toque les ferre
au1Ii beaucoup fur le front; elles ponent un voile
de toile ou de moulfeline qui a bien quatre de nos
aulnes de largeur, elles lui font faire deux ou trois
plis Cous le menton qu'elles tiennent caché, pour
rejetter enfuite ce voile par derriere: rant qu'elles
L ij

83

84

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

portent le deuil de leurs maris ou de leurs peres,
elles ne le font jamais blanchir; ce qui pré[enee à
la vue & en peu de tems, une guenille rres [ale.
Les femmes du Peuple [om rres laborieufes, &
marchent nuds pieds; elles y accourum ne leurs
petites filles dès l'âbe de crois ou quatre ans, de
même qu'à porter [ur leur tête & derrier leur dos,
les plus lourds fardeaux. Ces femmes ne [om pas en
gén 'rai aufIi jolies, galantes & [piriru Iles qu'un
Auteur Franc;ois nous les ad peint . Aucun d'elles n'a la taille noble, éleganre & d' g' : ell
font pr [que toutes ramalfc' dans leur courte'paiffc ur; elles om de vilaines jambes, d gros traits,
& la peau noire; bien loin de montr r aucun p nchant a la coquetterie, elles aim m au conrraire la
rettaite, & n'om de communication qu'avec leurs
famill . Elles ne s'occupent que du foin d' 1 ver
leurs enfants, de veiller à leur m' nage, & d'ail r à
la campagne pour y couper du bois: c la emporte
tellement tout leur tems, qu'elles m' onnoilfc nt
jufqu'à l'ombre de la moindre intrigue amoureufc
avec qui que ce [oit. D'ailleurs ces Grecs [Ont fort
jaloux de leurs f. mmes & d 1 urs filles, & ne fouffriroiem pas la plus petite appar nce de d '[ordr
de leur part avec d s érrang rs.
1

DE L'ISLE DE CORSE,

85

CHA PIT R E V.
Climat, ProdJ.LEtions, Commerce de la
Corfe·

LA

Corfe eft en général un beau pays, & connu
comme tel des Anciens. Diodore de Sicile a dit
qu'il étoit fécond non-[eulement en ce qui eft nécelIàire à la vie, mais encore dans ce qui en fait les
délices. Séneque n'en parle pas de même, Iorfqu'il
dit : Barbara perruptis inclaJâ eJl Corfica Jàris:
Mais cela n'eft pas exaélemcnt vrai; car quoique
cette Ille foit extrêmemem monrueufc , & qu'en
plufieurs endroits il y ait des montagnes prefque
aufIi hautes que les Alpes, elles ne [om pas auiIi
arides. li y a de très belles vallées placées dans l'intervalle de ces montagnes, qui, quoiqu'elles ne
[oient pas forr étendues, [Ont alfc z fertiles en vins
& en bleds.
Le climat de la Corfe dt un des meilleurs de
J'Europe; & quoiqu'on y relI'eme quelquefois des
chaleuts exceŒves, J'air, fi on en excepte quelques
cantons, y cft pur & fain, principalement dans les
momagnes, Le Ciel y eft toujours {erein, & à

86

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

peine y connoît-on l'hiver; elle dl poumlOr fujette
à des ve!lts affreux qui y fouffi ne quelquefois en
Février & en Mars, & qui y caufene des ravages
terribles.
li dl: vrai que 1'1Ile de Corf< a été prefque roujours r 1)ardée comme mal faine; mais c la provient
fans doute du mauvais r nom que lui ont donné
les Romains qui avoienc établi cl Colonies à Aléria & à arima, donc la firoarion mar oeufe fit
mourir un grand nombre d'habiunts, d fa~n que
ces Colonies ne fublifterem pas long-rems; mais
tout l'iméri ur d l'Ifle jouit d'un rres bon air.
Cett 1Il eft limée de faljOn qu'on en pourroit
faire un des plus rich enrrepôts pour tout l'Europe, & l'on ynroit facilemenr un commerc immenfe des marchandifes de fon crû : elle fourniroit
de·l'huile excellente & abondamment, li on favoit
l'y faire. ais comme les Cerf< n'ont point d'adreLfe, il ne faut pas s" onner li celle qu'ils fabri.
quent n'eft (ou[ au plus propre qu'à brûler, quoiqu'ils h mangent avec autant de délices comme li
elle'toit des meilleures.
. Les vins de Corfe feroienr excellents li l'on rra':
vailloit aux vignes d'une maruere inrelli1) nte &
foigneufe, & s'ils ne noyoient pas leurs vins dans
de l'eau. Quand le raifin
mûr, ils le pr ffi m

en



DE L'ISLE DE CORSE.

87

dans des cuves de mâljOnnerie établies près des
vignes, qu'ils laiffenc prefque toure l'année en plein
air" & dont ils vont tirer la quantité dom ils ont
befoin journellement.
Le bled multiplieroit extrêmement dans cette
lfie) ainli que les autres grains; on y pourroit former avec fucces d s Manufadures de (oie; les planrations de mûriers y réuŒroienr aifémenr. Elle
abonde en miel, en cire) en goudron & en lin ;
elle dl riche en coures fones de mines; elle 2 d{s
bois propres pour la confiroélion des vai!feaux;
elle en a aulIï pour beaucoup d'autres ouvrages de
charpente & de menuiferie) car les Pieves font
prefque toutes remplies de beaux & de bons arbres.
On n'y fume jamais les reaes, & malgré c la
elles rendent cinquanre pour un. Le rerrein qui
borde la mer dl: encore plus fécond; il s'étend le
long des CÔtes dans cour le pourrour de 1'1Ile fur la
profondeur de cinq, fix à fept milles, c'eft-à-dire
deux à trois lieues à prendre d puis le pied des
montagnes- jufqu'à la mer. Cerre érendu€ qui eR:
con1idérable) efi d'une fertilité admirable; & fi elle
écoit bien cultivée) elle fourniroit coures forres de
produaions, & pourroit nourrir flX fois plus de
monde que la Corfe n'eD conrienr.
Dans beaucoup de cantons les terres rom ords..

88

89

DE L'ISLE DE CORSE.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE.

nairemenc femées une année, & repofent l'autre;
ainli elles ne rapponenr que de deux années l'une:
il y en a quelques-unes qui produifenr deux années
de fuite, & fe repofenr la troiGeme. T ouces les
terres qui pourroient rapporr r du grain, ne foDt
pas enfemencées à caufe du peu de belliauxqui r f.
tent dans quelques endroi .
Les Corfesne divifenr pas leurs tt'rres par arpent;
ils appellent mer.ùU1&, l'efpace de terrein où 1'00
fi me un demi-fbud de !nain,
le fiard pefi c nt
foïxame-fept livres de France.
Le revenu qu produifenc 1 pâru.res, ft ce que
1 gens des monta"oes paient aux Propri 'rair de
c s pâtures, pour avoir la liberré d'y tenir leurs beftiaux pendant l'hiver. Les habirantS n'ayant (u d puis long-tems à quoi employer leurs marchandifi s, ont abandonné la culrur d la plu grande
partie de leurs héritages.
Ces Infulairt;S ne Ce fi rvent pas d beurre' leur
huile, toUte mauvaife & mal fabriqu' qu' lie eft,
leur en çi nt lieu. Leur baril d'huile contient cene
huit POts. La falade ' 1 s auues herb s porageres
ne fone prefque pas cultiv chez eux' c pendant
on pourroit y avoir de tOUtes chofes, car il n'y a
guere de pays plus propre que celui-!' pour faire d
bOIlS marais
de gras pâturages,

Les

Les fruits les plus ordinaires fom les oranges
douces & ameres, les limons, les figues, les grenades, les raiGns, les noix, les amandes & les châtaignes; on y voit rarement d'autres fruits, encore
fom-ils de mauvaife qualité.
Les volailles de balTe-cour n'y font pas trOP communes; ce n'eft pas qu'on ne puilfe y en élever de
toutes (orses; mais la vie que menent les Corfes ne
5'accommode pas de ces foins-là : le pain de châtaigne
& de millet, ou les châtaignes rôties, le lard, le
cabrit & le mouton leur fervent de nourriture. On
ne peut rien voir de plus mal fait que leur pain; on
doit même en craindre les ff; ts, tant il eft lourd
& p

Cam.

ART l C L E P REM 1ER.

Lacs & Rivieres.

IL

y a dans la Coffe des lacs, beaucoup de rivieres , de ruilTeaux, de fomaines, & quelques
,
-etangs.
Les lacs les plus conlidérables fone ceux de Creno
& d'Ino; ils font de la Pieve de Sorenza, fur la
cime d'une haute montagne nommée le Gradaccio"

M

90

DESCRIPTION CÉOGRAPHIQUI!

prefque au cenue de l'lile) que les Anciens appeIloient Mons Aureus) Mont d'Or; on la nomme
auiIi aétuellement once Rotondo. Elle cil: d'une
hauteur furprename) & p Ut égal r c Ile des Alpes. De fan fommet on d'couvre toure l'ée ndu
dans 1 loin.
de la Corfe) les mers de Sardai"ne
tain l'Italie & la France; on a auiIi fous 1 )'eux la
Méditerranée & pluLi urs d ft petites l11es: mais
on va rar ment jouir d'une vu fi ag ble) car le
hautd c cc montagne en un roch r prefqu à pic,
d faCion qu'il faur ahfolucn nt grimper la val ur d
deux milles avec l'aid d ft mains & d ft ,,_
noux . . la plus grand panic d l'ann' ) c rte
montagne dl: couv rr d n ig .
Le Golo a [a [ource dans le lac d'Ina. D la m ;;
ni re dont 1 Grada cio dl: GtU ) il ft par la Corfl
en d ux parei . Le cours du Golo p ut"U d' nviron fOL"(anre & quinze milks) ce qui fait au
moins vingt-cinq li u d Franc : il rrav rft enti r m ne les d ux Provinces d Coru . d Bof.
lia) & va fi j tt r dans la m r ' MarialUl. Il ne
ferait pas impolIibl d r ndr navig bl plufj urs
d rivi r d ett li! ) en 1 fuir: ne communiqu r 1 unes av c 1 autr ; r on ne Cauroit
croir ombien, fans parI r d gros ruia; ux) on
y en compt d forteS d onl1dtrabJes : t 15 fane

DE L'IsLE DE CORSE:

91,

le Fiumalto) dont la [ource dl: dans les confins de
la Pieve d'Orrezza) & qui fe décharge dans la mer
à San-Pelegrino. Le T aVlgnano) qui vient du lac
de Creno à deux milles de celui d'Ina) fur le m~me
mont Gtadaccio: il paffi par des pays incultes &
défercs, & fe rend à la mer aupres d'Aléria; il rec;oit
au delfous de Corre, la perire riviere de Reil:onicâ
qui viene de la Pieve de Venaco: c'eil: elle dom les
eaux one la propriété de blanchir & de polir le fi r.
Le Fiumorbo qu.i a deux fources) l'une dans la Pieve
de Vivario) l'autre dans celle de Corre) au cenue
de montagnes inhabitées; elle s'embouche dms la
mer) au d !fus du lac ppellé Stagno Orbino,
Le Liamone) qui forr auiIi du lac de Creno) 8{.
ya fe jerter dans le golfe de Sagone.
La Gravonne qui a fa fource au pied des montagnes de Bogognano) où elle r~oit plufieurs gros
ruilfeaux qui viennent de di.ff.' rents lieux) comme
de Zicavo) Momici) &c. cette riviere fe jecce à la
mer à l'enrrée du golfe de Valinco) du côté du
ordo Le Valinco qui donne le nom à ce golfe)
prend [a fource dans la Pieve de Scopamene) pa!fe
à peu de dillance de la ville de Sart ne) & fe décharge dans le fond du golfe de Valinco, après
avoir rec;u dans fa courfe plulieurs rui!feaux.
Ces rivieres fourni!fenc abondamment des rruires
Mij

91,

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

& des anguilles; il Y en a des unes & des autres

d'une grolfeur prodigieufe : mais on n'y trouve aucune autre forte de poilfon d'eau douce, comme
carpe, brochet, &c.
La Corfe cil remplie par tout de fontaines minérales) foit chaudes) foit froides, & de bains
chauds admirables: voici les principaux endroits où
ils font.
Dans la Pieve d'Orrezzo) au lieu appeUé Stazzona, il a des eaux minérales qui contiennent du
fer & du vitriol; on en trouve de même naeure
dans la Pieve d'Alezani. Erza ucué dans la Proit aulJi, mais moins
vinc d Capo Corfo , en f,
acides que les autres que je iens d cit r.
Dans la Provmce de Tfumorbo, au li D nommé
Millacciaio) il Ya des bains chauds pla ' au milieu d vafres terres. Les eaux d c bain font fulphureufes. li y a au1Ii au m~me Ii u des eaux d 1
mArne nature, bonnes pour boir . On trouve :l
Vico des bains de la même fp , qui n font pas
aulIi chauds.
Au Cap de Corfe, à un endroit appeD' Olm tta.) il coule une fourc dont l'eau ft bonne pOUf
arrËt: r les crachem nts de fmg; elle parci ip beau~
coup du bol.
D::ns les mont3gnes) aupr 's dM'rofaglia) il

93
Ya des eaux acidules ou froides qui coulent entre
des rochers, & qui font chargées de quelques portions de fel alkalin. Ces eaux fom bonnes pour certaines maladies, comme les vieilles dylfenteries) la
galle) &c. Elles font du nombre de celies qu'on
connoÎt fous le nom d'eaux froides ou aigrelettes,
& qui ne eWfereDt des eaux chaudes que parcequ'elles contiennent moins de fel fixe & alkalin) & de
parcies terrefires & fpiritueufes : les Corfc s de ce
canton n'en connoiJfc Dt pas le prix.
U y a à Corre des eaux minérales de la mËme
qualité que celles de Mérofaglia : mais on y voit
une merveille qui furprend beaucoup; c'eft qu'il y
coule une petire rivi re nommée la Reftonica, dont
l'eau a la propri'té de blanchir le fer, & d lui
donner un éclat brillant comme celui de l'argent)
fans que cette couleur s'efface. On ne fait pas trop
à quoi attribuer une pareille qualité, fi ce n'eft que
cerre eau comient des particules m rcuriell s qui
s'amalgament av c le fer: au refte cet eau eft toujours fraîche & excellence à boire. Les CorG s y
trempent (ouvent les canons & les platines de leurs
fuftls. Il y a un grand nombre de prit rivieres &
beaucoup de ruilfeaux qui fervent à fertilifer & à
rafraîchir le pays.
li y a p u d"rangs en Corfej mais à c luï. de
DE L'ISLE" DE CORSE.

94

DESCRIPTION GEOGRAPHIQUE

DE L'ISLE DE CORSE:

Diano, le [oleil pendant les chaleurs de l'été, deCfeche l'eau qui eft [ur Ces bords, & produit de luimême un [el dom les habitants pourroient [e [ervir, li la République de Gênes ne les empêchoit
d'en prendre, à caufe de [es [alines qui font une
grande parcie de [es revenus.

cel ; l'eCpece du gros bétail eft à proportion plus
force que celle des chevaux; mais les pâcorages de
la plus grande paitie de l'We ne lui fone pas avantageux: auΠles vaches donnent-elles peu de lait, &
le bœuf y dl: maigre & dur; il dl: vrai que les
CorCes n'ont pas grand befoin de lait, puifqu'ils
ne fom pas de beurre, l'huile leur en cenam lieu,
comme en Italie & dans les pays chauds; .cepet>
dam il y a quelques pieves où l'on fait beaucoup de
fromages. On y crouve une efpece de perite chevre
nommée MolfffOli, grolfe à peu près comme unchevreuil; elle dl: charmame par la belle forme de
fon corps, fa belle peau mouchet'e, [a vivacité
& [on agilité. Cer animal a des cornes comme un
belier, & la peau fon dure; il eft crès farouche &
vit [ur les plus hautes moneagnes ; il eft li agile,
<}u'on a de la peine à rapprocher; il faute de rochers en rochers à une crès grande diftance; & s'il
eft pourfuivi jufqu'au bord d'un rocher d'où il ne
puilfe s'élancer [ur un aucre , il [e jette du haut en
bas, & il a l'adrelfe de ne tomber que [ur fes cornes;
.cependant on l'apprivoife aifémene quand on le
prend jeune. M. de Marbeuf, Commandant des
T roupes Fran~oj[es en CorCe, en avoit un chez lui.
Il Ya des cerfS, des [angliers, d s chevre Iils &
cl s lievres, beaucoup de cabrits, & des moutons
.
..

ARTICLE

II.

AnimalJX domiflÜjues & .Jauvag~s, 1nfeéles, &c.

LES

animaux, les beiliaux & le gibier que l'on
trouve en CorCe, [om à peu pres les m'mes que
ceux de nos concrées.
Il y a d mulees, des chevaux & des dooues :
les mulers en général y [one beaux & .fIl z bi n
taillés; ils one la jambe fine; on s'en fi rc beaucoup
pour aller dans les montagnes; à l" oard des che~
vaux, la race en eft vilaine & médiocre> quoique
quelques Auteurs aiene avancé qu'ils écoient vi::>ougoureux & d'une belle efpece ; mais en général ils
y rom d'une cr p tite race: Procope dit qu'ils
s'ajfembloient en croupeaux , & qu'ils n'éroiene
guere plus gros que des moutons. (Procop. d b Uo
god. lib. II 1. cap. 2.4' ) Aujourd'hui cela n'ell: pas

95

96
DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE
qui y [ont excellents, [ur-tont dans les monrabnes;
ainli que des chevres. On y trouve beauc~~p d
fangliers; les porcs y [ont en ~ande quanme.; on
fait beaucoup de con[ommanon de c d tolers .
ils [ont toUS noirs comme des fangliers parcequ
vivans cominu llement dans les bois, ils s'accouplent av c ces "tes fauv ; auΠon 1 a p

mécifs.
Les Corf. aiment paiIionnément la ch:llfe du
fanglier pour laquelle ils ont une race pa.rticuli re
d chiens accll ntS : ces chiens 0 le poil r.1S
tiennent le mili u nu 1 mâtin le ros chi n de
Ber r', ils ont rair terrible' mais ils foOt tr arrach' à 1 ur maître, 1 gardent jour . nuit·
s'il
il: auaqu' , ils le d'f; nd nt jufqu'He fair tu r [ur
la plac
Il a des perdri."C, d poules pintades, des
beccafIines, des grives & des merles; tour ce gibier
dl: excellent: les montagnes [Ont rempli s de tourterelles & de pigeons raoùers fort bons mang r.
Il n'y a en Corre ni lapins, ni loups, ni pies;
mais en revanche les renards y fourmill nt; ils [om
fort gros & très voraces.
On y voit beaucoup d'oifeaux de proie, [ur-tout
des aigles & des vautours qui [e cienn nt dans 1
plus hauts wch r~,
Cette

DE L'ISLE DE CORSE:

97
Cette Hle a l'avantage de n'avoir pre[que aucun
animal vénimeux ; le [corpion y eil: rare & n'y eil:
pas m~me dangereux: il y a [eulement une araignée
dom la mor[ure eil: mortelle, li on n'y remédie pas
promptement; on rappelle en Langue Corre Marmignalo; elle eil: extr~mement petite & variée par
une in6nité de couleurs auffi vives que brillantes;
on la trouve communémem dans les champs, où
elle mord les moi!fonneurs ; [on venin eil: un poifon
froid. Il n'y a pas de tarentule en Cor[e, & on n'y
en vit jamais, malgré ce que quelques Auteurs
IIl31 informés Ont écrit qu'elle y étoit commune:
ils ont [ans doute confondu un animal fort commun, nommé Tarema, qui s'introduit Couvent
dans les IIl3i[ons, qui coUrt même [ur les meubles
& [ur les lits, & qui ne fait pas de mal aux hommes;
c'efr une e[pece de léfard a!fez gros.
Le poi!fon de mer en général y eft excellent, principalement le turbot, les [oies, les [ardines, les vives,
les dorades, le thon, le rouget, & autres. On voit
beaucoup de dauphins, [ur-tout dans le mois d'Avril, rôder près des côtes, d'où on les voit faire leurs
fauts, & toujours deux enfemble: ce poi!fon eil:
grand, & [on agilité égale fa vite!fe ; on affure
~u'il vit trente ans; il eil: bon à IIl3nger; [a figure
femhlableà celle d'un petit cochon, lui a fait doa-

N

9&

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

DE

ner le nom de cochon de mer; il ne faut pas le
confondre av c le marfouin qui efi une efpece de
daupbin, mais di1férenr, & dont la chair tr'
indig fie. la Méditerranée fourmille de dauphins.
On y a auili d huitres; celles que l'on p" che
dans un 'rang à quelques mill de Bafiia., font
larges, très gra1fc ,noir'u ,& d'une u un peu
fade.
On uouve [ur 1 côtes la pinne m2rÏne, 1 [01 n
ou couteau de mer, le pas, les Bions, ('étoile d
mer, le pilot d mer, l'orgue d mer ou tubulaire
le ren IDalin ou rézeau,
aua.

en

L'ls:I..E

DE

C"'0R.5:E:

ARTICLE

'99

III.

Produélions particulieres de quelques CtlJU()ns.
An,is avoir parlé des produélions générales de
-cene Ifle, il faut . e connoîae celles qui fom
paniculieres à quelques cantons, &-que l'on y cultive le plus.
1 0 . Dans la Province d'Ajaccio, une des ph15
belles de rIfle, & rrès éœndue , qui cependant ne
comiem: que huit pieves~ la pieve d'Ajaccio dl:
abondante en vin rouge qu'on envoie en terre
ferme. Il n'y a pas .d'huile, les habirans en fom
verrir de la Balagne, d'Olmerro & d'Ornano: le
.grain & la viande y fom .nIèz communs, & il Ya
du gros bétail plus qu'il n'en faut pour les peuples.
-Il y a beaucoup de beaux pâturages & peu de châ:!algnes.
.2 0, La pieve de la Mezzana, voiline de celle
.d'Ajaccio, produit des grains & .du vin plus que
les habitans n'en peuvem confommer, On y re.cueille affez d'huile, & rien de plus.
3°.lapieve.de Cinarca, quoi~u:affezbienc~
..
1J

~r8Ie" (?~M. \:", Y
\
g:
100

DESCRIPTION CfOGRAPHIQUE

rivée, ne produit du grain que pour [on néceifaite :
elle fournit plus de vin & d'huile qu'û n'en faUt
pour fa con[ommarion: elle a quelques hameaux
abondans en châtaigniers.
4 0 • La pieve de Célavo, :m pied des montagnes, a un terrein plus étendu que celui d la ezzana, mais inculte en pluiieUIs endroits = on y recueille peu de vin, d'huile
de châtaignes; en
revanche il ya beancoup de belliaux, du lait defquels on fait d'excellents fromages. Les habitans
vont labourer au loin dans la plaine qui leur produit
affez de grain pour l UI fubfill:ance. Il y a de crès
beaux bois de fapins proche de Bogognano.
5°. La petite pieve appellée Capella, qu'on confond ordinairement fous la dénomination de celle
de Célavo , dl: Utuée en plainedans un bon t rrein
qui rappone aux habirans de trois Villages & de
deux hameaux donc elle dl: compoCc ,plus d
grains & de châtaignes qu'ils n'en peuvent confommer: ils Ont quelques belliaux; mais ils n'ont ni
vin ni huile. Ils ont fur leur territoire une for~ de
chênes verds fon ér ildue, & de belles futaies de
fapins.
6°. La pieve de Coro dl: aoondame en toutes
[orres de vivres, de fa~on qu non Cc ulemenr tous.

DEL'1 S LED E C R S E.
O

''''''< '"

~~<,*
"'!'.><

res Villages, done quelques-uns occupene un ter- - '-.
rein f!:érûe, en [Ont pourvus; mais les peuples en
vendent hors de la pieve: le grain qu'on y recueûle
ef!: le meilleur de toute la Province d'Ajaccio. Proche le Village de Baftelica, qui ef!: le Chef-lieu de
cene pieve, il Y a des efpeces d'étangs formés par
des ruiffeaux dans lefquels on pêche des truites exquifes. Prefque touS les payfans dè cerre pieve vone
-travailler aux terres à vingt milles de leurs Villages,
à la rélelve de quelques hameaux qui one auprès
d'eux un rerrein fertile. Il y a beaucoup de bois de
futaie à ponée de Baftelica, fur-tout des fapins
qu'on affure &rre propres pour la conlhuaion des
vailfeaux.
7°. La pieve d'Ornano, done le territoire ef!:
bien culcivé , produit en abondance le néceffaire
à la vie. La qualité des pâturages & l'étendue du
.rerrein donnenc aux habitans la facilité d'élever
routes les efpeces de befriaux, principalement des
.porcs , done ils ont grand débit, ainll que du fuperflu de leurs huiles qu'ils vendent à Ajaccio.
Cerre pieve efl: la plus nombreufe en Villages; on
y voit encore aujourd'hui le palais du fameux San':
Piérro, Seigneur de Baftelica. Il y a fur cette pieve
beaucoup de bois de chênes verds donc on pourroit

1:01.

DESCRIPïlON GÉOGRAPHIQUE

faire ufage pour la marine. L'embarodaire {eroit l
Portopolo à!' entrée du golE de Vahnco & au golfè
d'Ajaccio.
8°. La pieve de T alavo dl: fort clifférenœ de
celle d'Oroano ; elle a peu de Villa~fS beaucoup
J.'hahirans· elleefr plus peuplée qu'aucune autre de
<ette Province. Les habitarions !Ont fuu' au pi
J.es monta~nes dans un terrein prefq inculte, qui
ne produit pas 1 néceŒ1.Ïre aux parIans. La quantir' de pâturages ne fuSilam: pas pour le nombr exnaordinaire de befiiaux .qu'ils
em, ils 1 menem paîae au loin. Soit flérilir du pays, foir faute
d'indufuie, ils fonr prefque tO B rgers. Zicavo,
Villaae de cerre pieve, ft le plus peupl' d l'Ille,
.apr 1 principales Villes. Des pâtura es qu'on
nomme CoJèÙJnl, , aufe du nom cl la montagne
00 ils fom limés, donnent au lair des befriaux qui
y pai(fem une qualité qui r nd 1 fromag ex lIens,
9°. La JuriCdiélion & Fief .d'Ifrria ne compote
<ju'une pieve qui a environ vingr-einq mill s de
<ireuit; c t endroit a d bons t rroirs
bien cul-rivés, & qui produiCent beaucoup de grains, furtOUt de l'orge de Sarrene ; il vient Com nt d bâriments pour n tranfporr r dans d'aua s endroÎls de

DEL' l

s L E' D ECO R S E:
103
J'Ille, & m~me en terre ferme. Il y a beaucoup de
terrein propre aux oliviers: c'efr faute d'indulhie
& par par (fe fi l'on n'y recueille pas une grande
quamiré d'huile; car fi les Cortes vouloient ils feroient de leur pays une [econde Balagne. Ils ont
peu de vin; ils ne manquent d'aucune forte de
be!l.iaux. Ce Fief appartient l la mai{on Colonna;
Les Seigneurs y entretiennent un Lieutenant pOlU'
l'adminillration de la J ufrice, & il [e tient à 01m tro qui eft bâti dans un amas de rochers proche
le golfe de Valinco , à nois milles du bord de la
mer; il fait face au levanr.
10°. La Balagne-efl: une Pro inee dans laquelle
on compte environ quatorze mille ames; elle efr
rr~ fertile; mais elle le [eroit incomparablement
davantage fi lesteITes y étoient bien cultivées, c'efrà-dite )- celles qui peuvent l'&rre, y en ayant au
moins un tiers qu'on ne peut labourer, & une
autre partie qui, par la maigreur de [on terrein,
ne rappotte que toUS les cinq ou Ur ans:.. on y laure
croître les broufiàilles que l'on brûle après les avoir
coupées; cela met les terres en état de produire
une année; ainG. il n'y a guere que la moitié de la.
Province qu'on cultive, & forr maL
On y recueille- dans une bonne année environ..

104

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQU E

DE L'ISLE DE CORSX:

vingt à vingr-deux mille {etiers d'orge (1), Bi
quinze ou {cize mille {etiers de froment, & {ept à
huit mille fi tiers de {eigle; mais tres peu d'autres
menus graIns.
La Balagna, dans une année féconde, peut
recueillir quarante-cinq à cinquante mille barils
d'huile. La récolte des oliv n'ell: abondance en
Corfe que lorfque l'hiver dl: tr froid, & gén ra-lemem les oliviers qui fom limés dans les lieux
froids, {om plus ferriles que les autres: quand il
tombe de la neige en abondance, & qu'ell rient
quelque rems fur la terre, ce qui n'arrive pas fou.
vent, l'ann' eil: exa"mement El onde.
On a conG rvé la mémoire de ce qu'en l 09,
ayant fait froid dans ce pays comme par-rout ailleurs, la récolre {uivanre avoit produit cem dïx{ept mille barils d'huile. Quan: au contraire l'hiver
eil: doux, la récolte eil: mauvaife ; & lorfque le
mois de Septembre eil: chaud, il fe met un petit
ver dans l'olive qui la fait tomber. Les habirans ne

prennent aucun foin de leurs oliviers: il n'y a pas
de doure que s'ils étoient bien cultivés, ils ne-fapporraffem davarrrage.
0
1 1 • La pieve de Gulfani & la demi-pieve
d'Ofiriconi n'ont point d'oliviers; elles en fom dédommagées; la premiere par quantité de grains,
& l'une & l'autre par beaucoup de pâturages; ce
qui les met en firuation d'avoir de nombreux trOUpeaux de bell:iaux de toutes les efpeces, principalement des chevres dom le .rell:e de la Balagna eil:
prefque dépourvue à caufe du tort qu'elles font ame
oliviers.
12. o. Dans le Fief de Cana;i auprès d'un Lieu
nomm' Oréglia, on trouve une matiere tout à fait
ferrugineufe qui a une fingu1ariré qui lui eil: propre; c'eil: que de quelque fac;on qu'on la retire de
terre ou des rochers, elle préfenre toujours une figure quarrée comme un dez; c'eil: à caufe de c la
que les Corf, s l'appellent pielra quadrala, & qu'ils
dirent: Quejla pielra deve 1Jère quadra come un
dada del colore delferro.
Ils en racoment d s merveilles & des choCes fi
prodigieufes, que par cetre rairon-là on pOUIroit
retrancher la plus grande partie des rares vertus
qu'ils lui attribuenr : ils difem que fi quelqu'un veut
faire un long voyage, il n'a qu'à allacher ceue

(1) Les mefures don, on fe fen en Corfe ne foo, p3J les mêmes
que les nôcces : ils les nomment lt mine, le /br & le bmn. La min
eft comporée de qua,orze baIim , le /br ell comporé de douze: le
bafm eft une mefurequi pefe dix-hui, :l vingt livres pour lefiomen,;
puis po r l'orge, il ne pefe que douze à cr ize livres.

prennent

105

o

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

DE L'IsLE DE CORSE.

pierre à la jambe gauche en dedans, au d1Jôus dit
genou, il marchera Jàns ft laffir. On trouve auffi

foit par le Midi, [oit par le Septentrion, on voit à
.chaque extrémité, mais réparés cependant du gros
de la forh, deux bouquetS de bois de hêtre ou de
fau, dont les arbres [Ont forc grands & droitS.
Parmi ces arbres, on remarque plulieurs efpeces
de [apins; on y trouve des pins en quantité, des
cyprès & autres; le térébinthe vull:;>aire s'y trouve
aulIi. Tous ces arbres donnent naturellement &
[ans irrei1ion, leur térébenthine ou r'{ine liquide:
en ét' elle coule li abondamment, qu'elle en imbibe COut le terrein, en Corre qu'on [ent une odeur
a{[ez forre qui monee à la tAt " Quoique ces arbres
[oient [errés fon près lts uns des autres, cependant
en examinant coure leur difpo(ition narur Ile) on
diroit qu'ils Ont été plantés à d {[ein en échiquier,
principalement dans toure la longueur de la plaine;
car dans les bas & les fonds, ils fom confus & [ans
ordre: on y trouve aufIi quelques jujubiers & des
palmiers [auvages. Parmi cous ces arbres, on trouve
un grand nombre d'arbrilfeaux de coutes forces
d'efpeces, arbrilleaux épineux & autres.
140 • Mérofaglia efi un pauvre village lltué dans
un fond, qui n'a rien de remarquable qu'un Couv.ent de RécoletS, qui par lui-même dl: peu de
chafe; mais les environs ont quelques curiolltés
d.ignes d'attemion. Le village dl entouré d'a{[ez
ij

106

beaucoup de cerre matiere ferrugineufe aupres de
Corre. Au refie, il n'y a en Corfe que le vulgaire
qui, comme ail! urs, eR: crédule & ignorant, qui
croit que cerre pierre a des qualités li merveilleufes.
On voit aux environs d'Oréglia, une tour qu'Olt
appelle encore la cour de S' neque, [ur l'ancienne
"tradition que ce Philofophe, que "éron exila réellement en Corfe fans qu'on Cache crop dans quel.
reens, fut étroitement renn cm' à l'endroit où
l'on a bâti depuis une co r qui porre touJours fon
nom.
13 0. Encre Vivario & Bogonano, dans
montagnes, il ya un endroit qui m'rire d'ècre connu : c'efi une étendue de t rrein qui conù nt une
p tire forêt, dont les arbres [om ma o ni6ques. Elle
peur avoir du 'di au S pt ncrion, quacre milles
d'Italie de longueur, ce qui fait une lieue & un ti rs
de nos lieues; ,de l'Efi à l'Ouefi) crois mill ou
une lieue. Tout ce t rr in dt cr '1 v', c p ndanc
une parue de ces forêts efi en plaine: elle a au Levant & au Couchant de hautes montagnes pelées,
& vers 1 Levant b aucoup de fonds r mplis d'arbres allai; on y trouv par-cout une t rr noirâtre
& qui fi ne la r'fme. En rrav rf.1nt fa longu Ul'"

a

107

108

DESCRIPTION CÉ OGRAPHJQ E

hautes montagnes de toUS les côtés, principalement
vers l'Ori nt : elles fom remplies de chàtaigniers
d'une grolTeUI prodigi ufe, dom les frui foDt
d'un goût admirabl . Les arbres qui 1 portent
abondent prefque dans tOUt l'In· . c' ll: une des
principal nourritures d fc habitants, fur·tout
cl s Mootaonards, foit qu'ils en faili t du pain,
foit qu'ils 1 rôtilfc nt ou q 'ils les m cr nt bouillir
dans de l'eau. A une ltTande d mi-li ue d ! l'rofa lia, dans les moncagn du cô ' de l'Gri nt, il
Y a un roch r d'où tombe une des plus Il napes
d'eau qu'on puilTe voir: lie fe pr' ipite dans one
la arur fcmefpece d r'fervoir que le t ms
bleot avoir cr ufc', ,tout-à-coup eH difparoît fous
des ma1fc 5 énorm d rochers u durs, fans im rrompr c p ndanr [on cours v rs l'Occid nt. Cerre
eau vient de plus loin par d canaux [ourerrains
qui aboutiffi nt au delTousdu rocher d'où Ile tombe
précipitamm Dt par une ouverture qui ell: une bouche horrible, vomi1Tant continuel1 m nt une ond
agitée, dont le bruit infpire mArne une mine
frayeur. C n:e eau ell: d'une grande fraich ur, crès
limpide & lég re.
En defcendant la monragne, n a\'ant?nt du
coré d l'Occident, on appercroit au bas dc:s roch rs, un ruilTeau a{fc z large coulant imp 'tueufc-

DEL' 1s LED ECO R SE.

109

ruent, qui fe divife en plufieors branches qui arrofem une petit plaine. Ce ruilTeau fort de defIOus
les rochers par des d ' charges naturelles placées à une
égale dillance rune de l'auue, mais fi voifines,
qu'elles n'occupent pas un efpace de plus de huit
toifes. Dans cet endroit, l'eau ell: d'une odeur &
d'un goût de fel alblin nitreux. On peut mettre
cette au au rang des eaux médicinales: les Corfes
des environs de M'rofaglia & de ces cantons, n'en
connoilfent pas le prix, comme on l'a dit ci.devant
en parlant des eaux minérales de la Corfe.
15<'. Dans les environs d'Ajaccio & amour de
la ville, fur-tour le long de la mer, le rerrein ell: fi
uni, qu'on s'y prom n roit en caleche pendant
plus de deux lieues lâns craindre aucun accident. Il
ell: difficile de voir quelque chofe de plus charmant
que cerre côre. Les bords de la mer font remplis de
pelon:es marines, qu'on a cru long-r ms formées
des impuretés de cer élément, que quelques liqueurs
glutineufes lioient enfemble ; mais qu'on a reconnu
n'être comporées que d'une Corre de bourre qui ell:
au bas des tiges d'une plante que M. de JuŒeu
nomme l'alga yùriorum. On y voir au'lIi beaucoup
de, pinnes marines, coquiliage femblable à un cône
réparé en deux. Quittant le bord de la mer, on
uouve dans les terres une fubfiance qui paroîr con-

110

DESCRIPTION CÉOGRAPHIQUE

renir beaucoup de fer: on y voit aulTi pluGeurs pe':
cites pierres brunes & compattes relfemblanres encieremem à l'aimanr, & qui conciennent aulTi beaucoup de parcies ferrugineufes; nouvelle preuve que
1 fer abonde de coutes parcs dans l'Ule de Corfe.
16°. Dans les moncaones au ord-Ouefl: d'Ajaccio, à em,iron deux lieues, on troU\·e de l'amianthe, qui eft nr dans l'I1le de
rfe quoiqu'il y en ait beaucoup en Sardai~e, ' ce qu'on
affure; du moins les Anciens l'one dir.
L'amiamhe d Corfe dl arrach' aux roch rs
.dans d cr ux profonds, & ce n' fl: qu'avec force
qu'on en peur d'cacher quelques morceaux. II fi:
facile de la connoicre par l'extrême lon!'tleur de Cc
6.lamenrs fores & Cc rr' 1 uns concre 1 auer ,
d'une couleur grue v rdàrre fonc ,& fomnr
,d'une pierre cres dure; c'efi: en quoi confifl:e fa différence de l'alun d plume, malgr' 1 ur grande r f.
femblance, qui a fair que quelqu
aruralifl:es 1
one confondus en[emble; mais les fran es de 1alun
de plum [one plus courtes qu les filamenes d l'amianche; d'ailleurs il eft aire de les difunguer all
gOÛt, car l'amianthe n'a pas cet afuing nt qui
racrérife au contraire l'alun de plum .
On crouv dans ce mAm endroit, 1°. une t rre
argill ufe) graffe, jaun , total mem fc mblabl '

DE L'ISLE DE CORSE.

III

la terre Ggillée qu'on apporte de Blois à Paris. 2. o.
Un talc magnifique par [on éclar, par [a tranfpaTence & [a couleur argentine, dont les feuilles [e
féparent facilement. 3°. Des pierres de lynx ou des
b lemniees. longues de cinq ou Gx pouces, greffes
-comme le doigt, de figure cylindrique, & de couleur brune, dures & raboceu[es. 4- 0 • D'aucres pierres fi dures, qu'on a beaucoup de peine à en caffer
quelques morceaux, er-ès unies, d'une couleur brune
foncée, & qui rea; mbleI1t cout à fait à la pi rre de
couche, les épreuves eR ayam été faites. 5°. Un bol
blanc, ou plutÔt une efpece de marne, d'un goût fi
afuingene qu'on ne peue le [0u1frir [ur la langue.
Voilà à peu près ce qu'on a remarqué des produ Sl:ions naturelles dans quelq.ues camons de l'I1le.
A l'égard des plantes, c'efl: un- article à parc qui
exige un cravail paniculier qui n'entre pas dans le
plan de mon ouvrage; je dirai [eulement qu'on
trouve en Corfe les m~mes plantes que dans les
Provinces méridionales de France , RoulIillon,.
Languedoc & Provence, & que dans l'examen
qu'on en a fait, on n'a trouvé ab[olument <ltlcune
diffi'rence; & s'il s'eu renconrroit quelques-unes,.
à peine paroilfoiene-elles remarquables. On peue
voir fur cet article les Mémoires de MonGeur
J aulTin [ur la Corfe , deux volumes in· 12., impri:
roés à Laufàne en 1759-

ta

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

DE L'tSL~

'11)

DE CORSE.

il dt inutile dedire l'lue les montagnes de Corre'
"1
/:)
>
mêmeles plus élevé s les plus éloign' d la mer J
renfeIment un nombre infini de coquiUages J &
mille autres corps érnngers .dignes d'arrention ~
elles Ont cela de commun av touces les montalTnes
1:>
de la cerre, où l'on trouve des tits de ces coquillag
folliles, dont la f{)rmatiQo cft un mvft re im ' n trable anx arnralifies, quoiqu'en e~nant k
couches & leurs lits on foit porté a croire que la
mer a couverr aurr fois ces lieux, & que par d
révolutions arrivées dans la narure , fes eaux , en
diminuant & fe r .tant peu à peu dans un fuite
ioconcevable de Gecles> om lailfé à nud c montaones en y confc rvant pourtant des cne
' des
vefiiges du féjour qu'~l1es avoient pu y fair par
cerre quantit' immenfe de coquilla/:) , , d'auu
Jllati r qu'on rrouv continu il m nt dans la mer.

ART 1 C L E I

Commerce de

r Ijle

V.

de Coifè.

lE commerce a peu d'aéèivité en Corfe,

branches ne font ni conGdérables ni étendues: ce
n'dl: pas la faUte du pays qui eft bon & fercile, &
firué avantageufement pour le faire; mais- ceUe des
habitans qui, naturellement parelfeux & fe concentant de peu, n'ont pas cherché à profiter des
avantages que le pays qu'ils habitent peut leur
procurer.
Une auue caufe du dépérilfement du commerce ;
dl: -la dureté avec laquelle les Génois Ont toujours
traité les Corfes: ils forcent ces derniers à vendre
leurs récoltes à des Marchands de la riviere de
G&nes, établis dans l'l./le, qui les ranc;onnent, &
ce en achetant à vil prix toutes leurs marchandifes
fur lefqueUes ils gagnent cinquante pour cent: ce
qui leur eft d'autant plus facile, que ces Marchands
s'entendent enue eux pour fixer de concerr le prix
des grains, des huiles, & auues femblables denr:ées: ce qui ôte aux Corfes le gain qu'ils y pourraient faire en les vendant aux Etrangers avec lef-

p
ARTIClE

& fes

1

q.

DEstRfPTION GÉOCRAPHIQUE

quels COut commerce leur e1l: interdit: cette gêne
fait que les Cor[es ne cultivent pour ainfi dire que
ce quïl faut pour leur confommatÏon.
Les Franc;ois y font cependant un peu de commerce. Il y a à Ballia, à Ajaccio & à Bonifacio
des Confuls nomm' & aurorw' par la Cour, qui
font [ouv nt d Icali ns de r cr ferme connus &
éprouv . Us veillent à la confervation des droits ,
& m"me d privileg de notre pavillon
de
notre commerc Ils jouiffc nt, fous la prot on
du Roi, d b 11 prérogatives. Lesarm d France
font au-delfus de la port de 1 urs maifons, qui
fone autant d'aryles faer' •
On a vu ci-d vant les produmons d l'lile qui
peuvent entrer dans le commerce: mais je n'ai ri n
dit d'un articl important; ce fone 1 bois. li Y a
dans plufieurs cantons de l'lfl des bois & des forêts dom les arbres fone en général les plus beaux
qu'on puifl'e oir en quelque lieu que ce foit de
l'Europe. Il ne feroit pas difficile de les tranfporrer
dans les PortS & les Rades qui en feroient les plus
voifines, & d -là en France & en Italie: ce qui
fi roit une des plus confidérables branches du comm ree de ce pays, fi l'on s'appliquoit à rendre les
rivier s navi:;>ables , . fi l'on faifoit qu Iques canaux pour communiquer avec la mer: on y réufli-

DE L'1sr.E DE

CO RU.

fI5

roit avec d'autant moins de peine, qu'à chaque
pas qu'on fait dans l'intérieur du pays, on trouve
une infinité de petiteS rivieres & de gros ruif-.
feaux.
Il y a auŒi beaucoup d'arbres qui. donnent différentes réGnes liquides ou térébenthines qui en découlent narurellem nt & [ans inci.lion, que les
Corfes ne fe donnent pas la peine de recueillir ,
foit par parelfe , foit par ignorance , au lieu
que s'ils écoient dans l'habitude de travailler ces
arbres, ils en tireroient une plus grande quantiré ,
& cela de:viendroit alors un article important, d'autant que la térébenthine, qui coule naturellement
de l'arbre, y dl: auŒi claire, tranfparente, & d'une
auili. bonne conlifrance que celle de l'We de Chio
qu'on efüme tant.
On a vu ci·devant les diffi' rentes produmons de
cerre llle qui peuvent faire un objet de commerce ,
celles que les huiles, les grains, les vins, les fruits,
la cire , le miel , le lin , le gaudron , les be!l:iaux,
&c. mais pour cela il faudroit que les habitans, &
fur-tout les montagnards, quicralfent cerre vie
errante & pareffeufe à laquelle ils font accourum's,
& qu'ils [e livralfent à la culture des terres & aux
moyens de bonnifier & d'augmenter leurs récoltes.
Il [eroit aifé d'y former avec fuccès des établj{feP ij

II6

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

DE L'IsLE DE CORSE;

mens pour la {oie. Les plantations de mûriers. y
réuŒroiem à merveille.
Si ce pays appartenoit à un Souverain qui veillât
à faire valoir les riche{fes de la nature qui y font
renferm es, ce pays changeroit infenliblem nt de
face. Il ne {eroit pas di1Iîcile d'adoucir & de chang r
peu à peu les mœurs des habitans ,
de 1 accoummer au travail en 1 ur procurant un débit plus
avantageux d 1 urs d nt 1 , prot';;,eant leur commerce , & 1 ur donnant toutes les facilit' poflibles.
Il faudroit fur-tout pratiquer des grands ch mins
pour pouvoit communi uer prompt m nt d'un
Lieu à un autre. Les C' 'taux Francois en ont
,
fait con1huire quelques-uns pour le fu c' d leu~
opérations. Les chemins dans l'iméri ur du pays,
r {fembl m l d efcali rs formés dans 1 s roch rs,
où un homme à cheval a beaucoup de p ine ' paOC r.
Il faudroit fur-tout r' blir tOUtes les Vill s ruin ,
tant dans l'im/rieur que {ur les côtes. On trouv
dans Pline, qu'on comptOir aucrefo' n CorG
trente-trois V il! s fameufc .
L'agriculture dl: cr' imparfaite ch 2: les CorG .
Tous leurs infirumens font mal farts,
ils ne s' n
fervent pas rrop bien. Ils ne font pour ainl.i dire que
grat ria fuperficie de la terre, au li u d la 1 bour.er, & ils connoiOC nlà p ine 1 s aV:ult:lges Je l' •

grais, quoiqu'ils foient à ponée de s'en procurer

117

la quantité néce{faire. Cette obfervacion générale
ne diminue en rien ici du riche .produit de différentes parties de l'lOe où la fertilité dl: plus grande,
& où l'indufuie & la connoilfance de la culture des
terres Ont fàir plus de progrès que dans le relte de
flOe.
Le Confeil fupérieur avoit coumme de nommer;
deux perfonnes ou un plus grand nombre dans
chaque Province pour v tUer à la culture des rerres,
& pour prendre les mefures les plus efficaces pour:
l'encourager, & en paniculier la plantation des
mûriers, parcequ'il dl: cerrain que le climat d la
Corfe peut produire une grande quantité de foies.
Comme le jardinage y a été prefque encieremem
négligé, on a publi' depuis quelques années une
Ordonnance par laquelle tour. homme qui po{fede
un jardin, ou tout autre terrein enclos, cft obligé
de femer chaque année des pois, des feves, &
toures fones de légumes, & pas moins d'une livre
pefant de chaque efp.eœ, fous Feine de payer une
amende de 4 livres au Pode!ta.
Le Confeil charge auffi deux Comuls- d'avoirinfpeéèion fur l'efpece & [ur le prix des différentes
forres de marchandifes dans rIfle, & d'avoir foin
de contribuer en toUt à l'avancement du commerce...

:1I8

DESCRIPTION GÉOGRA.PHIQUE

Les provifions n'étoient pas cheres en Corfe
avant les circonfrances préfentes. Voici leur prix:
moyen. U I\ bœuf propre au labour) fe vendoit
environ quarre-vingts livres; une vache) depuis
vingt-cinq jufqu'à trente livres; un cheval de la
meilleure eCpece) depuis cent jufqu'à cent quarante
livres; une Jument) d puis foixante & dix jufqu'à
'Juarre-vtngts livres; un âne) depuis vingt jufqu'à
vin!!t-cinq livres; une brebis) quarre livr ; une
perdrix) quarre fols; le bœuf) deux fols la livre;
le mouton) moins d'un fol; le poilfon commun,
un fol la livre; le vin ) quarre fols la bouteille de
flX livres de poids.
L'huile fe vend dans des barils; le baril contient
vingt pintes & une pime quatre quarts.
Le vin fe vend dans des barils de douze zuchas ;
le zucha contient neuf grandes bout illes de Florence.
Le grain fe vend au boilfeau; le boilfeau con"':
tient douze racinau.'C ; le racinau pefe environ
vingt livres; le fac ou le boilfeau fe paie dix-huit
livres.
Les gages d'un Artifan ou d'un Journalier [Ont
d'une livre par jour) & il efi nourri: un Ani[an bien habile dans fon méti r gagne quelque
çhofe de plus.

D'E

L'Is'Lt nt C-oRSE:

H9

Les manufaétures de Corfe fom -encore bien
éloignées d'&rre parfaites. Leur laine dt: très groffiere ) & généralement noire; ils ne s'en fervent
'lue pour la fabrique des draps communs. Celle qui
~tt tout à fait noire eft plus eilimée; mais lorfqu'elle
'a un petit mélange de blanc) les draps qui en font
faits ne [ont pas fi recherchés. Les Corfes cirent
leurs draps fins de l'Etranger) d'autant qu'ils n'ont
pas une a(fezgr~mde quantité de laine pour fournir
aux befoins de leur We.
La Corfe produit une alfez grande quantité de
lin, & fi on ....ouloit elle pourroit en produire une
plus grande abondance.

.
,

'11.0

DESCRIPTION GBOGRAPHIQ:JE

CHAPITRE VI.
Tour de lljle par mer, comenant la
Defèription.paniculiere, & le Routier
des Côtes,

ART 1 C LEP REM 1 E R.

c&u OriullaÜ de l'I
Jle) depuis Ü Cap Blanc fi
Ü Cap de Co':ft au Nord) juhu'à B onifaeio au
Sud.

LA

CÔte orientale de l'Ifle de CorCe) à prendre
depuis fa pointe nomm' le Cap Blanc, ou PUFIltZ
di. Como di Becco qui dt aupr' , juCqU';l Ca partie la plus méridionale où dl: Bonifaào ) peut
avoir au moins cent vingt milles qui font quarame de nos lieues marines de France ) de vin<rr au
0
degté , évaluant le mille à un ri rs de lieue) ou
une minure de degr du méridien. On a vu ci-devant qu'il y a des milles de différences grandeurs ,
& l'on en a donné les me[ures.
Corn~

DEL' l S LED ECO R S E:

I2. l

Corne di Becco eft une pointe ou lancrue ·de
fT':
'1 '
0
terre allez e evee) derriere laqueHe on voit dans les
terres de hautes montagnes: fa latitude eft de 42degtés 57 minutes. Tout auprès, au S. S. O. il y
a une autre pointe un peu moins élevée: c'eft ce
qu'on appelle le Cap Blanc.
A un peu plus d'un mille à l'E. . E. de Como
di. Becco, il y a la Tour de T olare, avec un petit ruiCfeau qui deCcend des mont:lgnes, ayant à l'Efr le perit
Village ou Hameau de la Réna; un mille plus à l'Ell:
celui de Baraccio. T oure cerre côte eft eCcarpée,
& n'a aucun abri. A un peu plus d'un mille, au
ord de Baraccio) on trouve la periteIfle de Giraglia Cur laquelle il y a une bonne Tour avec quelques SoldatS & du canon. On peut palfer avec
roures Corres de bâtimens entre ceue me & la CÔte
n'y ayant aucun danger; mais on ne doir le faire
que dans un beau rems) & avec un vent bien favorable. A l'égard de ce qu'on nomme le Cap de
CorCe) c'eft·route cette parrie la plus feptentrionale
de rIfle) voi[me de la petire me de Giraglia que
quelques avigareurs appellent l'We du Cap de
Corfe) du nom de la Province de Capo di Corfo, au
ord de laque1le cette petire me dt Gruée forr près
deh côte.
,A un mille de là vers l'Eft) il Y a un gros Cap
)

Q

12.2.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

avancé) dont les terres font très elevées) avec une
riviere qui vient des momagn s fe d char"er à la
mer du Côt' de l'Oudt. Quelques-uns nomment ce
Cap la Poinee de T arnorone. Proche Cet endroit,
en allant vers le Sud-Eft, on trouve la Tour & la
Calanque de l'A.,neUo qui oltt un p tit abri pour
des barques.
Proche la Cala de l'Agu 110, un peu plus au Sud,
il Y a la Tour della Chiapp lia, qui pr nd (on nom
d'une Chapelle d'di' à Sainte arie, qui fi
ttoit voi[me , & dom on voit ncore 1 ruines.
A un nùlle au Sud on trouv 1 III cs ou roch
de Finochiarob, & que quelques-uns nomm nt
Fi aroni: c (om rrois p . s Illes firu ' proche
la côte ru . Ou ft: il ya une Tour (ur c Il qui
efr la plus au lar.,e. AuSud de ces Ines, roUt aupr'
d'elles il y a un mouillage qu'on nomm la Rad de
Fi.,aroni : on y mouille par 1 s (ept ou huit braffes
d'eau: on y eft à l'abri des vents d ord) d ordOud!: ' d'Ouefr. Entre les d ux III 1 s plus au
large, il Y a [u: bran; d'eau,
le pa!ra e, quoique fort' troit) il tr fain: il a aulIi un paffe
entre les deux aurr s , • autant d'au' mais il v a
quelqu s ro hes auprès du d mi r t : on tro~ve
aulIi entr c d mi r Ul r . la r rr fix ou fi pt pieds
d'eau.

In

DE L'ISLE DE CORSE.

Hl

A un mille Oueft-Nord-Oueil: de ces Ifies ) il ya
un autre mouillage qu'on appelle la Rade deSainre
Marie) Chapelle où l'on trouve fix à fept braifes
d'eau à un tiers de mille de la côte: de petites
barques peuvent s'approcher un peu plus près de
terre par les quatre & cinq bra!res; mais il faut
prendre garde ~ des bancs qui (Ont le long de cette
CÔte, & proche lefquels on trouve une braife &
demie: il y a une petite cale en cet endroit) avec
une tour; & dans les terres, un puits où l'on fait
de l'eau, J'ai donné un plan de ces Mouillages)
qu'il efr bon de connoître.
Un mille plus Sud, la pointe deUa Cojla, que
d'auues nomment Cojéia, derri re laquelle il ya
une Calanque où de petits bàcimens peuvent mouiller vis-à-vis d'un rui!reau qui de(cend des monra"nes.
A un demi mille, la rour & le village de Macilla<r!'Î.o avec un ruilfeau. Cette tour eil: firuée [ur un
.
rocher un peu elevé (ur le bord de la mer. Tout
auprès il y a un auue ruilfeau plus confidérable, [ur
le bord duquel eil: {irué le hameau de S. Antoine.
Un peu plus avant dans 1 s montagnes) on rrouve
des hameaux qui pOttent le nom de villagi di T 0mino : c s montagnes viennent prefque au bord de
la mer.
Qij

""

I2.4

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

A deux milles au Sud-Sud-Ell: de Macinaogio;
on trouve la cour de MerÜl, bâtie [ur une poime à
l'embouchure d'une riviere qui defcend des monragnes: le vilhge de Saint Roch ft {jeu' à l'entrée
de cette riviere.
De la rollr de Meria à celle de S. Severa, il ya
quatre milles. La côr entre d ux n'a point d'habi~
rations, ce font des monragnes qui vi nn nt pref«Iue au bord de la mer' il Ya cependant un chemin
entre 1 côre & le pied des monragn
La rour de
S. S vera dl: fur une point baffe qui a,,-anc en m
avec quelques maifons aupres, & une riviere a1fc
belle qui pr nd fa fourc dans les monragn a C.x à
[epr milles delà, & qui eft groŒe par pluC. urs rui[fc aux qu'elle Fe~oir à droüe ' à auche,
monraones voifmes.
De la cour di Sarua S~era à celle di Cagnon()',
deux milles. Elle €lt bâtie fur une poim , d rriere
laquelle dt une petire anfe qu'on nomme Ponicio10, où des barques peuvent fe rerirer: Ile a au fond
un ruiffeau & qu Iques. habitations p u conud _
rables.
La rour d'101ft eft à un mille au Sud: il y a un
petir ruiffeau.
D c rte cour à c He di Ampuglia, un mille;
c'eft une pointe de r rr, ' une p rie an.fe avec
un fIV! r •

DEL' l

s LED ECO R s E,
I1. 5
Delà à Sijèo, deux milles ; c\~ft un village [ur le
bord de la mer au pied des montagnes, avec nne
riviere & une rour fur la côre, qu'on appelle torre
di Cajfàggiola. Sur la monragne il ya un Couvent
de Servires, nommé San.ca Catarina. Les monragnes viennent jufqu'au bord de la mer; de [orre
que la côre eft e[carpée, & le chemin pa!fe [ur la
monragne.
De Sifco à la rour de Sagro, un mille & demi.
Elle eft bâtie [ur une poinre qui avance en m r:
quelques Marins l'appellent le Cap Sagron.
D ce Cap à H.erha Longa, deux milles-au SudSud-Oueft: c'eft une côre efcarpée & montueu[e.
H rba Lonoa eft une rour [ur le bord de la mer,
un petir village auprès avec une riviere.
La cour & le village de Valina en dl: à un mille.
Il yan cet endroit une petite riviere du même
nom, & une calanque ~u abri pour des barques.
Les monragnes viennent prefque au bord de la mer.
Sur la hauteUr on voir le village de Poretto avec un
Couvem de Capucins : dans ce camon eft la maifan d campagne de l'Evêque de Mariana, rélident
à Bafua. La montagne efl: peupl'e de plu!ieurs villages a{fez pr' les uns des autres, nommés dans ce
pays villogi di Brando, qui fom panie du Fief de.
enom~

u6 DESCRIPTION CÉOGRAPHIQUE
C'ell: auprès de la rour de Valina que finit la
Province de Capo Corfo> & que commence celle
de Baftia.
De Vafina à Baftia il y a près de cinq milles au
Sud-Sud-Oudl:. On trouve> entre les deux, cinq
tours fur la côte, & autant de rivieres & ruiffeaux
qui viennent des monrat>nes fe rendr à la mer. Ces
tours font celles de iomio, de Grifone, de Pi
rra egra> di T oga, & di J fuiti: cerre derniere
dl: tout aupr' de la ville de Bailia. Tout ce pays
dl: montueux. 11 y a un ch min Je lont> de côt
qui palTe au pied des monrat>n

Baflia·
Baftia, qu'on croit "tre l'ancienne JfaJUÙzum ou
Maminorum Oppidum, efr aujourd'hui la ville Clpitale de l'lfie de Cor~ , & la plus confidér-dble.
Elle ell: GtU' fur la CÔte orientale par la latitude de
quarame-deux dégr' vingt-~ pt minutes ord, &
par les fept dégrés vingt-une minutes d longitude
à l'Ori nt du méridien de Paris.
Cette ville s'annonce magnifiquement lorfque
l'on vient de la mer> & on la croit beaucoup plus
belle qu'elle n'efr eff, éhvemenr. Elle fr bâtie fur le
penchant d'une montagne: [es rues rom étroites &
mal pavées; la plupart des maifons n'ont ni clarré

DE L'IsLE nE CORs"t.

Il7

ni agréments, excepté celles qui font vis.à-vis de la
campabne ou de la mer. 11 n'y a pas de place; car
on ne [auroit donner ce nom à des endroits un peu
fpacieux, mais qui n'ont aucune régularité.
Ses principales Eglifes [Ont la Cathédrale, qui
cfr Gtué dans un terrein qu'on peur regard r, en y
comprenant le Châreau qùi y dl: enclavé, comme
une petire ville réparée de celle de Ballia. On appelle ce lieu Terra Nuova. L'Eglife de Saim Jean
qui cfr la feule Paroilfe de la ville, efr auJIi celle des
Jé[uites. Elle n'a point d'Ev&hé en titre; c'efr celui de ariana, ville aujourd'hui ruinée: les EvêqUesODC rransfi' ré depuis un tems immémorial, leur
Siég à Bafria. La maifon des Jéfuires efr belle, la
btuation en efr charmante; elle ell: grande & bien
difrribué ,le jardin fur-rout efr tres beau: ils ont
un Collebe où l'on enfeigne les Humanités & la
Philofophie. Le Couvent des Lazarifi:es ou des
MiLIionnaires eil: en face de la mer: il efr vafre &
magnifique quoiqu'ils n'y foient que cinq Religieux; ils y ont un très beau jardin & un porager
abondant. Lellr Gtuarion efr Gnguliere ; d'un peu
loin cette maifon paroît fufpendue fur la mer.
Le Couvent des Cordeliers eil: très agréablement
lltué. Celui des Capucins efr fur une hauteur à un
demi-quart de lieue de la ville: il eil: fort coromo-

I2.8

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

12.9
a que quarante: il n'eft propre que pour des galeres)
barques, cananes, & auues perits bâtiments qui
tirent p u d'eau. L'enu'e n'en dl pas aifée, & l'on
y eft expofé à des coups de vents qui viennent par
d ifus les terres, qui [onc forr à craindre, [ur-cour
le ord-Ou ft plus que les aucres: ils foufHent au
revers du mole avec tane d'impécuo/iré, qu'ils brifc nc qu lquefois les barques les unes concre les aucr , . mArne concre le mole, J'ai donné un plan
de c Porc & de la ville d Bafria.
L' mrée de c Porr efl: diflicile, parceque l'embouchure ft perire, & [ur-rour lorfqu'on vient
avec 1 vents d'Eft, Eft· ord Eft & Eft-Sud-Eft ;
alors on n'y p ur encrer qu'un bâriment a la fois:
de Corre que lor[que plufieurs bâriments veulent
encrer dans ce Porr, il faue avoir la précaution de
[e donn r du rems en s'éloignant les uns des aucres.;
parcequ'un baumenr fe pr'fl mant pour eorrer, doir
mouiller au!Ii.rôr qu'il eft à l'embouchure du Porr,
c'eft.à-dire encre le mole ,le Lion. Le Lion eft un
gro 'cueil ou illor d'tach' de t rre) mais rour proch ; il r fte à la gauche n encranr : il faut avoir
arr mion de pr ndre le mili u de la pa{fe à égale
di{l:ance du Lion & de la {re du mole; & COut de
fuir ayam mouillé l'ancre, il fwr porcer vîre une
amarre à r rre fur ledir mole qui r ft à fuibord en
DE L'IsLE DE CORSE:

Je, & dans une expo/iuon charmance ; il préfente
un afpe6l: des plus agréables.
Cette ville efl: affez mal peuplée. Quoiqu'elle ait
un Porc, on n'y fait nul commerce conGd rable;
il conllfte feulemenc dans un n cce de cuirs. On

y voir pluGeurs tanneries: les Ouvriers qui y travaillent n'emploi nc paS, comme :ùlleurs) de la
poudre d'écorce de chAne pil' , pour donner aux
cuirs la couleur 'l'apprêt dont ils one befoin' ils
fe f rvene d feuilles fecbes de laurier fauva e, Il y
a dans la grand rue de Ba1lia beaucoup d Cordonni rs) parceque c' ft dans c e vill qu preJque rous les aucres canwns d 1'111 fonc fair d
fouliers pour 1 ur ur. (te,
On boir à Bafria d'excdI me eau qui y viem d
monragnes par d canaux fourerrains) , qui rombe
dans des [onmines ,des réCervoirs publicsr'pandus
dans chaque quarci r de la vill .
Le Châœau eft garni d'une affez bonne arrill rie; c'efl: d'ailleurs une cr mauvai!i forci6canon,
qui ne J; roir pas en étar de faire une longue réfllrance, malgr' l'orgueilleufe devife larine, niJzil
difficile, qui dt gravée [ur l,me pi rre blanch nallié dans la muraille du côr' du Porc.
Porr dl: p ur & El rmé par un mole d'environ
{oixam & dix toifes d longueur; [on enu' 0' n

u

a

R

130

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

DE L'ISLE DE CORSE,

entranr, & pour lors on [e place au pofie que l'on
[ouhaite. L'on eft par les trois à. quarre bralfes
d' u, fond d verre blanc & vafe.
le Château, la ille & le F~);bour fone en
amphich 'ue autour du port. Le m . eur m u'1lI211e
ft du •t d mole où mouillent 1 aleres. Il
p ut tenir j11fc u'à cinq , la fois' ID . il n
t nir d v tag. li Ut s' placer huit tartanes. Il
a pluii urs colonnes et pi cr fur la Ion
d
mole pour amarr r les bâtim ns. Q. bour, qui
vis à-vis 1 Lion, il ya un o~e- Jr e où l'on
fait d fi x la nuit pour facilit r l' ncr''" d
m os que l'on voit v nie a cie nuu ais ms.
Au mili u de la gauche du port il peur motJili
dix b.1fqu ou tartan par 1 trois bralfc , m'
fond qu cHl /fus; mais d c CÔt' on Il: , 'ou\" rt du vent du large, qui eft l'Efr, l'm· ordo
l'Eft-Su .EIl: crav ru rs d c port qui ft
fuj
aux coups de v nt, fur·rout l'hi\' r.
b'cim 115
plac à Ôt du mole en fom à. cou en; ma' ils
r tTc nt nt c p ndam un grand r Œc d 1 m qui
s" r nd pat-tout le port, qui tourm nt beaucoup
1 s bâtim ns; mais av d bonn ancr s, gum
& amatr s à t rr , il n'y a ri n ' cr inde . l
venrs d terr fom furieux dans c port' caure d
la h Ut ur d momaz,o s : mais quoiqu'ils ne ca -

fent pas de mal, parcequ'ils rombent à plomb, on
a vu ci-devant qu'ils n'eD fonr pas moins dangereux.
Si les vents étoient èomraires pour enuer dans
le port de Bafti.a, on peut mouiller en dehors du
mole par les dix à onze braili s d'eau, ayant la partie du ord de la Ville & le mo à l'Oueft à un
cable <le di1.l:ance. Au ord de cet endroit, au bout
du Fauxbourg, il Y a un ruillèau 0' l'on fait de
l' u a/fez facilement, & qui ell: fort bonne.
A trois milles au Sud de Bailia , on trouv l'enuée d l'étang de Clzi.urlino ou dt Biguglia: c t
écang peut avoir fi.x à fept mill s
longu ur & un
mille de largeut: il n'efl: féparé de la m r que par
une langue de rte fort étroite, qui <Ollrt u SudSud.En:
ordo ord.Ou Il:, Cept mill jufqu'à
la Tour de la poime d'Arco, qui ft un Cap plus
élev' que le refte de la côte. C ce Eerre dt baffe &
unie, garrne de \'erdure. I.e twein eorre J ID 'J:
& l"cang s'appelle Tomalo Bi (LCO. Cet étang ft
couvert d'herbes & d ra:{; ux. Il Y avoit autrefois
vis-à-vis d rentrée un petit Fort nommé AWlon.,
qui ell: ruiné.
Le terrein dertiere l'écang ell: uni & alfez b' n
cultivé, avec beaucoup de ruiŒ aux
petites rivieres qui l'arrofent, & viennenc le d'charg r dans
l" tango La plus conGdéra
ft cclle de Bixunco ,

lLij

131

l

p.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

proche laquelle dl: le Village de Bigugli:t J avec un
Couvent de Capucins. A un mille ou deux au large
de cerre côte J on rrouve quarante, cinquanre &
foixante braO"es d·eau.
De la Tour & point d'Arca à l' mbouchure du
Goulo , on compre d ux mill. en ri vi re dt
une d trois grand d l'Ul dom nou avons p
Il }' a un pont fur c re ri vi re a quarre à cinq milles
J (on embouchure. " oir proche 1 ri'e 1 pr 0rrionale , [ur 1 bord d la m r qu la iU de
lari:ma ' toir Gru J dont on ne rrouy aUJourd'hui aucuns velliges.
Du Goulo à la Tour d Santo P I! ino, il Y
a cinq milles au Sud. La rivi r d Fiuma1ro fi d'charge à la mer au Sud de c rre Tour: on rrouye
enrr deux un 'tan ou marais r mpli d Jon &
d ro{eaux, de quarre mil! d long fur moins d'un
mille de large J qui n'a aucune communication
avec la mer, quoiqu'il n' n (oir fi' par qu p3.f une
langue de rerr fablonn ufe, uni . forr ba!fc : rour
1 pa 's d rriere fi rempli d bel! plain qui ont
quarr à cinq mill d larg urjufqu' ux pi ds d
monngnes,
La Tour de Santo P II ino dl: forrili'e d'une
enC iote paliΠcl' pour renn rm r 1 maga lOS,
av c une rand maifon pour 1 OtIici rs & 1
garnifon qu'on y nrr ci nt.

DEL' l SLED ECO R SE,

1 33

De-là à la Tour de Padu lia , quarre milles, La
côte eft plus élevée) & les montagnes viennent jufqu'au bord de la m r. Il y a quatre perires rivieres
qui [e rendent à la mer entre ces d ux endroits :
ceUe de Sral:)na1ou à un mille au Sud d la Tour de
Samo Pellegrino) enfuite celle d
illanelo; un
autr p Ut ruil!( u & la riviere de Piragagi qui dl:
aupr ~s de la Tour de la Padu lia : cerre riviere qui
prend fa [ource dans les montagnes, r~it pendant
un cours de cinq à fix milles p uGeurs p~ irs mif-.
[eaux à droire & à gauche) qui arrofent rout ce
camon) dom les montagnes fom bien boifées) où
l'on rrouve pluGeurs illages
Hameaux J fOrI
près les uns des aurres) qui cempofent la pieve de
10riani.
Il fi bon de remarquer que le long de cerre côte
on trOUve fort près de la terre, làvoir, quinze
braO"es vis-à-vis l' mbouchure du Goulo; un peu
plus Sud, vingt braO"es ) enfuite trente braO"es, &
quarame bralli jufques & vis-à.vis de la Tour de
Paduella.
De la Tour de Paduella à c Ile de Prunella,
trois milles. Au [ud de la Tour de la Prunella) il Y
a un ruiO"eau nommé Thébia.
A un mille plus au Sud on rrouve la riviere d'Al fani ; enfuir à un mille la Tour de Farenrino.

Ij4

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

A deux mille de Fareo.cino) la T.our & riviere
d'AliLho.
A crois milles cl: A1i.fi.ro on a:ouv.e l'embouchure
de la riviere de Bravone) une des plus confidérables
de l'Ille,' avec une Tour du côré du Sud : à deux
milles de [on embouchure dans 1 terres> il Ya
trois
il1aa es nomm' T atiaïola, Piani cu
Souar o.
D puis la Tour d Preo Ua jafqu'à c He d Buvon ,c' 0: un c· e balIj & unie) av d be
plaines d quarre à cinq rnilL d profond r JU(qu'au pied des montagn , 'qu Iqu
,
\
repan dus c;a l'
J.
Le long de cerre côte) foIt pr d t rre) on
crou 'e d ux > uois . quatr braaê d' u
• n
quelqu endroits> une aIr
Il pb~ d l .
D la Tour d Bravon \ c Il d Duna> pr
d, quau mil s, CÔt b
: il y a nue d ux un
petit'tang nomm' Foce Turofano> qui n' point
d communication app:u or av la m r, dont il
n' n ~' par' que par une langue de terre étr ire.
L" tang d Diana commenceaupr' s diTollr , &
s' 'rend pr'sde trois mill dansl t rr
Tord-. 'ordEn & Sud-Sud Ou ft, 'non pas ord' Sud,
comme le marquent 1 C:lIt s: il n' pas un mille
de largeur: il n [c' par' de la m r p r un r rr in

DEL' l s LED ECO R SE.

1 35

forr bas & foIt étroit du côré du ord, qui s'élargit
& s'éleveenfnire. Cef!: fur cerre poime balIë qu'ef!:
batie la Tour, vis-à.vis de laquelle il [e décharge
dans l'étang une riviere ) à l'encrée de laquelle il y
a une petite Ille avec une Chapetle qu'on nomme
Sainte Marie.
De la Tour de Diana à celle d'Aléria, il Y a
trois milles prefque ord &dSu. Cene Tour dl: Gruée à l'embouchure du Tavignano, riviere conGdérable. Sur la rive méridionale de la riviere, à deux
milles de fon embouchUl:fe, on voit les ruines d'Aléria qui étoit bâtie proche rendroit où le T avignano re~oit la rivi re de T agone. Il y a pluiieurs
Villages dans ce canton, & de belles plaines. Aupres de la Tour d'Aléria, commence un petit étang
de deux milles de long, qui a peu de largeur, courant ord-Eft & Sud·Ouen, qu'on nomme Stagno
dd Sale) féparé de la mer par une plage de [able
éuoite, par-de!fus laquelle elle palTe. Les habitans
de ces caorons y fom du fel, malgré la d 'f( nfe des
Génois. Quelques-uns nomment cet étang Angui/ara.
Il ne faut pas s'approcher trOP pr's d la pointe
où eft bâtie la Tour d'Aléria, à caure d qu Iqu 5
bas fonds on bancs de C1ble que la m r couvre.
Depuis la Tour d'A éria, la CÔte couer an Sud-

136 DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE
Ouefi quatre milles jufqu'à l'étang d'Orhùw, terre
baffe & unie. Un ruilfeau [e décharge au fond de
cet étang qui eft [épaxé de la mer pax une langue
de [able fur laquelle eU paffe. De cette enaée de
l'étan<7 à!' mbouchure de la ri viere de Fiumorbio,
~
il Ya aois milles, toujours côte ba1fc & Cablonn Ce.
Pres de [on embouchur écoit la Tour de ignal,
q i fi: ruiné .
D la riviere de Fiumorbio à c Ile de Travo;
trois milles & d mi , côre ba1fc . uni ,a'ec de
belles plain d rri r . Ena c d ux rivi r il y a
l'étang d Fiumorbio 'c lui d Palo' l'un l' utre [Ont forr petits, & tout ouv rrs du Côt' d
mer. Le ruilfc au d'AlalTialelfo ~ d' har~e dans 1
pr lIll r.
Lorfque l'on fi par 1 trav rs d l' mbouchure
du Fiumorbio à nviron un mille au 1 r ,il
un banc fous l'au dom il ut Ci d' r. 11 fi dan er ux pour les galeres qui ran m la CÔt .il y a p
d'eau par-delfus. On app 1\ c ne Ci ch 1 ID riCi
A un miU au lar~ d c banc, il ya a nt bra
d'eau.
D la rivicre de Travo' la T OUI cl Solinfara,
il Y a trois milles.
Auprès de cett Tour il y a une :Ince ou cale
qu'on nomme d'el Loro, au fond d Iaq Il comb
un

DEL! l

s LED ECo R s E:

1 37

un ruiffeau de ce nom: cette cale ne vaut rien du
tout, pas même pour les plus petites barques.
De la cale d'el Loro à la plage di Canelé, deux
milles. Cet endroit efi une ance d'environ un mille
de long, & peu profonde: enfuite efi une petire
ance qu'on nomme Porto di Favone, dans laquelle
il tombe un ruilfeau, & cout auprès il y a Favoneno
ou Favontino. Tous ces endroits ne valent rien, &
les plus petits bârimens ni les galeres ne doiver.t
pas y chercher d'abri. Les terres, depuis Solinfara
jufqu'ici, [om rrès élev'es: ce [om routes hautes
monragnes qui viennent jufqu'au bord de la mer.
A deux milles de Porro Favone, on trouve une
petite ance dans laquelle tombe la riviere de Danraga.
Deux milles au [ud de cetre riviere, on trouve
celle de Tafoumara, que d'autres nomment de
Sainre Lucie, qui [e décharge dans la mer au nord
du Cap de Faurea qui efi forr haut, s'avanc;anr
dans la mer avec une Tour delTus; forr près de
terre & vis-à-vis il y a un petit Iflet ou rocher.
11 y a en dedans de éetre poime une calanque,
avec une plage de [able bonne pour renir fix bârimens à rames, comme felouques) brigantins &
bateaux. On peur merrre à t rre aifémem. Certe
cal2nque en forr bonne. On rrouve enfuire -un

S

138

DESCR1PTIO~ GÉOGRAPHIQUE

autre plage au fond d'une tr~ p tite baie qu'on
nomme Pia&,CTÏù di Saracco, & vis-à-vis un petit
écueil ou roch r que la mer couvre que l'on
nomme l'Arefcana, auquel il faut prendre (Jarde:
ce roc er efi a un mille au ord-qu;m de ordEll:, d'un petit HIe qu'on nomm IJéla di. CoTji.
Cet III t dl: fon'] ", a\' c une Tour d {fus. De
Il p im du Sud d la pla"e de mco à
de
CorU , il v a un mille & demi. La côt mre d
.
form une ance, au fond d laquell ell: une pla e
de fabl fort unie, av c d ux rui{fc ux qui s' d'chJr em.D peri bàcim os . des al r
uv Dt
mouiller dans c tt ance, tr' pr de t rt
'Y
fJire un d 'barquemem av c facilir' . mais 00 ne
doit le t mer qu'avec les v ntS de r rre, c' ft-' dir ,
d'Ou ft, d
ord-Ouefi
d Sud-Oud\:, &
dans la belle faifon, car tOUS 1 autres v n fom'
craindre, & 1 s vailli ux ne pourrai m (,~ourner
qu'avec grand danoer.lI ya place pour dix vai1fc aux:.
De l'llle di Codi au Cap d l'Agua, il Y a pr'
de deux milles. Entre deux il y a un Cap '1 \,'
qu'on oomme Cap" Gilaiou: il forme av l'I1lc
CorU uoe anfe dans laquelle on peut mouiller av c
des barques, galeres ou tartan . Le food d cenc
aofe eft une plage de fable unie, avec un pecit
étang, & un rui1feau qui fe d'charg d dans; à

no

139
droite & à gauche ce font des montagnes qui viennent jufqu'au bord de la mer, formant entre deux
un perit vallon que ce ruilfeau arrofe,
A deux milles. & demi au Sud-Ouefi du Cap de
rAgua, on voit le Cap & la tour de S. Cyprien.
Près du Cap, àu côté du ord, la côte forme une
anfe avec une cale, dans laquelle il peur mouiller
cinq ou LU petitS bâtimentS, comme barques,
pinques ou tartanes. 11 y a en cet endroit l'llle de
S. C prien fort pr' d terre, & point de pafià"e
entre d ux. Cerre llle couvre le mouilla e. Au fond
d la cale eft une plage de fable ou l'on peurdébarquer. A deux centS cinquante .toues, à rH\: de
l'We de S. Cyprien, il Ya un perit ifiot ou rocher
nommé le Ratourni; & fdon ci'autres, le Rarri.
Qu lques cartes confondent ces deuxProche la poime du Cap S. Cyprien, la plus au
large, à la difrance d'un cable & demi, il Y a un
écueil fous l'eau, dom une partie découvre: il faut
s'en méfier, & ne pas rifqu r de palfer enrre cet
écueil & la t rre, ayant des roches fous l'eau entre
deux:.
Le Cap S. Cypri n fait l'entrée du Golfe de
Porto-Vecchio du CÔt du ord, & le Cap de la
Chiapa forme l'entrée du CÔëé du Sud. Ces deux
Caps font ' la dillance cl fix centS roifes l'un de
S ij
DE L'hLE DE CORSE;

mes.

140

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQ E

l'aorre: leur gilfemenc dt ord- ord-Oueft &
Sud-Sud-Eft.
Les cerres à droite & à gauche [ont de hautes
monragnes qui viennent tres pres du bord de la mer.
Il y a quelques i11ets ou cueils un peu en dehors, qui fOlment nois palfes pour nu dans
Porro-Vecchio.
Le plus gros de ces i/lets efr fitu prefque au milieu, & à o:ùe difi:ance des deux Caps ci-d {fus; il
[e nomme la PcorelIe, d'aurres le nommem la
lere : il efr grand comm un bateau, & entour de
ro h rs; il Y a m"me qu lqu roch du Côt' de
l'Eft, qui s'étendent plus d'un cable & demi au
larg , & dont il ne fauI pas s'approcher lorfqu'on
veut paifer enrre cet ' ueiJ & la pointe de S. Cypri n. Cefr c qu'on ap il la palfc du ord qui
dl propr pour tour forr d bâcim n ; mais il
faur "rre praébque pour en faire ufa e.
A la difrance de cem toill du Cap d la Chiapa, il Y a un roch r hors d l' u qu'on appell le
Chiappino: on p ur paffi r encre lui & le Cap. On
nouve dans ceu pa!Tc quinze bran< d'eau, enfuire
treize, & en d dans douze bran< : c'efr l' la petire
palfe. La grande pa{fe & la plus aiCi'e, ft mr le
Chiappino & l'iller de la Galere. On y uouv dixfept, douze, quatorze & quinze bralfes d' u.

DE L'ISLE DE CORSE.

141

Baie de Porto-Vecchio.
POrlo-Vecchio eft une baie qui s'enfon<;ant dans

les terres, forme un Porr où les vai{feaux & toutes
autles forres de b~rimems peuvent mouiller en sû.
reré, depuis les écueils qui fom en dehors, jufqu'à
l'illot qui eft toUt à fait en dedans. Ce Porr eft uès
sûr, & le meilleur de toute l'We. Les vailfeaux
mouillent dans le milieu pal les cinq & fix bra[fes
d'eau, fond d'herbes & de mattes; & comme 1
venes de terre fom violenrs, il faut empeneler l'ancre de terre; le veor du large ne peur caufer aucun
mal, & ne donne pas de mer, parceque tous les
écueils & rochers qui foor à l'eorrée de ce Porr,
rompent la mer. Les galeres & les petits bâtiments
s'approchent d'une perite Ule qui eft à gauche près
de la CÔte, & Ymouillent par les trois & quatre
bralfes, & porrent leur amarre fur l'illet.
On fait de l'eau aifémem à deux endroits; l'un
à la gauche, & l'auue à la droite du mouillage: ce
foor deux ruilfeaux qui defcendenr des montagnes.
On dit que ces eaux ne fom pas forr faines. Ces
el,droies fom marqués fur le plan, qui donnera
une idée plus claire & plus exaéte de c tre baie &
de ce Parr, que roures les defcriptions que l'on
pourrait faire, de m~me que des roches & bancs
qui [ont près de la côte,

142.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

Il Y a au fond du Port, {ur le haut d'un rocher
de di.flîcile accès, un petit Fon compo{é de qlUue
mauvais billions, done les courtines {om pre{que
tOUtes tombées; il efi m~me dominé par quelques
rochers du côté d la cerre. Il y a dans ce Fon quelques habitantS qui compo{ent trois ou quaue famill logées en{ernble, dont les mai{ons {one fon
délabr'es. Ces g ns-là {one obli"és d'dbandollner
Pon~ Ve(chio, & de C. rerirer à Quioza pendant
mois de Juin, Juill t, AoU[ & S'p mbre, pareque l'air y dl: exu~m mem perni ieux; on dit
aufIi que l'eau y dl: u' mal faine. Ce {om ces circonfrance5 qui fone que ce Pon, l'un des plus beaux
d la édir na 'e, dl: abandonn', . q 'on t nceroit inueilemenc d'y ir un écabl.i1fem nt COnlldérable. Les CÔtes qui enrourent c o"olfc, rom
COUtes bordées d' ro hers, ,le pays en d dans ft
exrrememenc di~cile. Tous 1 Pall ur
rEOis ou
quaue pievesvoifines C. {one 'pmdus fur ces pla"
avec 1 urs b lliaux, {ans- aucune habi cioo commune, que des cafes qu'ils appel! nt mandri ou
là. Au r fi: , 1 t cr in
b rgeries, di{p rCi'es
de PortO-V cchio efi forr 't ndu, m is il Yen a
peu de cultiv' , à cauf.~ de la diCi rte d'h bitams que
~e mauvais air a chail" . Ce qui ft cultivé produit
9'e~celkms grains. Les bois cl
nvirons [ooc

c? .

DE L'ISLE D-E CORSE.

14-3

beaux, & l'on y uou.ve beaucoup de {angüers & de
cerfs. Il y a 'peu de vin> mais en revanche il eft d'a{fi z bonne qualiré.
Du Cap de la Chiapa, -la côte coun au SudOuefi cinq milles, julqu'à la cale & plage de Smra
Giulia. On peut mouiller à l'entrée de cette cale,
on y uouve dix bralfes. En dedans il y a un iOet
très bas, enue lequel & la cerre on peut mouiller
par quaue & cinq braffi s d'eau. Le fond de l'an{e
ft bord' d'une belle pla"e de fable, avec un étang
& un perir ruiffeau qui s'y décharge; on peur faire
une de{ceme {ur cerre pla"e bien ai{émem.
Sanra Julia efr un Domaine confidérable qui
ai{on de Giufiiniani de Gènes :
appartienc à la
quelques Payfms habitent ce camon & l'affermenr.
Un p u au Sud du Cap de la Chiappa, le long
de la côre à un mille de dillanc , il Ya quaue petites iO qui gilfenc ord.Eft & Sud·Ou ft; on les
nomme 1 s ifies d CibricagLie. Les galeres, les barques" les tananes peuven~ paffer enue ces i!1es &
la CÔte, & mouiller par vingt, dix & huit bra{fes
d'eau. La plus proche du Cap de la Chiappa eft la
plus grande; on l'appelle la Cibiciane , la {econde
la Minora, la troiGeme S. Suera, & la derniere la
Servi. Au large de la premiere ifle, à la difu~ce
d'un mille, il ya un rocher nommé le Petit Taureau, ou, [e1on d'autres, le Vedraro.

144

DESCRIPTION CtOCRAPHIQUE

DE L'ISLE DE CORSE,

Au Sud-Sud-Ouef!: du Petit Taureau, à la diftance d'environ uois milles, on trouve l'iJlet le T aureau; & à l'Ef!: dt. lui à trois cables, un fond blanc
fur lequel il n'y a que quatorze à quinze pieds d'eau.
Emre ce fond blanc . l'ifler, on uouve dans le
milieu de la pa{fe, rr nre-cinq bralfes d'cau étant
plus pres de l'ifl t, vingt<inq bra!fc plus pr' du
fond blanc.
Derriere la cale Sanra Julia, il ra cdle d Porro- uovo, qui n'en f!: fépar qu par il monragne d RafaveIou, qui vi n~ jufqu'au bord d la
mer. D ux ou uois gal res . peuvene mouill r visà-vis d'une plaoe d rabl on il y a un ruiffi u d
bonne eau.
A un mill de Porro- uovo, il Y a la rour di t.
Spon{ gLia. la tour des Epo Cailles. A deux mill
plus ud, la point Pr'fule, qui fl: une pointe
~I v'e & entour' d la mer, s'avanCj3nr un p u au
large. Toue aupr' OR voit un gros cap i{jm parti de la monragn qui efl: d rriere: c' fl: là l'enu
du golfe d Sanea anza, qui a près de rrois miU
de prof! nd ur un mille & d mi de lar eur à (on
enu',
va n (e r'u' illàne v rs le fond, dans
l quel romb une p tire riviere que l'on nomme
Anale , dom l'eau fl: forr bonne, • où les bâti;nenrs qui mouill t dans ce Port, p uvene f.ùe
.
,

aiguade. Le mouillage y eft fon bon pour roue
[orres de vaiJfeaux par les quinze & par les dix braf[es d'eau vers le milieu du Port; mais enfoD'?llt
plus avant, les perirs bâtimenrs mouillent par les
cinq & G.x bra{fes d'eau bon fond, & entieremenr
à l'abri. Les venrs d'Eft) de ord-Eft, fom les rraverliers de ce POrt, & Yrendene quelquefois la mer
fort groffe. Sur la poinre du Sud de cene baïe, il
Ya une rour nommée torre di. Sa1U1l Man{a. De
cerre poinee au Cap de l'Efperone , cinq milles au
Sud.Ouefl:, les terres [om hautes & efcarpées.
Au large de cene côre, il Y a plu/ieurs petites
ifies, rochers & bas fonds) avec des profondeurs
très in' oales; & quoique le moins d'eau qu'on y
trouve feit de uois braffes & demie, & rout auprès
cinq, dix & quinze bra{fes, il ne faut pas rifquer
de paffer enrre ces ifiers & la côre: aïnli lorfqu'on
donne dans les bouches de Boniface pour venir à
Bonifacio, il faUt paffer au lar oe de routes ces iaes)
& s'approcher plus pr' de la CÔte de Sardaigne. Les
plus ord de ces ifies s'appellenr le Gaveri & Gavitelli. Les deux plus grandes [om l'iae de Cavalli
& l'ifle Lavezzi ou Lavezon: elles rom enrourées
de rochers & de bas fonds qui les r ndem dange.
reufes, A l'Eft de l'iae de Cavalli, à la dillance de
deux milles, on trouve les iaors d Pelini) avec des

al,;u~(le.

14..>

T

1.... 8

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

DE L'ISLE DE CORSE.

d'eau; chaque côté de la côre dl: net: il y a fond
par-tout, & l'on peut s'enfoncer fi avant qu'on
veut fans rien craindre. Sur la gauche en dedans de
la baie, il Ya deux enfoncements en forme de retraite, où des gaieres peuvent mouiller
Lorfqu'on dt avancé jufques vis-à-vis le Ellabourg, on mouille par les cinq, fu: fept bralfes
d'eau. On peut s'affourcher [ans ancre, n menant
une amarre d chaque côt . li n'y a aucun v nt qui
pW!re incommoder: ce feroie un Pore admirabl fi
l'encrée & b forcie en éeoiene plus facil
La ville eft renfi rm dans le château qui en cr
mal bâti, & peu en
e d faire réliftance. EII
n'en ni conGd 'rable, ni peuplée, quoique 1 habitants jouilfent de grand prérogaci . qu 1
G nois 1 ur one accord' , les difun uant d aucres Cones auxquels ils ne reffi mblent pas, les haie.
fane au contraire, & paroilfant avoir d mœur
di1férenres. On remarque mËme que les habitants
d'aujourd'hui aiment fore le cravail , ce qui cft cr'
rare parmi ces lnfulaires : mais quant à ceux-ci, il
paroît certain qu'ils defcend ne d'une Colonie que
les G'nois y envoy rem auerefois) & q IIi fut 1 ur
premiere poffi ilion dans cerre i1l . La ville relève
pour le Spirituel) de l'Ar he\~qu de GAnes: les
Eglifes font un Couvent de Dominicains & un de

Cordeliers; il Y en a encore un de ceux-ci hors du
fauxbourg.
Le terretn des environs n'a pas beaucoup d'étendue: ce ne font autour de la ville que vallons & collines, & un peu plus loin de haUtes montagnes. Le
pays cependant eft abondant en grains & en bons
vins. La viande qui vient de Sardaigne y dl: commune & à grand marché. Il [eroit aifé d'y établir
de cres belles falines) qui feroient un objer conudétable fi les circonft:ances s'accordoient pour y établir ce commerce.
Un aucre objer de commerce pour ce canton,
,'en le corail qu'on pËche dans [es environs, qui y
abonde ü-uAmement, & qui en d'une finelfe &
d'une beauté furprenanre par la hauteur de fes branches & l'éclat de fa couleur rouge foncée; auili
dans la fin du mois de Mai, il y vient une quantité
pwdigieufe de petites barques pour cerre pêche.

149

Bouches de Boniface.
Le détroit qui f-épare l'Ille de Corfe de celle de
Sardaigne. en appellé par les avigaœurs Fran~ois, les Bouches de Boniface: les habi{ants du
pays le nomment le Cccche di B onifaâo. Il y a rout
lieu de croire que c'en le Frecum Thaphros de Pline, & le Frerum Elrujèum de Pomponius Mela,

150

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

qu'Euftarhius nomme SÙWS Sardomus, & quelques Modernes le Boece di B ixonnere.
Toutes fones de bâtiments peuvent paffer dans
ce décroit fans rien craindre, quoique la mer y foit
quelquefois fon groffe, faifant un mu!>i!fcmeot
fon cooud'rable, étant relfcn' par les iaes &
écueils qui fone tant du côt d la CorCe, que de
Sardai.,ne, & qui reŒ cr ne le pa1Iâ e du CÔt'
l'Ell:.
La lar eur de ce décroit du côté de l'Ou ll:
cre Boniface & le Cap d
ngo Sardo, ll: d' 0viron cinq milles: il fa avoir an mion de palfi
beaucoup plus près de la Sardaigne qu d la Com.
Le Cap d Lonoo Sardo ell: qros & '1 v', av c
une cour d !fus: il ell: entour de la mer, & reaë mble à une iOe. A dix milles à l'Ou ll: d c Cap on
trouve les i!1es de la. agd 1 ine 1 in de Barr lino: ces demi res, av c 1'i11 d Lavezon qui n
ell: au ord.Ouell: à uois mill ,form ne le plus
étroit du pal1age; on paŒ à mi-canal, rangl:am
cependant un peu plus pr' 1 s iaes Barr lino, que
rifle d Lavezon, qui a qu Iqu s roch fous l' au
dans fa parcie du Sud. J'ai donné une orr dlos
Bouches de Boniface, fui am 1 obli rvarions qui
y om été faites par pluueurs avigaceurs. J ne
agd 1 ine, ni d
parlerai point des il1es de la

DE L'ISLE DE CORSE.

lJI

mouilliges & portS qu'on y trouve, quoiqu'elles
forment la partie de l'Hl des Bouclles de "Boniface :
elles appartienneor à rifle de Sardaigne, dom elles
ne fom réparées que par des c.anam: & paHàges fon
étroits.

ARTICLE

II.

Cous OccidenU1Üs de l'ljle de Corjè, depuis Bonifacio ju.f(p/à Cawi.

DE

l'entrée de Bonifacio au Cap de Fieno, il
Y a crois milles à l'Ou ll:-quarr de ord-Ouell:.
L s rerres encre d wc [oor ues hautes, & les !IK)n~
cagnes viennenr prefqu'au bord de la mer.
A un demi-mille au ord-Oue1\: de la pointe de
l'Ouell: de Bonifacio, il Ya une cale qu'on appelle
Cala Fachol.z, couv rte par une petice Ille de ce
nom, que d'auues nomment Crora di Colombi :
on y rrouve douze, quinze, neuf & dix bralfes
d'au près de r rre: dans le fond de la cale il y a
cinq braaë s, & une bralfe & demie COUt à rerre :
des gal r s & des bâtimens peuvem y mouiller à
l'abri d, tOut vent: l' mrée en ell: éuoice, & il
faur connllÎrr c mouillage pour aller le chercher.

152.

DESCRIPTION CÉOGR.APHIQUE

DE L'ISLE DE CORSE:

Un peu plus ord, à très petite dilknce, il Y
a une ance beaucoup plus grande, appellée Cala
Paravane, dans laquelle il y a douze, neuf, huit
& cinq bralfes d'eau: un vailfeau pourrait mouil1er: on y cfl: à l'abri des venes de ord- ord-Efi)
d'Ell: & de Sud-Edl: ; mais les venes d'Ouefi, de
Sud-OueO: & de Sud y fom très dan ereux & la
mer fan groffe ) les t rres hautes & efcarpées: au
fond efi une perir plage de fable, avec un ruiffc u
qui vient des montagnes.
De-là au Cap de Fieno, la cÔ(e efi fale, Cl mée
d'écueils & de rochers fous l'eau & hors de l'eau.
li y a auffi des rochers & d bas fonds au Cap de
Fienne) qui menent deux à crois cables au large,
auxquels il flut prendJe gude.
Derriere le Cap de Fienne , du côté de l'm, il
Ya une crès petite cale nommée Cala Gi.ruwtJà, où
l'on ne doit pas aller, à moins qu'on nc fOlt bien
praél-ique de l'endroir; car il y a beaucoup de roches fernées à droite & à gauche, dom les unes fom
cr' s près de la côre, & les aucres ù:rendent deux
ou crois cents toifes au lart>e.
Du Cap de Fieno à la pointe de V milegne, il
Y a quatre milles au ord- ord-Ouefi. La côte
encre deux forme un grand enfoncement qu'on
nomme le Golfe de V ençi.legne, qui a près d rrois
miU ~

milles de profondeur, & environ deux de largeur
vers le milieu. Dans le fond du golfe) qui n'a pas
un mille de large, il Y a une cres belle plage d
fàble, où l'on peut d 'barquer aifément, avec une
jolie riviere qui vient des montagnes, que l'on
appelle FiuTlU ChiApiana. J ne cannois point le
mouillage de ce golfe, ni [on int'rieur, où il y a
plufieurs peries lilocs & rochers du côté d Scribord
n encrant: la mer y dl: fan grolfe des venes du
lar e, & l'on n'y feroit pas en sûr ré des yem;
d'Ou fi ' d Sud-Ou fi, & m"me de Sud.
A la pointe de Ventilegne il y a quelques roch
& ' eue ils hors d l'eau, qui " ndem un cable au
larcre & auxquels il faur donner rumb lorfqu'on
double e ne poinre pour entrer dans le porc Figuari,
où routes fones de bâtimeus p uv Dt mouiller.
Pono Figuari fi une baie qui a un quan de
lieue d'ouvenure depuis la poime de Vencilegne
ju[qu'au cap de Fit>uari, mais qui va en r'cr ciJfant
jufqu'au fond où fi décharge une affez belle riviere:
il y a près d'un mille depuis l' ncrée jufqu'au fond
à bas bord en entrant: il y a beaucoup d'moes &
de rochers qui reguem le long de la côte jufqu'à la
Tour de Figuari ; on en voit aufli plulieurs à Srri~
bord, mais qui [Ont très pres de terre, lai1fant un
p;llfage forr fain dans le milieu, où il y a dix &

ln

V

154

DE L'ISLE DE CORSE:

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUI!

douze braifes d'eau: les vailfeaux mouillent plus
en dedans par les fù & fept braffc ; on rrouve enfuite quarre braifes, & toujours en diminuant vers
le fond de la baie où il y a pluGeurs petites Ulesqui
s'étendent ju{qu'à l'enrrée de la riviere de Canaile
qui ient d'affc z loin, coulant enrre des monragn
couvertes, de mArne que fes bords, de beaucoup
de beaux bois: parmi c monragues, on en difcingue une plus '1 vée, qu'on nomme la monraQ1le
de Figuari.
0
Les terres d'alentour font de hautes monragn
qui viennent jufqu'au bord de la mer. Ce port gît
ord·En: & Sud·Ou fi:: il dl foft bon rrès sûr ).
mais il faut le connaître pour y enrr r, à caufe
des écueils & rochers dont nous avons parI'. Le
plan ci-joint fait connoÎrre la uruarion du mouillage
& des écueils qu'il n'dl pas di1Iicile d'évirer en
fe tenam dans le mili u à é!ral dillan e d
o
terres.
De la poinee de Figuari aux ' cueils de Briccia ,
un mille & demi au ord-Ouefi:. Enrre d ux , ce
fane de haures monragnes. Ces écu ils ou rochers
mertent au large un ri rs de mille au moins. DerJÎere ces écueils il y a une petite cale qu'on nomme
Cala Briccia, où il ne peUt t nir qu qu Iques
barques) & dom l'emr' fi: rrès difficil , à caufe

'"



155

des roches & écueils qui font à basbord & àftribord,
enrre lefquels il faut paffer pour 'y el,mer.
Il efi: à remarquer que ces écueils de Briccia, qui
font de petits mots près les uns des aurres, font
marqués dans quelques carres comme une feule
me qu'ils nomment l'We Lucrette.
Au ord.Ouefi: des écueils de Briccia , on
trouve la cale d'Olmetto. Il y a plulieurs rochers le
long de la côte, auxquels il faut prendre b
<Tarde fi
,
l on v Ut nrrer dans cette cale; mais il ne faut pas
le faire qu'on ne foit praéhque de c t endroit.
La poim d'Olmetro s'avance beaucoup 'en mer,
avec pluGeurs écueils dérachés, reffemblans à des
t rres 'boul : 11 eft foft 1 vée, avec une Tour
d~L
.
A un mille de la Tour & poime d'Olmetto, il
Y a une auue poinre élevée qui s'avance dans la
mer, qu'on nomme Puma à ITes Fontl1na, la pointe
d trois fonrain 1 derriere laquelle il y a une
plage de fable, & l'on peut d 'barquer li le vent ne
v noit pas du large.
A deux milles vers l'Ouefi: on rrouve la pointe
de Roccapina, [ur laqu Ile il y a une Tour. A
l'Ouefi: de cerre pointe , la côte forme une petire
anc bord'e d'une plage de fable propre au débarqu ment, avec un ruiffeau qui defcend des monV ij

15 6

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

ÎlE L'ISLE DE CORSE.

tagues, avec quelques rochers peu eWhns les uns
des autres, rout aupres de la côte.
De la pointe d Roccapina à celle de Barbarina;
pres d deux milles. La côte, enrre deux, forme une
ance av c une plal)e de [able alfez étendue, où [e
décharl)e une jolie riviere qui vi nt de loin, prenam fa fource dans 1 montal) es, qu'on appelle
dans le pa S Sma di. Cagna, qui reçoit pluli urs
ruilfeaux de droire & de u h avam que d fe ren·
dre à la mer. A l'entt' de la rivi re, 1 montagn
lailfent ntt Il un vall' fort bell . C cr plage
fe nomme SpÜJggia â Arbaggia. Proche la pointe
rite cale qu'on nomme
Barbarina, il Y a une te
Cala Jona/a. li y a quelques roeh rs à c r ndroit
fon pr' d la c' ,
De la pointe Barbarina à celle d Ti/fano, un
mille demi. C rte poinr s'avance à la mer, &
cft fort élevée. li y a un Ille rout aupr d c Cap,
dom elle n'eft [c par' que par un perit bras de m r:
on la nomme BOCla di. Tiffano,
Au ud d la poinrc de Tilfano, à la difrance
de d ux milles, il Ya une lac b:Ufe, entour de
rochers fous l'eau, qu'on appelle 1 Monichi,
des oin. C roch s"r nd nt beaucoup v rs
le ord-Efl:, , rend or 1 palfa e rr' (bng eux
nrr lies la côte)
l'on n doit le r nt r qu'a-

ra

151

de très peries bâùmens, & lorfqu'on eft bon
praéhque de ces endroits.
Comme ro)Jres les carres marquent très mal la
côte depuis Bonifacio jufqu'a la poime de Tilfano,
il convenoit, pour la sûret' des avigateurs, d'en
donner ici une plus exaéh: & plus détaillée de cerre
panie, Vo 'ez l'Arlas d Cor[c, planche 24De la pointe de Tifiano au cap Senerozo, il y a
quarre milles au ord- ord·Ou Il. La CÔte enrre
d ux forme un enfonc m Dt dans lequel eIl: la cale
de Tilfano, où [c d'charge la riviere de Morrara.
La Tour de TilIà.no efr à bas-bord de l'enrrée de la
ale. Il y a du canon dans cerre Tour) & une garllifon pour d'fendre un plage de fable où l'on p Ut
m ure à rerre. Les rerres fom de hautes monragn
qui viennent jnfqu'au bord de la m r.
Le cap d S nerozo eIl: foIt 'levé, & s'avance
en poinee à la m L Il y a un Tour deITus & plulieurs p ties iflecs, écueils & rochers très pr's de
{erre, qui merr nt un p u au large, qu'on nomme
les Sénero[c ) on 1 nomme auŒ les ' cueils de
Eccic!uz : quelqu canes les appell ne les
de
Chimouri. Au ord de ces IJles il y a une pointe
d t If ou cap, qu'on nomme Je cap China; &
fdon d'aucres, Je cap Chimouri ; mais 1 tour en{emb e fe comprend fous Je nom du cap Senetozo.
"CC

mes

,

158

DE L'IsLE DE CORS E.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

Il Y a palfage pour les barques & les galeres entre
cette pointe & les ifi()[S : on y crouve quinze bralTes
d'eau. De ces écueils au cap de Campo oro, il
a quatre milles. La côte encre deux I>Ît ord -EIl
Les terres fom tres bautes, & ce fom tOUtes moncagnes qui viennent jufqu'au bord de la mer.

oro & de Valinco,
nomme auffi u Go!fi tU Tafane.

B aù de Campo

qUt

r OR

n cbofe qui emb:uralfc dans l" d d la G
graphie, c'efr la div dir' d nom qu 1
0 a·
geurs donnent aux m mes endroirs: 1 journaux
des avigareurs fUI-rout fom b ucoup plu fuJ que d'aucres, • ce n' Il: (ouv nt qu'av c .n
r'B xions qu'on pan'i nt à fi r onnoÎtr : on
en rrouve i i la preu\' . La bai donc nous allons
parler eil: nomm' par 1 uns la bai d Campo
oro' dan> 1 autr , la b i ou golfe de Valineo .
dans qu Iques.uns, le 001 d T alane.
Il n Cl roit donc pas 'tonnant qu'un Ecrivain u
infuuit du local, fit trois endroits d'un fc 01, av
d'autant plus d confi nc ,qu 1 d ( riptions particuli res de cenaines parci du mËmt: go e font
très dilfi r mes, comme on va 1 voir: ' auffi
ce qui nous engaoeàdonnerd cartes 'plans p [-

159

ticuliers des endroits imporcans pour la navigàtion.
Voyez rAclas de Corfe qui dl: la feconde parne de
cee ouvra;:,e.
Le golfe de V alinco a douze à rreize milles d'o-uverture , à prendre du cap Senetofo , du côré du
Sud, jufqu'au cap de 010 du côté du Tord, &
il a pour le moins autant de profondeur: les vems
d'Oueil: en font les rraverfiers: il y a plufieuIs
mouilla~es, où l'on efr alfez bien, cam à la côte du
Sud qu'à la côte du ordo Le principal efr celui de
oro, reconnoilfable par un gros cap
Campo
rond à l'encré du côré du Sud, fur lequel il y a une
Tour qui fe oit de fort loin: eil efr couverte d'un
petit ouvrage à couronne: il y a qu Iques canons
fauconnaux, avec une garnifon.
A une portée de fu1iI d ce cap, il Ya deux petirs écueils ou rochers. Lorfqu'on veut aller au
mouillage, il faut laiffer la Tour & ces d ux écu ils
à droite; lorfqu'on les a doublés , on découvre une
grande ance & une vigne fur laquelle il faut faire
gouverner le bâtiment: lorfqu'on efr arrivé dans
ladire anfe, il flUt laiJI( r la vigne à gauche; de
fone qu'on mouille emre ladite vigne & la Tour>
à la di1l:ance de cerre de deux ou trois cabl s, par
1 dix-huit, vinge & vinge-cinq bralfc s d'eau: la
Tour d Campo Moro vous refre pour lors au

160

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUt

ord-Ouell:) & vous ne voyez point la mer du
large) attendu que les caps de Campo Moro & de
Muro font l'un par l'autre> & fe regardent SudEfl: & ord-Oueft: l'on efl: encore à COUVert par
ces deux écueils dont on a parlé. Les vailfeaux marchands> barques) galeres r autres bâtim ns mouillent plus en dedans par les dix, douze & quinze
bralfes d'eau: ils fone encore plus à COUVert) &
peuvent mettre l'amarre à t rr : 1 porr eft cr ~ bon
av c routes [orres de t~ms: on fait d r u ' une
fonraine qui efl: au fond de l'ance > ' demi mille
environ de la marin . On appelloit anci nn m nt
ce porr de C4mpo 10ro) l POil ELie!. li y a deux
milles & demie au ord-Eft du cap de Campo
Moro à la poinre de Porricciola) qui forme un
efpece d'ance dans laquelle fi d' har e un ruilfc u
qui vi nt des monra nes> aupr duquel il a quelques maifo!lli. Quelques-uns nomment c t endroit
Porro Giolo. Apr avoir doubl' la poinee d Porticciola > on trouve une ance av c une tr
Ile
plage de fable, qu'on nomme Pia ia di T avaria.
Ceft-là le fond du l:)olfc ; b rivier de Valinco s'y
d'charge aupres d'une point appell' PURla di B iIorfima. II y a des roch s & ' u ils auprès d c ne
poinee. Dans l'Et' on peut mouiller dans ce fond
~u Yaliqco par les quinz >dix·huit & vinge braffi s
d'eau l

DE L'IsLE DE CORSE.

161

d'eau) fond de fable brun & net par-rout : on voit
à crois milles de-là à la montagne le Village d'Olmerra, Les bâtimens peuvent s'enfoncer plus près
de terre en cet endroit> & mouiller par les huit
bralfes vis-à-vis d'une Tour nommée la Tourd'Ail~
lé: il y a un autre mouillage nommé Porro Piano>
ou Propiano, Lorfqu'on vient du large> & qu'on
veut aller mouiller à cet endroit> il faut avoir la
reconnoilfance des caps de Muro & de Campo Moro: encre l'un & l'autre on voit un grand enfoncement) fur le fond duquel il faut faire gouverner:
lorfqu'on eft avancé dans le fond, on voit deux
peritS rochers hors de l'eau forr bas; il faut les laiITer
à droite; lorfqu'on les a doublés) on découvre une
grande anfe dans laquelle il y a deux maifons: on
mouille vis-à-vis de c !le qui eft à la marine à deux
cables loin de terre par les quinze> dLx-huit & vinge
bralfes d'eau> fond de verre blanc) matte & vafé)
ner par-cout : les vaiITeaux marchands & aucres ptfitS
bâtirnens mouillent plus en dedans par les dix>
douze & quinze braITes d'eau: on ell à l'abri de ces
deux écueils> & a couvert par~roUt) ne voyant pas
la mer du large. Ce port dl: bon avec routes forres
de tems: on n'y courr aucun rifque: on fait de
r au à un demi-mille à la monragne.
1\, cinq miU s de Propiano > à gauche) c'eft-à~

X

162

163

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

DE L'ISLE DE CORSE.

dire, à la côte du ord, il Ya un mouillage qu'on
appelle POrtO Pollo. Lorfqu'on v ut iller mouiller
dans ce port, il faut aller reconnoître le ea.p de
Campo oro qu'on laiffe à droite. En enrramdans
le golfe de Valinco, on voit une poinœ :lvanc
en mer , en dedans de hqueHe il . a une Tour ;
c' fi ceU de Porto Pollo: au lanre de cerre pointe
balfe, il Ya deux écueils hors d r u : il n'y a pas
de palfage entre deux ; mais on peut n approcher
fi pr' que l'on v ut, parcequ'il a beau oup de
fond auprès: il faUt les laiffer à droite, ainfi que
la Tour: lorfque l'on en efl: pr ,on d' ou'-. une
..rande :mfe & une maifon à la marin proch la.
Tour, vis-'-vis de laquell ,à d lL,{ ou trois
es
de la œrr ,on mouille par les quinze) dix-huit
vingt bralfes d'eau, fond de verre bl31lc, ma ,
bon & ner par-rout. Le rraverfi efl: 1 ud udOuefl:. Ce port n' fi bon qu'en Eré. On fait d
l'eau au fond de l'anfe.
A quatre milles de l'Ouect de Porto Pollo, on
trouve le cap égret qui dl: fort élevé, av c une
Tout delfus. On voit entre d ux la Tour cl Campanella.
Du cap égret ou erro au cap uro, qui fait
l'enuée du golfe d'Ajaccio du côté du Sud, il ya
deux milles. A l'Ouefi-quart-de. ord·Ou ct, d r-

riere le cap erro, il ya une petite cale qu'on appelle Cala DOT'{O , où peuvent mouiller un ou deux
perits bâtiments à l'abri des vents de ord-Ouefl:,
de ord, de ord-Efl:, d'En: & de Sud-Eft. li.y
a quelques rochers le long de la côre très près de
terre a basbord en entrant dans cerre cale, au fond
de laquelle il y a une perire riviere avec une plage
de fable, où on peut d 'barquer quand les vents ne
viennent pas du large.

Go!fi d'Ajaccio.
Le golfe ou baie d'Ajaccio fuué à: la côre Occi.
dentale de l'llle de Corfe, efl: le plus grand & le
plus beau de cerce U1 , ayant onze à douze milles
d longuew::, cinq milles de.larg.eur vers le miheu ,
fept mill à: [on entrée,. & quarre milles vers le
fond.

Le cap de Mulo fait l'enué du côté du Sud,

&

l'iOe de S~ouinair.e celle du Até du ordo On
peut louv:ayer par-rour à droite & gauche fanp rien
craindre: il y. a. fond. dans, route certe étendue; le
fond efl: m me. fi con1idérab!e .. qu'oo ne peut le
trouver ni m'Ouiller que tout à fait à teue.
Les reconnoilfances de ce golfe foot les illes
Sanguinaires & leurs rochers: il y; a deux; tQUts.
delfus, donc une fon 'levée. La pointe la plus
X ij

16+

DESCRIPTION CÉOGRAPHIQUl:

dehors efi éloignée d'un mille de celle de t rre, fut
laquelle il ya aulIi une grolfe cour. Toutes ces cours
font défarmées. Encre cette pointe de terre & l'écueil des Sanguinaires qui en l'fi le plus proche, il
Y a palfa e pour des gaIeres J pinkes, carranes J &
autres p tits bâtiments; mais il ne nut pas s'y engager que d'un beau rems, ou quand on a le vent
en poupe, parc.eque le palfaoe l'ft trOP 'croit pour
. louvoyer, n'ayant feulement que deux cables de
larg ur, & dans le milieu il n'y a que trois bralfes
& d mie & quatre bralfes d'eau. Un vai(I( u pour~
mit bien y paffi r; mais je ne crois pas qu'on doive
le hafarder que dans un cas bi n pr lfant, comme
dans une pourfuire par l'ennemi, ou qu'on fût j t
par les courants qui regnent dans cerre CÔte.
Lorfqu'on veut aller mouiller à Ajaccio, il faut
palfer un p u au large des ifl ts Sanguinaires, qu'on
lailfe à gauche à caure des courants qui vous ponent
à terre. Après les avoir doubl' ,on donne dans le
golfe: on voit alors n d dans des illes Sanguinaires, une terre noire qui forme un enfoncement
dans lequel il y a une plaine. On p Ut mouiller à
trois cables de terre par les quinz & vingt bralfes
d'eau bon fond J vis-à- is d'un endroit nommé For·
naci J auprès duquel il y a un briquet ri
une
tuilerie,

bE L'ISLE DE CORsE.

16$

A deux milles de là il ya une petire cale nommée
Barbicagia, avec une maifon, En fuivanc cecre
côre, on voit un rocher hors de l'eau, qu'on nomme la Bona J c'dt-à .dire le Tonneau J parcequ'ü y
reffi mble; & à un mille plus à l'Efi un autre petit rocher cout auprès de cerre, vis-à-vis duquel l'ft
la Chapelle de ocre-Dame des Carmes, umée
fur le bord de la mer. On lailfe ces deUx rochers à
basbord, & l'on gouverne fur la citadelle qu'on
wlfe aulIi à basbord : il en faut paifer un peu .111
large, à caufe d'un écueil fous l'eau qui efi au Sud
de la poince de la cicad lle, à la difiance d'environ
trois cables, qui a trenre toues de long fur aucant
de laroe, & fur lequel il y a deux bralfes d'eau.

Remar1urs pour /virer les dangers J & entrer dans
le Port.
Lorfqu'on met le rocher la Botta avec. la tour
des iIl d Sanguinaire l'un par l'autre dans le même alignement, on va droit fur le danger; & lorfqu'on met la premiere guérire avec un gros arbre
'Coun J rond & branchu, qui l'ft vis-à-vis du CouV nt de S. Fran~ois qui l'ft hors de la ville, pour
lors on l'fi par le travers de ce danger; & lorfque
l'on a mis hors de marque cetce guérite & cet arbre..

.

166

DESCRIPTION CfOCRAPHIQUE

DE L'IsLE DE CORSE.

on a affranchi le danger. On voit aulIi à frribord
plufi urs rochers hors de l'eau, qu'on appelle les
Sardiooires: on peur les ran et d'aulIi. pr' que l'on
veut. On p ur mouiller en d ans de ces rochers
avec toutes [orres de gros vailfeaux, li le veor empechoit d'encrer dans le Port : mais lorfque le veot
en bon pour entrer, il faur doubler la i d Il '
difcr tioo, la laiffanr à basbord. En fui\"aor la c' e

Gtuée la ville, on découvre 1 f.tu~bour!! ,
qu'il ur aulIi. douh r' apr' quoi on d'co ne le
Couvent d Capucins. li ur ro 'ours courir d
l'avanr, jufqu' ce qu'on foir vis-'-vis les d ' ,
porte dudir Cou' or' alors on mou' 1 av c 1
gros vaillê ux par les quinze & dU.huir bralfc
d'eau, l'on mer l'amarte à r TT : il faur aulli ffipenn 1 r raner de dehors, 0110 ous r n z comre
roures fones de mauvais rems.
Le plan ci-joint de c Pon ' du mouillage qui
efr en dehors à l'Eft d Sardinnoir ,a't 1 \é
géomérriqu m nr en 1739 [ur le vai u d Roi
r quilon.
Au fond du Port il a un plag cL fi bl où l'I)
p ut d 'barqu ai fi' me t.

pas toujours exil1é dans le Lieu -où elle ea: maimenam : ils difent q u'elle émir <!uaefois ~ eo iron un

Ville d'Ajaccio.

Quelqu

Auteurs pr' r nd nt q

c

ville n'a

167

mille de difianœ au fond <l.u golfe; il en rel1eencore des ruines, principalement une Eglife dédiée

à Di u fous l'invocation de S. Jean : on a{fure que
c" roir la Cath'drale. On voir aulIi les débris d'un
ancien chit u qu'on croir avoir été biù par les

SarraGns.
Ajaccio dt la ville la plus jolie & la plus agréable
de roure la Corf<. Sa liruacion dl: riaore : prefque
toures fes rues fom droites & larges; les maifons
pour la plupan fom apparentes & commod . EU
n' pas mal peupL' , on y compte quarre mille
aIDes. li a qudques beaux ' difices, [ur-tour la Caédrale & le Couvent des Jéfuires, où ils monrreor
la laogu lari ne ; avec c rte différ nce que dans leur
Coll e d Bafiia, outre les Humanités, on enII igne aulli la Philofophie : au lieu qu'à Ajaccio,
1 études ne fom ponées que jufqu'en Rérborique;
ce font les FranciCcains qui eoli ignem la Philofophie la Th'ologie.
Ajaccio elt le Si't>e d'un Evêque; & il Y a ordinair m nt, comme à Baltia , un Commilfaire
G'o' IdelaR'pub "qu quiyr'lide.Onfaitdans
c ne ville un comm rce affez conlid'rable de corail, de planches, d membrures, de madriers &
d Coliv qui [e fom e diff,' r ms arbres qui croif-

168

DE L'ISLE DE CORSE:

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQ'JE

fent abondamment dans pluGeurs Pieves de cette
partie de l'me. Quelques habitants d'Ajaccio gagnent extrêmement à ce commerce. On y voit,
ain1i qu'à Bailia, beaucoup de Cordonniers. li "1
a une won de Récolecs, & un COUy nt de CapUCUlS.

La Citadelle qui défend le mouilla e & l'entrée
du POrt, eU petite, mais aLfez bonne: eUe fil[ bârie par le
échal de Termes qui prit c e ville;
on lit encore fon nom fur un baftion du côt de la
terre. J'ai Joint ici le plan d la "iU ' de la citadelle.
TI y a une Scheufe incommodité; c'eft la difc rte
de bonne eau: on n'en boit que de cit mes m3l
conferv 'es. Il faUt aller chercher celle d Fontain
à plus d deltlc mill~.
On voit dans c t ville beaucoup d Gr cs dont
nous avons parlé ci-devant.
II y a un fauxbourg alfa grand qui "tend le
long du POrt. On entre par ce fauxbourg 10rfqu'Qn
vient de Ballia.
A 1"0 rd du tour du golfe, il ell: inutile d'en
donner une d fcription plus 'rendue: 1 plan ijoint, levé géom'criquem nt, eU fufIifant pour le
mire connoître, corUl:ater 1 gilfc ment d la cÔfe
[es mouillages.

Suite

169

Suite de la CÔte, depuis les Ijles Sanguinaires,
jvJlJu'à Calvi.
De la pointe de Sanguinaire, fur laquelle il ya
une rour, jufqu'au cap de Fienno, il ya quatre
milles. Ce cap ou pointe s'avance a la mer, & eft
fort élevé, avec une rour delTus. Derri re cene
pointe, du côté du ord, il Ya une ance & un
ruiffi u qui vient des montagnes, avec une plaoe
de Cabl où l'on peut d 'barquer : on nomme c t endroit Pioggia di Samo AnMnio. Au Sud de Fi nno, à la dillance d'un mille, il ya un roch r à la
mer, ou plutôt un illor entour cl roches fous
l'eau, que 1
avi o teur appellent l" cueil, &
[uivant d'aucres , 1 Borra. Il mur paLfer au large d
ce danger.
Proche le cap de Fienno J il Ya une cale de ce
nom, où il p Ut entrer de p tites barques pour fc
mertre à l'abri. On l'app lle aulIi la cale de Sico.
Du cap Fi nno au Porr Provenc;ale, POrlO Proyen{ale, il Y a trois milles à l'Eft. Ceft un perÎt
POrt dans lequ 1 on mouille par les huit & dix
bralfc:s d'eau, fond blanc & marte. Il n' ft bon
quO n ' r/ , & fc ul m nt pour d s tarcanes ' autres
bàtim nes de c rte efp c Son crav di r eft à
ra ft: on y fait d r u ' une rivi
qui ell: au

y

D Es.s:UH,lIT LO~ c ÉOGRA ~HJ QU E
fond du Port. li y. a une tOUt que l'on lai{fe à bas170

bord en encrant. Entre ce Port & le cap Fienno, il
Y a un petit inot ou rocher plat'qui dl: très pres de la
c~Je; onl l~ lailfe à- fuibord quand. Q1l veut entrer
dansJ Port PrQYeJlsa!e.

BJzie ou

w!fi de Sagone.

Ce golfe a-enyiron oeuf mill

d'ouvertl1I~ de-

puis le cap Fienno jufqu'à la point
tour d Cargefe, qu plufieurs carteS nomment la pointe de
Saon; & pres cL fix m.ill de profond ur.
Le POrt ProvenC?le dont nous a ons parl~ cide{fus, e11 à l'entr fur la droite. D ce Porr à la
plage
Cakaroggio, il Y a fix mill C' ft une
nce dans laqu Ile fi décharge ~Liœ, qui p ad
[a [our dans la monogne de S. Dami n. il a
une tour [ur chacune des pointes qui forment rentrée de l'anc : du CÔt' du Sud c'cil: 1 tour d P ~
mentogia, lX [ur la poinr du ord cel! de Capiola. L village de Calcarog io l'E life d Saint
icolas fom [ur la montagne, à un mille d la
mer. 0)\ voit [ur une haur ur du côr' du ord de
rance., 1 châJ: u de Caprai, qui ft p u d cho[e
& en- mauvais état.
D là à la tour de Sagone, trois milles: elle eft
:ùfée à œconnoître par. [; blanch ur qui [e voit d

DE L'ISLE DE COR-SE.

171

loin. Avant que d'arri-ver à Sagone, il y-a-une belle
.pIacre de [able, ,à·l'extrémité de laquelle ,[e jette la
riviere de Liamone) ube des plus conudérables cre
rIfle. A la gauche de cerre embouchure'[ont-de très
haures montagnes qui viennem jufqu'au bord de
la mer.
Le Port de Sag{)ne eft fort bon. ,Pour -y aller
mouiller, il faut gouverner [ur la·tour blanche dom
on a pari' : on la laure à basbord en eomu1t., paffam un p u au large de la côre-de basbord ~ -la 101igueur d'une porr' de fUGI. En entrant., il,,! a un
p tit 'coeil fous l'eau. Après avou doublé la roUI ,
on mouille par les dix ou douze brn{fes-d'eau., fond
de v rre blanc ' macte. Les t> leres & les tartanes
mouillent plus en d dans par les quatre, .cinq., .fi x..,
[epc, huit braffes d'eau. Le crav dier de ce POrteft
l'Ou fi-Sud-Ou ft. On mer ramarre à terre. Il dl:
bon & fon n t pat-tour.
Il y a au food de ce golfe une Chap lle b~ .e [ur
1 ruines d l'ancienne Cath 'draIe. On fait de l'eau
à la rivi re qui paffe auprès. Ceft un des POrts de
Corfe où il 'embarque le plus de bois & de planch : on 1 scire de la forAc d'Airone, d'où ils viennent jufqu'à Vico où efi 1 d'pôt. De Vico à Sagone il n' y a que huit milles, .beau ch min où les
chanois paffoient aUtrefois.
y Ij

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

DE L'ISLE DE CORSE.

Sagone a été autrefois une ville conGdérable}
dont on voie les ruine;à un mille du bord de la mer
fur une côee élevée) au pied de laquelle pa{fe le
Fiume di Saoona.
A deux milles de Sagona) ,'dl: la poinee de
Corra.
A crois milles) la plage appellée Scalo Greco.
A un mille en m r) il Ya un gros écu il nommé
Borca Greca.
A crois milles de Scalo Gr co) la calanqu Santa-Perpetua.
A deux milles, la cale de Pœlo,
Tout cette étendu de côce jufqu'à la pointe de
Cargefe) eiè d 'fett : 1 terres fone dt' haut moncagnes qui vi nnene pr [que au bord de la mer.
La pointe de Caro Ci 'avance b ucoup én
mer; il Y a une eour fur la moncagn qui [ett de
r onnoi1fance.
De la Cargefe, ci Puma Domigna) un mille &
demi: la côce encre d ux forme une peeie baie, au
fond de laquelle il a un ruilfeau. li p ut Yavoir
un mouillage dans le fond d cerce ance) mais je
n' n ai aucun connoitranc .
De la poinee Domiono c Ile de Dorchino,
près de d ux milles. li y a une baie ner c d ux
poimes qui a un mille & d mi de profond ur, av c

une petite riviere & une plaine ferrile entre la CÔte
& les montagnes. Sur la poinee de Dorchino il y a
une cour un peu en dedans) vis-à-vis de laquelle il
ya quelques rocbers ou écueils qui ne fone qu'à une
porc'e d fufil de cerre) & [ur lefquels la mer brife.
De la pointe de Dorchino à Capo RolTo (le
cap Roux), il Y a quarre milles ord & Sud. Ce
cap fi: reconnoilIàble par une cour qui efI: fur une
tette baure à la [uice de la montagne qui vient jufqu'au bord d la mer. Ce cap efI: entouré de rodJ rs fous l'eau & bors de l'eau) encre lefquels il y
3. un ifloc plus grand & plus élevé, qu'on nomme
fille Palo..
Du cap Roux à la pointe & momagne d'Ofani,
<Ju'on nomme aulIi Afenino & Saninco) il Y a fix
Ci pt mil1 . Ces deux caps fotmem l'encrée du
golfe d Porco) qui efI: mauvais dans cercains rems ,
& dont je ne connois pas l'ineérieur ni le mou illaoe: il y va cependant de p
bâeimems en éeé,
charg r du bois & des plancb s qu'on fabrique à
la forAt de Lonca & Scenica.
Au fond du golfe on voie la tour de Porro) Gluée fur une poinee baffe à l'encrée de la ri viere de
DÏ<'lporre qui vi nr de 1'Eil:) traverfam les monta-l:)nes. Sur la cô du Sud de ce golfe, à deux milles
~ rEil: du cap Roux J il Y a pluGeurs écueils & r<r

171-

urs

17,

174

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQI1E

chers le long de la côte, qui s'étendent peu au iaxge,
Les t rIes font de hautes monragnes dans lefquelles
font plufi urs villages, & le château deGinebra qui
dl bâti fur une hauteur, all pied de laquelle paffe un
ruiili u qui fi j tee à la mer toUt aupr . Le cÔté
du ord d ce golf, n'a ri n de ren:w uabl que
fc haut montagn qui vienn nt jufqu'au bord
d la m .
La baie d Giral
Cl: enae la point d"Ozani
. le P Scandola, qui fom 3. quau milles l'un
de l'aua .
tte bai Cl: mauvaifc . il a cependant vers le fond un mouilhge. Lorfqu'on v ut
1 r, il faut "ouv rn r fur une tour qu l'on voit
fur la haUt ur: Il il: arm d d ux pi'c
canon & d qu Iqu ElU onneaux, av c une garni(lm; el
il: GOU n d'un cit ouvrage ' corn .
Il Ya d os le r tour un baŒn ou cul e-rac, dans
1 quel il pourroit moùill r qu lqu gal r ou :tUa 'timents, fi le fond toit 0 t: mais comm on
ya charg' b ucoup d bois, qu'il 0
rom
b aucoup à la mer, & que dans dilfi r nrs r ms d
b'tim nrs y ODt ré 'chou'
brûl' > il Ya du rifque; cependant en p:t(fam au mili u, lai1fam toujours la rour à g uche, il Y p,-ut n or mouiU
quau 0 cinq gal r . 'L trav rG r [Ont 1 ud
~ Sud~Ouefi. On mouiU par 1 quau' inq

I2.E. L' 1.s,l, EDE

C 01R S;It

175
br.alfes d.'eau, fOI)~ de.vafe & g.ouew~~, mais très
{ale, o.n &ü: de l'eau à une petire r':-,i~~ qui:d1au
fond. Cdl:.dans-cerre cal que Je~n- DQria..pÛLen
15451 CoefaireDIagut, qui; avoi dikhui v.aiL
feaux.
A un mille de la rour de G~ar..e- dl la cale
"i ille, enfuire à un mille la cale jlIetta, & à un
demi-mille le cap Sandola. D cap Sandokla côte
coUrt au ord-quarr de. ord-Ou ft quatre milles
& demi jufqu'à la poinre
ifle de Gargana : cerre
côre eil: haUte, efcarpée & défi ne. C'efl: le pied
d'une haU[ montagne qu'on nomme monte capo

GardioLo.
L'ille nomm le Gargana, efl: fon élevée, & a
environ d ux milles d circuir. 11 ya une belle tour
d lfus, tr~ bonne pour la d' ouve,ne, parcequ'elle
domine 1 point s d l'ille du ord au Sud,
Cette ille eil: très pr' de rerre. Le canal qui la
ft' pare eCl: fon étroit', 0'ayant guere de largeur
qu' nviron la longu ur d'un brigantin: il n'y peut
palfer que de p tirs b 'cim nrs à rames; il }' auroir
cep ndant alfez d fond pour un galere,
A la poinr d la grand terre, qu'on nomme
pointe d Garo-ano, il Y a deux roch rs détachés;
c lui d 1'0 eCl: Cc nomm Palaca, c lui d l'Eit [e
noOlID la Li r ci.

176

177

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

DE L'ISLE DECO RH:

la pointe de Gargano, on trouve
la cale de l'ElOO, au fond de laquelle il y a une
tour, avec un petit rui{feau dom l'eau dt bonne.
l'on v Ut y aller, il faUt prendre gard a un écueil

lar e. A (on entrée du côré du ord, il Y a une
p tit
tr' pr' s de terre, qu' 00 appelle Crouani.
De Capo di Vela à Capo Cavallo, quatre milles
& demi, côte tres élevée. Avant le cap Cavallo,
on yoit fur la monraooe une tour app Uée Mandur Ua.
Du cap Cavallo au cap Rivelace, cinq milles au
ord-En. C n un gros cap très élevé &: uès reconnoilfable, avec un iller ou rocher détaché, &:
ues pr de terre. li . a une cale du côt' d l'Ou n
qu'on app Il Porro-V cehio) , un roch r nommé
la Piquine.

A

un mille de

.si

qui dt pr d la côte. On la nomme auiIi la cale
de: I1mbuto, qui veut dire de r ntonnoir, parcequ'elle en a la forme.
Puma bianca ou la pointe blanche, en à un
mille d la cale d'E 00.
rte pointe n'I \' , &:
s'avanc au large av un roch r détach' tres pres
de ladite point .
Delà à Focalara deux milles: a un mille dl',
l ' u ils d Gal'ria qui s" nd nt plus d'un mille
au lar e.
Ad ux mill d ces roch rs ou iaoes on trouve
le Porr d Gal' ia av r mOOuchure d'une pire
rivi re appell des Ripé: il n' peut r n r que de
p rits bâtiments' ram qu'on tire ' t rre. li y a
une rour avec dix hommes d garde.
Du Porr d Gal' ria au cap di la, il a fi pt
miUes au ordo L1 côte en haure
fi arp' : ce
font tOUt mootaones qui viennent jufqu'au bord
de la m r. On trouv entr d ux une aoce alr,:z;
b Ile nomm' POrtO di capo la, av c une plaoe
de fabl : au fond n un rivi r . Le mouillage
n'eo vaut ri 0 i on Y n trop expofl' au. velU du
1;lrge.

ia

z

178

DESCRIPTION ctOGRAPHIQUE

III.

ARTICLE

CÔle SeptentrioruzIe de la Coifè , depuis Calvi ju.f
qu'au Cap Blanc, & Camo di Becco.

L A rade de Calvi ell: fieu

dan la partie du
ord-Ouefr de J'lOc d CorCi) par la latitude de
quarante-dcu.x dégr' qUatant -quatr minutes, •
pat les fix dégr tr nt . inq minut ) à roc id nt
du
'ridi n d Paris, la variation de l'ai t'uill aimant'e y ell: de ueize dégr ' s au l . ord-Ou ·n.
Le 0"016 ou baie d Calvi a cinq à fi>: mi les de
rour : on y peUt louvoyer. L'eorr' n _ ord- ordEn
Sud-Sud-Ouefr; mais 1 rrJ,,{'[{i r dt le
otd-EIl:. Il n nomm par C uvi r allberrimus
1

l'!fùlte Porws.
La ville de Calvi qui donn le nom à c tt r:lde,
ell: à l'Ou n [ur une p ninful . On n mouille
point aux côtes v rs rEfr, depuis le p tit cap , l' ncré de la rad ,jufqu'au pom de la plus grande riviere de d ux qui fe j rrent dans c rte rade, à caufe
que 1 fond en rempli de roches; mais cl puis le
pont jufqu'à la ville, le mouillage)' cil foIt bon.
Les bâtiments qui veul nt faire qu lqu [étour tO

DE L'IsLE DE CORSE.

179

cette rade, mouillent entre l'Eglife de S. Fran~oÏs
& la ville, de quatre à huit bralfes d'eau. On fait
de. l'eau à la riviere où dl: le POnt; elle ne carit
pomt.
Pour bien mouiller dans cerre baie, il fam mettre la pointe de roche la plus en dehors du forr, au
ord-quarc- ord-Efr &
ord- ord-EIl:, à crois
cables de dill:ance; la pointe de Span qui dl: à bas~rd en encrant où il y ad ux iilors, au ord-El:,
cmq d'or' El:, dillant d'un miU & demi; on cfl:
alors p:lr k'S buit braffes & d mie" fond de fable &
gouemont, à d ux cables & d mi dillam de cerre:
où vous porrez ramarre fous 1 forr fur de gros rochers au lord, il faut empennder la groffe ancre
du Sud, parcequ le fond ell: chaffi ur. On ne peut
l1Uer mouill r que q aue ou cinq o"ros vai1feaux
,.".
b
pour ue fon al[e > quim.e ou dix-huit tartanes
ou auu bâtimenrs plus à terre., par les trois &
quaue bralfes mArne fond, toujours l'amarre à terre
à des bagues qui fom à une rour au delfus du forr
ou fur des rochers. On peut r n r le foIt à rouch r ' la poinre des iDes, à deux cables plus ou
moins. Il ya quatre bralfes d'au à deux cables de
t rre rout aurour d la baie.
La r connoilfance de Calvi ell: facile. La ville
ell: fitu' fur une peninfule ou langue de terre qui
Z ij

a DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE
avance dans la mer en forme de cap. Quand on
vi m d l'Oueft, on d'couvre une pointe appell'e
la Revalare, au bour de laqu Il eft un gr05 'cu il
ou inor' il n'y a de palfa;; emre lui . la rlrre que
pour un bar u. Sur le haur dudir u il il Y avoir
une croix. On le p ur ran"" r li pr . qu l'on v ur,
fans n n craindre. Quand on a dOJblé c ne poinr , on découvre la vill d Calvi, qui en ft' oigné d'environ trois mill à l'EIl:- ud-EI1· c' nu ladir poim
ah'i, il Y a un !'Tand nfoncemem qu l'on nomme la bai~ d R \'abr, ans
laqu~lle il . a un mouilla"" f, n pr s d r rr par
huir • n uf braffi d'eau, dom 1 _. ord·
uay rli-r.
Quoiqu la ville de Calvi [oir une d quarre
prin ipal d l'itle de Corfi , on peur dir qu Il
n' ft pas conlidérable; ell dl r nf, rmt' dans le
châr au qui ·ft le plus fan d l'in ; il <:11 bari [ur
un roc vif qui avance dans la m r. Le
ar~ h 1d
T errnes l'aJ1i'oea p ndanr fon expéd'rion d l'ill
fous H nri 11, & fur obligé d' n 1 ver le fi' . Les
ballions n fom bons, ' il Y a un beU
nombreufe anillerie. 11 ' a un p ~ir falUbourg fous la
vill au bord de la ID r.
Ce fauxbourg, qui comm ne au bas du ch'teau, ft form' par un aIfc m la" d· foixanr ou

bE L'ISLE DE CORSE,

1

181

quatre vingts maifoos aa; z délabrées, enceintes
d'une muraill à creneaux, conllruire dans ces derni rs rems par les François,
L'Ev'que d Sagone, ville aujourd'hui ruinée,
y fair ordinair m nt [a réfid nce. 11 y a deux Couy n ; l'un de Capucins, taurre de Récol ts.
A un mill d Calvi eft la focé ou fiumara (embouchur ) d
nVl r d Moncale, aurrement
Bombino..
A un mille, l' mbou ur du Secco T orreur.
A peu à dillance, la perite pla"e de la Rene\h, où les bar aux . chaloupes a ord m lorfqu'on
y
rai à Lumio.
Enfuir 1 rochers de P rra .lia, & la rour de
C:lldano, où il y a l1'arnifon' puis la pointe &
1'i11 de Span, qui 0' il: pas à trois mill de Calvi
par

lU

r.

Tour aupr ft l'iO r delle Armé, dom on confond 1 nom av c c lui de Span. Sur la poime de
t rre il 'a un rour.
A un mille la cale de S. Ambrogio..
d lU mill ,la cale de S. Damiano: il y a
J ux ' u ils à [on mr'e.
Arrois mill à l'EG: d la poime de Spano , on
trouve Al jola. C' ft une plage forr mauvai[e, où
:1 n'y a ni pon ni anfi ; 1 perits bâtiments qui y

182.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

abordent ne peuvent m~me ~ue cirés à terre: ainli
ce n'eft qu'un rade fort mauvaife , ou, dan le
beau t ms, 1 S bllqUes & les fc louques arrivent.
li 'a un fort 'qu Iques maifons auxquell on
donne le nom d vil e. C ft un endroit alfT ux .
miférable : on n' , flit au un comm rce, . 1 habitan y languifÎ' nt dans un état horrible. li ya un
f.lU bourCT , à la droite duq' el dl: la rade.
Au Tord-qu:m-d - ord.Ouen d'. I~iola, à
environ un mille . demi au Ille, il ; a trois
.ord ' ud,
,cu ils ou roch rs qui fon fitu'
a
ls il faat pr ndr;:,Jf . n ur c pend nt
palfc t nei ux . la t cr a'
1r
. a.Jrc
barim n .
ayob, on trouve l'il e
A cinq mil! à l'Eft d'
Rouge (ifola Roffi "
fone d ux petit itl
qui aurc fois n"n f ifoi nt qu'une, . que m ra
parrag' en d ux de l'Hl: à r uen. On troU\' fi r
r ïil1 il plus
cerre il1e d ramiers d p rdrix,
au 1 r;:,e, ily a une roUI en bon état, a\'cc un gar·
nifon. On . a fait qu Iques fortification.
Le palfag entre 1'il1e rol' e 'I~ terr ft' t:oir
& difficile, 'd fi louqu
'paO nt av p':11.
11 Ya un rour à la gran e tere ,on 1a 'lIe h WJr
de P:tlombara: Ile el~ p!us oroO- que c Ile de iille
ouge, 'garni d ç nons, av c une fort gar i-

DE L'ISLE DE CORSE.

18;

foo. II y a auprès une e[pece de plare-forme [ur la
côte, où l'on peur'tahlir une batterie. Proche cerre
rour il ya une cale, où de petits bâcimens peuvent
mouiller & [e mettre à l'abri. En allant mouiller>
il [aur preodre garde à une roche fous l'eau: on
peu, la raooer de ues pr ,étant forr faine.
A deux milles de l'ifle rouge cft la rour de Lozari, & les foches di Lozari, qui cft l'embouchure
de la riviere de Reoino.
A un mille à l'Eft [one les Margines ou Margli.
ni, qui fone une chaîne de rochers ues dangereux>
mais fort pres de terre.
A un mille d là, le cap & l'embouchure d'Ofui oni ,rIVI fort belle qui fc' pare la Balagna de
la province d
bbio.
A un mille, l' nfc de Paraggïola, où deux bâti·
m nts charo ' de croup s Fran<ï0iG s, fe p rdirent
nJanvirl39'
A d ux milles, la poime d'Acciolo ou de la
Civob.
A d ux mil.es> la poinee de Corbo.
A un mill & d mi, la p rire pkrge d'Alga : il y
ad é u ils fous l'eau.
Enfuire la peùte cale de Marfalco: il y a un
rocher.
A un mille, la periee plage d Timone.

18+

D ESCRIPTI O.'

GÉOG R A PH IQU E

A un mille & demi, la petire cale d' rgaglio.
A deux mi\1 ,la poime de la i noh.
A un mille & demi, la poime d Curfa,
Ce qui vient d' cr d'crit d puis Ofuiconi, dl:
app li' Egriate par les g ns du pa ·s. C fi une terre
élev'e, & des montagnes qui vi nnent jufqu fur
1 bord d la mer. La côt dl: mauvailê . [ans auord' d'Ou ,
cun abri, expof,' alU venes d
dom il feroir danl) r ux d' 'cre furpr'
A d ux mill ,Lt 1 d Paralro qui fi fon petire, . qui n' fi bonn qu pour d . f; 10 qu
bâtim nes d c r fi
A un mille de cetr ale, on crOU\' la point de
Cavalata, . nfuit àpeud diIbn ,1 capd 101

10n lia.

Go!fi dt S im Fiortn o.
Le cap d la ortdla fair l' rr' d crolfc d
Saint Fiorenzo, du côr' d l'Ou fi. 11 r a un tour
fur c cap, • un mouillal)c vis-.1·\i, la rour, av c
une plaoe d Lbl au fond d l'anfc. On p ut
mouill r par 1 douz . rr iz bufft'S d'eau à la di.
fianc de rrois cables dc r rr : . l'on p Ut s· n ap'
procher ncore plus pt par 1 huit . n u braUd'eau bon fond, ' s'anurr r l r rrc' mais on y
[eroit mal d s Yenrs d
ord' d~ ord-Efi.
Lorfqu'oo

DE L'ISLE DE CORSE.

x8S

Lorfqu'on vient de l'Ouefi pour emrer dans le
golfe de S. Fiorenzo, il ne faut pas ranger le cap
de la Monella plus près de deux à trois cables, à
ca~fc de quelques roches & écueils qui fom à cecre
pOlOte.
A crois milles au Sud·Sud.Efi de la Morrella , la
cal du Fournache, que d'autres nomment Porro
Foumo, Fornali, & cale S. icolas, vis à·vis de
laquelle, à cinq ou Gx cenrs roifes, il Y a un fon
bon mouillaoe pour roures {orres de vailfeaux, par
les cr ize quatorze braifes d'eau; mais on mouille
ordinait ment plus près de t re à la dillance de
crois à quacre cables, par les neuf à dill: bra!fes d'eau
fond de vafc : alors la ville de S. Fiorenzo rdl:e au
Sud-Efi-quarr~ .sud; l'anfe ou calanque de Saint
icolas, à l'Ou fi; le cap Bianco, au ordo ordEfi;
la rour de la Morcella, au ord-quan-de~
_ ord·Ouefi. Le rravertier efr le ordo
Les galeres, les tartanes, & autres peurs bârim nes, mouillent proche le 'p0rr d Fournache ou
Cl1e S. icolas, par les quarre ~ra!fes d'eau, l'a)l1arte à rerre: il faur cep ndam prendre garde à.
qu Iques ' cueils ou rochers qui fom roUt auprès de
la CÔte en c t endroir. Le plan qu'on donne ici d~
golf; de S. Fior mo, fait çonnoltre Jeur tiruacio!J.
lx 1 ur 'tendue.

186

DE L'ISLE DECO RS E.

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

Tout au fond du golfe) vis-à-vis la ville) ou
plutôt le village de S. Fiorenzo) il Ya un mouillage pour des galeres & aucres petits bâciments;
mais lorfqu'on veut y aller) il faut prendre garde à
un banc de roches) dom une partie eft hors de
l'eau) qui peUt avoir cent mires de lonlnleur) &
qui n' ft éloibné de la CÔte que d'environ deux
cenrs cinqua.nte mires. Il a ncore une aucre roche fous l'eau) de la grand ur d'une chaloupe) fur
laqu lie la mer brife quelquefois) felon les en :
lie eft firu ' e à en iron d tU C nrs mues au ord ,
àu bout du villaae de S. Fior nzo. On peut pa1fc
encre cette roche & le banc, on y crouve inq
fix braIfes d'eau.
Pour ncrer & forcir de ce olfc, on prend toujours à mi-canal) mais un p u plus près d la terre
de l'Oueft que d celle de l'Eft· arc ndu que lorfque l'on eft au dehors du Clp d la onclla, fi les
vents om régné du Sud-Oueft ou de l'Oueft-SudOu ft, on crouve le plus fouv nt un groiIë houle
qui vous affale à la côre de l'Bl:, où il o'ya p de
par conCc u Ut on ne
fond à mucher à r rre)
peur poine y mouiller; mais du côr' d l'Ou ft on
peut mouiller par-tout apr' avoir dépafi' la rour
de la Morcella, depuis les cr nrc<inq brafiès jufqu'
quatre.

18 7

Ce golfe peur comenir une armée.
Lorrqu'on cft mouillé dans le fonti) on fair de
l'eau à une fomaine murée & couverte) qui cft au
pied des murs d'une ville ruinée, au rravers de laquelle on paffe pour aller à la Cathédrale & au Palais de l'E que de S. Fiorenzo.
S. Fiorenzo dl: la capitale d'une province appel1 le ebbio.
C'eft un lieu fon miférable) qui relfemble plus
à un village qu'à une ville, n'offiam à la vue que
des mafures & des ruines. Les EvËques de ebbio,
vill entieremeDt ruinée, om cransfér' leur Siége
, S. Fiorenzo.
On y voit les reftes d'une fonerelfe bâcie par le
Maréchal de T ames. C'efl: à Saint Fiorenzo qu'il
d barqua.lorfqu'il vint faire la conqu&t:e de l'ille de
Corf. fous H mi ll. C'eft l'endroit de route l'ille le
plus commode & le plus avantageux pour un débuquemem : il y a nn fon fur le bord de la mer
qui d'fi nd le mouillage vis-à-vis de la ville) & la
defcenc.e qui Cc p udaire fur une belle plage de fable du côté de l'Ouefl
An Sud de la.vill , il Ya quelques terres baffes
& marécageufes qui en rendent le féjour fi mal
fain, que peu de gens veulent l'habiter) & qu'on
cft obligé de changer tOUS les mois la garnifon.
Aa ij
A

188

DE L'ISLE DE CORSE.

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQUE

Du village de S. Fiorenzo, en fuivant la côte
en allant vers l'Ea, on trouve à un mille, la pointe
de Vechiaria où il y a une tour.
A trois milles, la plage de Farimole.
A un mille, Folfa d'Arco, autrement Pietra
Perjura.
A un mille, la petite pl e de
0, où il
une tour.
A trois milles, le pays & villa e d onza. Cee
endroit eft la cl f de la provinc d Capo Corfo y
par la cairon q e pour pén'
dans l'int' . ur du
pa S du côr' d l'Ouen: en v nant du cap, il n' a
qu'un Cc ul chemin qui paffe par le villa ed
onzao Il ft lieué [ur un rocher tr haut : au fomm
de ce rocher qui 5" ve à pic, efr un rour ou perit forcer Ifc , qui en command l'entr .
A trois mill , la pointe des Canelles ou Cannall . Il Y a auprès d cerre point un écueil, fuz
tlne partie duquel on voit la mer bm; r,
l'autre
encierement fous l'eau.
A deux milles, la plage de J orani, où il y a un
petit ruilfeau qui couI en rout rems.
A trois milles, la haute point de inerbo.
A d ux milles, il Y a une p tir cal av c une
tour: c'eft 1 petit canton de Pino.
A un mille> la côte d'AWîo~

ra.

189

A deux milles, la cale des Murés.
A un mille, l'illet de Centuri, fi proche de l'ille
de Corfe, qu'un perit bâtiment a peine à palfer
entre deux; [ur lequel il y a une Chapelle dédiée à
Sainte Marie-Magdeleine, où
une mur, avec
un petir porc pour quelques bâtiments à rames.
A deux milles delà, c'eft le cap Blanc d'où nous
fommes partis pour faire le tour de l'ill de Corfe.

en:

190

DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE

CHAPITRE VII.
RoUIes dans fim 'rieur de l IJle.

r.
Rouu d'Ajaccio à Vico, tTlViron vingc- cln.q
mi.fl, s.

o

va d'abord au vill
de Calcatogio) qui
fi: à douze mill d' jaccio eIS le T ord- ordOu fi:;
avant qu d'y arriver, on trouv à dix
mill 1 pas de Saint Bafri no: c endroit efi: tr'
mauvais; & d là ' Ca1catogio. Le pars dl: tr'
propre pour les embufca' des Payfans. Cerre route
dl dans les montagnes. On peut au1Ii prendr I:t
roure du côté de la marine jufqu'à la rivier de la
Lice: lorfqu'on a pa{fc' la Lice, on trouve le Liamone qui n'efi guéable qu'au comm ne ment de
Juin, à caufe de la fonce des neiges' on p Ut le
pa!fer enfuit aili ment. On continu la rout ou
par Sagone, ou par le pays de Coggia GtU' fur la
çolline, mais il y a du danger;
par le ch min

DE L'IsLE DE CORSE.

191

de Coggia, on dl: contraint d'aller à la file, & il
efi prefque impraticable pour les ~tes de charge.
Lorfqu'on dl: arrivé au pays de Coggia; on peUt
prendre fa route ou par le pays d'Arbori, ou par
celui de Brecciani : l'un a vingc-deux fi ux, & l'autre quarante; 'loignés de trois & de quatre milles
de Vico.
En débarquant à Sagone, on peut marcher en
ordre, m"me avec des équipages, jufqu'à S. Antonio, qui n'efi qu'à un mille de Vico. Un mille
avant que d'arriver à S. Antonio, on trouve une
fontaine d'eau vive.
Le pofi: de S. Antonio efi: une efpeee de bouche dans laquelle il a une grande place: mais G.
1 Payfans occupoient les rochers & l'autre colline
qui efi vis-à-vis fur l'angle, ils inquiéteraient les
troupes.
Il y a hujc milles de Sagone à Vico, & beaucoup d brolfailles appellées mucchi. A la gauche
du chemin, il yale petit pays de Balagna qui refi:e
à un mille & d mi environ vis-à-vis la bouche de
S. Amonio.
D S. Antonio à Vico, c'efi: une defceme d'environ un mille vis-à-vis ladite bau he.
Vi 0 dl: ficu' dans un bafIin form' par 1 s vall' s d momar,oes qui l'env lopp nt; il paife un
petit ruilli au toUt auprès.

192.

DESCRIPTION CÉOCRA.PHIQUE.

DE. L'IstE DE CORSE::

A un demi-mille, il Ya un Couvent de Fran.
cifcains où l'on pourroit loger deux cenrs cinquante
bommes.
A un quarr de mille du Sud dudit Couvent, ~
.1 un demi mille de Viço, on peut loger cinquante
hommes.
Dans ico il . a l'Oratoire, qui avec le M~
fin de S. Anroine, peUl 1 er nt hommes: on
peut 100 er aufIi cent homm dans la mai (on de
J'Evc::que, & cent homm aufIi dan~ une aurre
mai(on. 11 y a encore qu lques aurr maifons ommodes pour 1 Oflici rs . oldars.
Prenant la route du CÔt d Con', on trouve
Soccia J Poooiolo & Ono J p tit pays' en[uite
Guaono J oroo & Lerhia, qui r ft Dt (ur la gauche hors du ch min: il ya environ cent quatorze
milles. Lor(qu'oD efi: proche de Guagno 'Orro,
il y a !,lDe rivi re qui (e d' haro dans 1 L'amone.
Les chemins & utuacions fone rr dan.., r ux &
mauvais. D'Orro & Guagno il y a dix-huit mill
pour ail cà Con',
~

1 J.
Rouee d'Ajaccio 4 lA. Pitve de CÙUlTC4.
r~rranç d'Ajaccio,

on trouv<: à quau

milles;
.Alat~

193

Alata limé [ur une colline: [ur la gauche le chemin
eft propre pour quelques embu[cades. Alata fait
quarre-vingts feux, & cent hommes d'armes. Prefque toutes les mai(ons font propres à loger.
D'Ajaccio ju(qu'à Apiefi:o, il Y a huit milles.
Le chemin ell: bon: cependant un demi-mille
avant que d'y arriver, il ya des rochers propres aux
embu(cades. Il contient environ foixante & dix
feux, & quarre-vingrs hommes d'armes; on y peut
100 er environ deux cenrs hommes. II y a quelques
mai(ons antiques & commodes pour loger les Of.
ficiers.
Calcato~io, dont on a padé ci-delrus dans la
route de Vico, Saint André & le Canalé, ne font
qu'une Paroi!fe diftaoce de quarre milles de Calca.
toggio; chemin cres mauvais, propre aux embufcades: ils compofc nt environ cinquante & {oixante
feux.
Sarry eft à deux milles de Canalé, mauvais che":
min, fait cene cinquante feux: on y peut loger deux
cenrs cinquante Soldats, compris un Couvent de
Francifcaim. Ce li u eft [ur une colline, & foIt par
fa lltuarioA.
Cafiiglione, ou Cafagüone, dl: à quatre milles
de Sarry, chemin propre aux embufcades. II eft lit'\ié dans une petite plaine qui eft [ur le haut de la

Eh

194

DEL' 1st EDE COR SE.

DESCRIPTION CÉOCR.APHIQUE

colline. Il y a environ cinquame feux, & qUatrevingts hommes d'armes.
Ambiegna, à deux milles de Cafriglione, chemin cr mauvais, quinze feux & cr me hommes
d'armes.
Arro, à un mille d'Ambi na, chemin tres
mauvais: il Il limé dans 1 s bois fur une montagne; quinz f. ux . quaran hommes d'armes.

1 l I.
Chemin d'Ajaccio pour Bogognano & Con!.
li faUt paili r par les moulins. A trois mil! environ d'Ajac io, on 1ai1fc fur la gauch la plaine
d'Alfa; on )' trou\" 1 roch r app ·11' 1 andrioJo : à nviron d ux mill ,1 li u d la lez.z.ana,
compor.' de cinq ham ux, & d'un Couv nt d
Cord li rs; ils font nviron d ux c ms cinquante
f. ux & aurant d'homm d'arm .
Par c cre route, on crou e un nuifon app Il'
la Baraill , A la gauche d c cre mairon , il Y a les
li ux de Tavaco d V ro, éloionés du chemin,
l'un de trois mill s, & l'autre de quarre. Ils font nf. mbl environ cem f; ux ' quacr -vin hommes
d'arm s. En connnuant ce ch min, on biili lùr la
droite, à quarre milles nviron, 1 d ux ham aux



1 95

de Curoli & Conicaro, qui fom en[emble cent
quinze feux & autam d'hommes d'armes; enfuite
proche le chemin, à un mille & demi de dillance ,
le lieu d'Elli Penis, qui ell comporé de cent vingt
f; ux, & environ cent dix hommes d'armes.
En luivant le m Ole chemin, apres avoir dépaffé
1 Pecris, à deux milles environ fur la droite ell le
pa s d Carbuccia, compofé de quaranre.fepr feux;
enfuit on crollve encore fur la droite, à un- mille de
Carbuccia, le pays de Veciani ou Vecian, d'environ cent vinge f; ux. Pour aller à ces trois endroits,
il faUt paili t la riviere d'Elli.Peri, proche le pays de
P tris, fut le pont appellé D lia Pierra.
li ya un auae pa 's app lié Tavera, à deux milles d Veciani; il r Ile auiIi [ur la droite, & eft
'oi n' d Booognano d'environ crois milles; compofé de c nt foixanre feux.
Bo 0o03no eft compoct de trois cenrs quarante
f. ux, d'autant ' m me plus d'hommes d'armes. li
dl: peu éloigné du ch min qui conduit au paffage
de la FoΠ.
li Y a enfuite dix milles pour aller à Vivario. Ce
chemin, aioli que celui de Vivario à Bocracrnano'
Ob
eft crès mauvai ; il Y a beaucoup ·de roches, de
broffaill s, de ma.uvais pas, & propre prefque pattOUt aux embu[cad s.
Bb ij

196

De Bogognano pour aller à Coné, on trouve à
dix milles le pays de Vivario. Au d'pan de Bogognano 7 à la dillance de trois milles, on paife un
pont de pierre nommé Aggla, [ur le roITem nommé Capiagia, momée très rude & très âpre. On
palfe, pendant une grande panie du chemin, des
bois fOUIT' , à la fuire defquels il ya une grande
futaie de pins cr hauts cr beaux. Ce ch min
e1l: cr fufcepôble d'embufo.d . Lorfqu'on a paffc' le
bois, on trouve des plaines dans le.fc u
il r a
d roches.
A un mille avant que cfarri\" r à ivario, on
paaë fur la cîm d'un haue montagne, pr fque
au bas d laqu Ile n Utué Vivario, dans L brof-

faill

DE L'ISl.E DE CORSE.

DESCll.IPTIOY c:éocRAPHJQ~E

&

rocaill .

A un mille
cl mi cie ivario, lorfqu'on ;)
palfc' la d fcente, il Ya un pom dans la vall' dom
le pa~e efr difficile, talle d'un côeé que d l' u' brolIà iIles. De ce pont
cre, à. cauf< des roch
à Corr' il y a en.viron huit mül d chemin pllL9
mauvais que bon. On laiffe V naco fur la droie .& l'on palfc au li u appellé S. Pi trO de ena o.
Il n bon d'obferver qu' n Juill t 1- j 9, on a
flit accommod rie h min d puis Booogn:mo jufqu'à Corré' il en cr praticable, m'm pour les
bËres d charoe: & celui de Bogoonano J. Ap cio
a au1l1 ée' ae ommodé n Août [uivant.

f-97

1 V.
ROUl~S dt

B aflia à Calvi, paifant par S. NicoltJr,
cmue des bouches de Tende , Lemo €J Bigorno.

De Baflia à Biguglia, cinq milles en plaine ai:
fable, beau chemin; on paife le ruilfeau de Saint
Paneracio , où il y a une Chapelle de ce nom. Ce
i([eau vient de la montagne de Furiani, & [e
j cre dans l'étang ou lac de Biguglia. li y a.à {fous
1 village un Couvent de Cord li rs.
D Biguolia à Murato (dans la Province de
. bbio) , neuf milles, chemin de côtieres [m;
d roch rs vifS feabr ux en montées & de[cent . L b min il étroit, il Ya des précipices. On
palfc pluGeurs rui([eaux : le premier de S. Andrea,
i m de la montaone de Biguglia; le recond appl' de S. arc 110, & le [[oiueme le Fenochio ~
il Cc jeu m tous trois dans le Bivinco. De Murato
:l la
bap Ile S. icolas, app Ilée dans le pays la
CJzùjà ua (l'Eglife oire), deux milles, ch~
min pa([abl ; il Ya quelques rocbers & bro{failles.
De Bania à Barbagio , cinq milles, montées &
d fc mes, On pa{fe Monre-B 110, de la cÎme delaqu li on voit la mer à Œil & à l'Ouen de tille.

t9S

"T99

DESCRIPTION CtOGRA.PHfQ E

DE L'IsLE DE CORSE,

On paGe deux rui(fcaux; l'A1lcrto qui vicnt de la
monra;,ne Farinole, il fe jette dans Ic Souena qui
dt le [tcond; & ce!ui<i fc: jette à la mer proche S.
Jofeph, CoUy nt des J' uic proche la port de
Baltia.
De Barbagio ~ la Pi vé [urnommèe de S. Quilio, dix milles, chemin pa1fJble . fujet aux mbufcades. li faur paB; d ux ruilIè:tux : le premier
appe1lé la Becetu> vi nt de la monu;,n d Bar[e
bagio > paife aux bouches de S. Germano,
jette à la mer à S. Fiorenz.o. Le fecond fc nomm le
Forcone : il vient de b. mon rne qui dt entre 01merca & Valle-Callé, & [e jrn.e dans 1
api
qui vient de la monugne de Tende, . r. Jette a la
mer à S. Fiorenzo apr' avoir r u le rui1feau
Golfalfo , au lieu app li le Forcone.
D Piev' à la hapeUe S. icoias, un mille &
demi par ranci n ch min, roid [ur roch r' &
deux milles par le eb min n uf) les ramp mc:nagées fur le cerrein.
D Bafiia à Lenco & Bigorno palfanc à Bi=>uglia
&
orara, chemin ci-<klfus décrit· & la Chapelle S. icolas, d laquelle il y a cinq à Gx milles,
à l'un fur la gauch > "l'aurre [ur la droirc.
De Bigorno à Lemo, d ux milles, ch min de
côti res : il {,ur palfer un rW1feau proch L nto; il

de[cend des bouches de Lento) & [e décharge dans
le Guolo.
De la Chapelle S. icolas à Péualba) ou Piécra
Alba (la Pierre Blanche), huit milles. On monte
le Tende [ur le cufe & [ur les rochers; 0.0 palfe
proche une chapelle dérruite; enfuice on defcend
le Tende, ch min en tourniquet & zigzag, court
& précipic . P'ualba.. eG: litué [ur les rochers qui
en forment 1 rues.
De Pi ua ba à ove1la, cinq milles fur différentes collines en côrieres) [ujettes à embufcades.
En forram de P'rraiba) on palfe la riviere d'Ofiriconi fur un pom de pierres: ceue riviere qui a [a
[ourc au mont d T nde, parcourt quinze milles
d pays dans un allée alfez .large pour la Cor[e,
bor ' c de d ux moncagn . On appelle cene vallée
l Canal': il r nf, rme uois Paroilfes) Pérralba,
Lama ' rraca. La premi re a les hameaux de
Calf< - ov , T tO & Pedano qui en dépendent. A
p'ualba il y a foixame-dix familles, à lama cin,
qu me) a rraca cc nee.
De ov Ua à Palafca) cinq milles, chemin
étroit fur d collines avec quelques bois. Deux
milles avant que d'arriver à Palafca, on uouve les
v lli:>es de ranci n château de S, Colombano : il
choit fltué fur un large rocher élev.é ) d'où on voit la

100

DESCRIPTIO

GtOGRA.PHIQUE

pleine mer vis-à-vis la. plage d·Oilriconi. Lorfqu'on va en droitur à PalaIa) on lailIë .ovelb fur
la droice.
De Palafca à B lood ve, trois milles, bon chemin d côti ru. 0 ux c nrs pas avant qu d'aniver à BJoodev , on troU\'e un p tit COUY nt de
S rvit .
De Belgode e a Colta) un mille) une d fcente
alfez tude) &. nfuit une tir mont'e.
De Cofia au Cou\'em de Jouani) un demimille' dudit COUY rr l
ill'. un cl mi-mil! . Il
faut palIë rd ux rui(feaux . 1 premil.r fur un pont de
madri rs couv as d t rr , l'autre fur un pont de
pl rr .
i1.é à Spéloncato) un d mi-mille, chemin
D
affreux) une mont' de roch rs vi en partie.
. D Spéloncato au Couvent d.:s Capucins) ceor
cmquante pas> chemin a(fez bon.
. De Spéloncaro à Sain~e Reparara) cinq milles :
il faUt defcendre une cr rude) âpre & longue
montagne) fuj rre aux embufcad . Lorfqu'on dl:
dans la plaine) on pa(fe le R'oino l gué; m:1Ïs
cerre rivi
fi [uj tte ' s' nRer: n(uir on monte
par un chemin fort rude) panie [ur le roc.
D Sainte Reparara à orbara > deux milles ,
JIlauvais ch min) encore en mourant parei [ur le
rpc.
De

~61

DE L'ISLE DE CORSE.

De Corbara à Algaiola) trois milles; une defceOre très âpre & longue, en(uire une plaine dans
les [ables.
D'Algaiola à Calvi) fept milles, a(fez bon chèmin. Il faUt paCfer deux tivietes) le Secco & la
Foce, qu'on ne peut paCfer à gué dans de certains
tems.
11 y a deux autres chemins pour venir de Ballia
à Calvi) qui fom ceux de la côte d'Ali{io & d'AIrriare' ils ne me foor pas connus: je fais feulemem
qu'ils (oor plus courts. On ne compre que quaranrehuit milles' mais ils foor mauvais ju(qu'à Palafca,
. il n'y a point d'habitations.

v.
Chmuns dans la Pr01lince de Nehhio.
De S. Fiorenzo à Patrimonio) trois milles, bon
chemin en plaine & fable. 11 faut paIr r un ruilfeau
nommé l'Efu tra.
D Patrimonio à Barba~o, deux milles, panie
en plaine ' fable, panie en une montée rude & fujerr à embufcade : on pa(fe le ruiffeau ci-deŒus.
De Barbagio à Poggia d'Olerra, trois milles: il
y a une defcenre affc z rude qui dl: la moorée ci-def[us; enfuite plain~, fables) rocailles & broŒailles,

Cc

2.0%.

DESCRIPTIO

ctocRAPHIQUE

Avant que d'arriver au village, autre moncée fujerre
aux embufcades.
De Po gio à Olerta, un mille, une montée &
une defc nee, chemin de rochers fujet à embufcade.
TI y a un Couvent de Cordeliers aupres d'OlerC!.
D'Oletc! à OlmeCI, il a trois milles, moncée
& d fcente fur rochers & dans les brolTailles, fujerr à embuCcad . TI Ya un Couvent de Capucins
,
aupres.
D'Olmera à alle-Calle, trois milles; le chemin fi comme ci·d !fus.
De Valle.Calle à Rutali) trois milles' lechemin
dt comme ci-d !fus. 00 pa!fc la rivi re d Bivinco
fUI un pom de pierres qui n'a point d garde.foux.
Cert riviere prend fa fource aux monra"nes de
LentO, qui dt 1 Tend : elle pa1lê à 10raro) &
li d char e dans l" CU1g d Bigu"Iia; il fi mble
qu'clle ait forcé une montagne à s'ouvrir poUI
lai!fc r pa!fc r Ces eauX.
De Rucali à Moraco) trois mil 1 & d mi de
chemin tr' mauvais) d fc mes & mont' d ns les
rochers 'bro!failles. On paffi à gué le ruilfeau Felicione: il vienr d monts Ru.ali
oraro) & fe
j rte dans 1 Bivinco On le paITe fur un aurr pont
de pi rre que celui donc on a pari i-d Lfus; il dl:
au!Ii fans garde-foux.

DF. L'ISLE DE CORSE.

2.03

De Moraro à Rapale) trois milles plus en pentes
qu'en montées) partie pierreufes) beaucoup de
broiIiiUes, fujerres à embufcades. On palfe uo ruif.
feau appellé delle Foicioni; il vient de Moraro.
De Rapale à la pieve de S. Quilico) deux milles) chemin pr Cque plat & brolfailles. On palfe
deux ruilfeaux : l'un s'appelle la Caftica) qui prene!
fa fOUIce à Rapale) & fe jerte dans le ruiIfeau la
Go(alI'o; l'auueappelléGuad 110, vienrdela pieve)
, fc jerte dans le Canaple.
De la pieve à Sorio, deux milles) deCcenres &
monrtes) dans lefquelles il y a quelques rochers
fujees à embuCcades. On palfc le rui!feau la CanapIe; il vi nt d la momagn de T eode) & Ce j rte
dans 1 golfc de S. Fior ozo) après qu'il a reliu la
GoCalfo au Finage appellé le Forcone.
De Sorio à S. Gavino) trois milles) deCcentes
& mont 'es, mauvais ch mio) pierreux & fujn aux
embu ft ades. On palfe le rui!feau Leveraro; il vient
de la montagne de Sorio, & s'unit avec le Canapal .
De S. Gavino à S. Pietro) deux milles, chemin
en zigzag) mauvais & pierreux) Cujet à embufcad s. On palI'e le ruilfeaû Caftircaglia; il vienr de
la montagne encre S. Gavino & S. Pietro) & fe
jette dans le Canapale au moulin neuf. Il y a nn
Cc ij

DESCRIPTION CÉOGRAPHIQUE

DE L'ISLE DE COR.SE:

Couvent de Capucins à S. Pietro. Il faue obferver
que ce Canapale dl: aulIi nommé Pienave.
De S. Pietro à S. Fiorenzo, huit milles en pente, chemin pierr ux & fUJer aux embu[cades. On
pa{fc le Canapale & le Logo-SaU"o, à l' ndroir où
ils fe joil:)oem, appellé le Forcone.
D S. Fiorenzo a Pievé en droiture, huir milles,
bon chemin qui a é nouv llemene accommod' ;
mais il dl: fuj taux embufcad . On paIre deux des
rm{fc aux ci-d 'U"us. On nc crOUy aucune maifon n
chemin. D ux milles aVaDr que d'a.rri v à Pievé,
il Y a plufi urs mont' , dom 1 rampes one 't'
adoucies aucanr que l'on a pu.

Sud-El:, on erouve le premier paffageappellé Gradaccio, qui dl: une âpre moncagne. La faillie ou
mom e comm nce au Huminal. (on appelle Huminalle Lie par où un ruiU"eau ou riviere paffe des cav' es.) On monte par S. Antonio, & l'on defcend
à la nvi re de BoU"aya; delà on va à une plage
nommée Porro de Sia. Les momées & defcemes
foncépouvencables, & prefque impeaticables; auffi
1 ur donne-c-on le nom d'Echelles de Sia, parcequ'une panie de ce chemin, fi on peue lui donner
ce nom, eft en forme d'échelle ou efcaLier brue dans
les rochers, où on eft fouvent obligé de fe fervir
d mains pour grimp r.
Le r. cond paffage s'appelle Sainte Marie de l'Etoil . On ne fait commenr en indiquer le chemin,
parcequ tour le pays
défert, & qu'il n'y a pas
mArne de noms pour d'Ggner les camons. On
comm nce la montée à lendroit où étoit un ham u qui s'app lloit d'Elcipio, enfuice on defcend
par un p tit fi mi r à Evifa, pieve de Sevinenrro
d l' 1 monts.
Le croweme palfage eft appellé Vergio; & comme il y n a deux de ce nom, celui-ci eft appellé
V rgio Evifenco : il ft proche de iola, & defcend auffi à Evifa.
Le quacri me paIrage ft appellé Vergio de Saint

2.04

VI.
Chemins dmzs us MOllltlgnes qui parlagelll l'ljle
de Co1fi tU l'Ouejl , l'Efl) & 1. lUS paffiges.
Ces moncagn commencent dans la panie de
l'Ou ft de lïOe 1 au mont A!fenino ,aua m nt Saninco, dom le pied fe panage en deux bran hes
qui s'a'vanc nt jufqu'à la ID r, dom une form le
cap qui eft à l'entrée de la droire d la baie de Giralatcc, & l'autre forme la gau h de l' na' du
golfe de Porco.
Apr's le mom Saninco, en marchant à 1'.Efl:-

en:

2.0$

DESCRIPTION CiOGRAPHIQUE

DE L'IsLE DE CORSE.

Pierre: il commence dans le iolo même, & la
defceme linit à Crillianaccio, pieve de Sevinentro
delà les monts.
Le cinquieme paffa~e s'app lie Campotclli. La
mont' commence à la pi ve de T akini , peu éloin' de Cone; & la d {ceore (e [ [mine à un villa~e nommé Soccia de la pieve de ieo. Sur le
fommer de cene monra ne de Campotelli, il a
une b lie plaine (ur laC)u U il y a d ux la . celui
d'Ino C)ui a un d mi-mil! de clrcui[, duqu 1(on le
Golo; & 1 lac Crena duC)u 1 {onent le Liamone
C)ui fc j rr à la m r à la CÔ[ d rou ll: de rill ,&
le T avi~nano qui (e )
à la côte de l'Ell:. Ces
d UI lacs n (Ont 'loi n' run d l'aua que d'un
mille.
Le fui me pa(fa~e nomm' Ghi(on (fa, commenc dans la pi v de Vivario.

delà on enae dans le chemin de la pieve de Roll:ino, qu'on fuit juCqu'au Couvent des Franeifeains,
d'où on arrive à Prato, & Mérofaglia, confin de
la pieve de Roll:ino.
.
. De Prato on marche jufqu'au lieu de Stoppia
ova, & l'on fuit jufqu'au Couvent della Cafa
Bianca (la aifon Blanche). Ce territoire ~1l: de
la pieve d'Ampu~nani. Pourfuivam en avant, on
arrive à Lorrro, enfuite à Vefcoraro : on fuit le
chemin pour paifer le Golo. Le chemin jufqu'à Bafria ell: en plaine, commode & facile; on lai(fe les
monragn à (a gauche, & la mer à la droite: on
compt quinze milles.

. 2.06

1 I.
Chemin de Cone à BaJlia.
Ce chemin a 'té fait par 1sAlI mands lor{qu'i1s
f roient A uxili rs n Corrc .
D Cone on pa{fe fous Omeffa pour arriver à la.
riviere app liée Cafachina, où 1 Impériaux confnuiGrem un pont qu 1 aux om mpon' d puis;

2.07

VII L
Clumin.s pano.ru d'Ajaccio pour aller à Cauro, à
Ornano, à lflria, Zicaro, Raflelica fi Sarrene.
Partant d'Ajaccio pour Cauro, à dix ou douze
milles, bon chemin en plaine, on paIre un pont
de pierr (ur la riviere de Prunelli) ou à gué plus bas
que le pone; après quoi on monte une CÔte.
D'Ajaccio à Campo Loro) trois milles, beau
chemin, il faUt palTer le Gravone à gué; [ept mill5
plus loin on arrive' Cauro, au milieu duquel palle.
..
une p me nVl re.

DESCRIPTION CÉOCRA.PHIQUE

DE L'IsLE DE CORSE.

De Cauro à Ornano, dix milles. On va d'abord
à Albitreccia; il Ya huit milles, mauvais chemins
de rochers & bro(failles, A la moitié du chemin on
trouve le pas de S. Georgio ,tr fujet aux embufcades: c'eIl une âpre mon~o-ne qu'il faut mom r
& defcendre.
D'Albitrecôa à Groc, 0 ou Groc ta, un mille;
bon ch min : fut la ~uche. à un perit mill de
Sanél:a
ria. d'Ornano, il Y a un Couv nt de
Cord li rs.
De Sanél:a aria à Frafc 0, quarr milles chemin médiocre' d Frafc rro à Gitera, huit mill ,
chemins enr"memem mauvais, tOUJours mom t
& d fc ndre dans les rochers . broff:Ulles. De
Gh.irh ra ' Zicaro , quatre milles, chemin méd.i~
cre jufqu'à la rivi re de T alavo. Il a un pont de
plauch. fur cette riviere : lorfqu'on ra palfc'e, on
monte pendant d ux mill une monragne rude,
mais de t rte.
De Santa
aria d'Ornano à S nc aria d'lftria, Couvent de Francifcains, huit milles, ch mins médioct . On pa(fe à moitié chemin la riviere de T alavo, fut le pom app Il' Abra.
A la droire du Couv m, à un d mi mille, r fie
Bighifa; & [ut la colline au d !fus dudit Couvent
à un qUart de mille, efi Pitr rto.
De

De Santa Maria d'Ifuia à Sartene, vingt milles.
A lù: milles du Couvent dont on vient de pad r,
apr' une montée & defceme, on trouve Cafa Labriva. D la a Olmem., quatre milles, dom un mille
de d fcente. D'Olmetta à Sartene, dix milles, chemin praticabl . Du Côt' du rivage de la mer, il Y
a une d [cente de deux milles qui conduit ~ la.
plaine de Baracci, où il y a un petit ruilfeau à parr. . Enfuire on trouve une autre rivi,ere nommée
T avaria' elle dl grolfc , mais on peut la paifer à
!!lI' : 1 t>ens de pi d om de l'eau jufqu'aux ge. nolOX. C rte riviere paifée, il Ya quatre milles de
ch min praticable., mais fujer aux embu[cad .
A la gauche du ch min d'Olmerra à Sartene, on
trouve Sicat>ni 11a ' Poldaccie à cinq milles d'Olm
, chemin très mauvais de mom' s & de[centes' il ad brolfailles. A un demi-mille de Sica ni Ba, dl Folfano, bon chemin. De Folfano
à Arbillara, deux milles, bon ch min, Entre deux
il y a un POnt de Pierre app lié Rozan [e, en très
mauvais état, [ur la riviere de T anatia : il n'y a
que les o-ens de pied qui p uvent y paffi r; les cheIr
'
aux pauent a gu , .
D Cauro à Baftelica , douze milles; partant de
Cauro, trois milles de bon chemin en plaine: enfuit on monte en b .au chemin pendant un mille,
Dd

2.08

2.09

DE L'ISLE DE

210

DESCIUPTIO

CORSE.

2.11

CÉOCRAPHIQUE

jufqu'3. une petite Egli(e appellée S. Alberti; puis
à un demi-mille on paIre une petite riviere (ur un
pont de pierre; enfuite ' une petite dill:ance, on
patfe le ruifIi au Campirrofo fur un POnt de pierre;
on monte en(aite pendant un mille & demi a(fez
ceau chemin, dom la pente dl: douce' enfuite le
chemin cl vient plus roide, & l'on arri"e à la riviere
e Zipitoli, qu'on paffe (ur un pom d pierre;
enfin apr' delU montées & deux d fc me<;, on fait
un min & d mi en plaine,
ron arrive à la ri.
viere de Baftilica, qu'on pa{fe (ur un pom d pierre, proche lequel dt un Couvent de Cord lier.
Les maifoDS qui compo(ent Ballilica, (am au d (.
(us) au deifo & à Côt' d c Couvent.

CHA PIT R E VIII

DiviJwn Géographique de la CorJé.

LES Cor(es divi(ent 1 ur HIe en quar~e grandes

panies, (uivant 1 quarre points ear~naux d~
10nd . Ils nomment la par.:ie Septenmonale, dlqua da momi. (de de? les montS) ; & la partie
Mérid ionale , di.la da manu (de d là les monts);
& ils appeU nt la partie Orientale, banda. di. denuo (bande d d dans); la partie Occidentale,
banda di fora (band du d bars).
Les montagnes dom cerre iUe e!l: couverte, la
parrag nt fuivant c rte diviGon dans laquelle on
compt onze Provinces & quatre Fiefs. De ces onze
Provinc ,il Y n a [ept en de<;à des mORts, qui.
[Ont, Capo Cor(o, B llia, ehhio; Balagna,
Calvi, Con' , Aliéria; & trois Fiefs, qui [om,
onza, Brando ' Canary.
Au·d I~ des montS, il Ya quarre Provinces qui
(Ont
·
" ico AJaetio, Sartene, Bonifacio, & le
~
Fief d'Inria.
.
Ces Provinces contiennent plufieurs pieves ou
p~tits camons. On app Ile pieves, divers lieux,

Dd ij

2l:z.

DE L'IsLE DE CORSE.

DESCRIPTION GÉOCRAPHIQUE

Villages & hameaux fous la m~e régie, quoiqu'ils
dépendent de différentes paroi1fc • le mot de pieve
vient de l'lralien Pi(VQno , qui veut dire Curé principal. Il a l'infpeilion fur les Prwes,
leve une
certaine pan de leurs dixmes' mais c e divilion
fc autant pour 1 aflà.ires civil , qu pour c li
d l'E~üfe.
On compte dans la Cor{; foinm -une pi 'es)
plus' ndu qu 1
les un plus nombr ufc
aucres.
On voit n Corfe de grand ' c ndu d terr
inhabic' ) prefque par-muc cou\' rr d boi.
Payl3ns s'y r nd Dt n
pour fair p:ucr 1 ur
bécail)
ramalfer des chàcai!!TIe5. Us y fom d
A p ine
rit cabanes pour fc mem 'couv
trouv -t-on dans toute 1111 une mécairie d ' Cl h' .
ils Ce ralIi mbl Dt plurôcdans de p tirs villa~ qu'ils
appellent Paifts (pa '5) où ils foOt plus n sûr ')
- ont encr' ux plus d Coci

ARTICLE

PREMIER:

PartÎt Stptenvionale) ou Diqua da Monti.

I.

LA

Province de Capo di Corfo dt la partie la.
plus Sepcentriona.le de coute l'ille. Elle fi: emourée
la. m r d crois côc ; [avoir à l'Bt, au ord &
à l'Ou fi:: lie a au Sud les FiefS de Brando , de
nary de onu. Sa longu ur du ord au Sud
lt de vin milles & plus, ou [ept lieues commun d France) 'pres de neuf milles ou trois lieues
d L'l~ ur d l'Efi: 3 l'Ou ft.
Quoiqu cen Province foit remplie de montI n ) elle en cr' peupl' & fertile, les montagn étanc couveu de vignes & d'oliviers, &
arroG' d'un grand nombre de p tires rivieres &
rui1Ië u.'!:. On diltingue plu(jeurs camons ou petirs pa s qu'on appelle viUaggi; c'elt l'aiferuhlage
.(1 q~qu bourgs) villages & hameaux. Ces cantons fom au nombre d huit,' favoir , villalToi di
Tomino) de Rogliano, d'Erfa., de Centuri, di
orfiglia) de Pino) di Barenali, & villaggi di
agnan Il n'y a qu'une pieve qui efi:cellede Luri.
~~

2.1.+

DES<;IUPTION CÉOCRAPHIQUE

DE L'ISLE DE CORSE.

Le village de Tomino dl: très fort par fa fituatlon.
D Tomino à Bafiia, il Y a à l'Eft vingr.ux
milles. C pays eft varié par une infinité d collines, & arro[,/ par quamiré d ruilfeaux. La càre eft
bordée d p tirs villal)cs habit par des P' ch urs;
& un peu en dedans du pays on rrouy pluli urs
hameaux qui font alfez bi n UlU / .
Le Fi f d Brando en le plus confid /r.lbl d
trois: il r nferme troi camons 0 vilhogi, q
fom Pi tracorbau., Si{; 0 . Brando.
Le Fi f d
onza a pour li ux principaux J
onu, Olro ru, Ol)liafuo . 01 hini.
Le Fief d Caoar)' bord' par la mer du ôr d
l'E1I: J cami nt plufieur bourgs , illal)es. Le
principal endroir el! Olmi.
Il faue voir 1 cme d la Province d Capo di
Corfo J où l'on rrouv rous ces àérails. L'on a donn / ci-devant pal) 11.0, la d Cc riprion parti uü r
1

d côn.

1 J.
La Province de BJll::ia a d lonou ur du

ord
au Sud, environ u ce-rrôis miL! s ou onz lieu s
communes. Son Ir odae cl l'En à l'OucH: c: fore
inégal , ayant du côré du ord 1 s Provin <.; d

2.15

Capo Corro, de ebbio & de Calvi; & du côté
du Sud & de 1'0uefr, celles d'Alléria & de Corré.
On a donné ci devant page 15 l , la defcription de

ces cores.
Ceere Province contient quatorze pieves; favoir,
la pi ve de Lota, de Perrabugno, d'Oero, de
hriana, de Calinca, de T avagna, & de Moriani : ces [, pt pi ves fone peu éloignées de la côte.
Les aurres fom les pieves de Cafaconi, Ampugnani, Oreza, Bil)oroo, Roilino, P /tralba & Caccia : ces [, pr d roi r s font dans les monragnes.
rce Province eft arro[,/ d'un grand nombre
d rivier
d ruilfeaux, qui prennenr leur fource
dans 1 momal)nes, & viennene fe rendre à la mer
fur la côte Ori ne:tle. Le Golo dl: la plus confid /rable d roures; nous en avons parlé page 90.
Les monragnes fom couvertes pr fque toutes de
bois, dont quelques-uns fone très beaux; enu'elles
on trouve plufieurs vallons qui foor ferriles, & qui
produiroient beaucoup s'ils éroiene cultivés.
.
Baftia eft la capitale. On a donné ci-devant,
page l 2.6, la defcriprion & le plan de ceere ville.
AI" oard des aurres lieux, il faue voir leur iiruarioll
fur la carte ci-jointe.
Depuis Billia jufqu'à AUéria en allant au Sud,
c'eft une plaine de cinquame à foixanee milles de

2.'17

DESC'lt1PTION GÉOGRAPHIQUE

DE L'ISLE DE CORSE.

long. Elle e1l: très propre à la culture de tOures Cortes d grains, &
a d'excell n pârurages. On
y voit quelques ve1l:i es des d ux Colonies Romaines, Mariana & Ali ' ria, qui r éroien 'rabli 'mais
on n'y découvre aucun monument remarquable.
On voit auΠdans cerr plaine les ruines d'une \'ille
an i nne appell
Leie, qu'on dit avoir'ré b.itie
par les Errufqu
mais li n'otfr nt rien d cuneux.

aller de S. Fiorenzo à la rour de Paragtliola ~ l'embou hure de la riviere Ofuicone. On a joint ici
une carte paniculiere de cerre Province, où l'on
trouvera rous les bourgs & villages qui compoCent
1 pi ves, & les noms des principales monragnes.

2.16

III.

1 V.
La Province de Balagna dl bornée par la mer
du côté du ord : à l'Efi, elle a la Province de
bbio, dont ell efi Céparée par la rivi re d'Ofuicone' . à l'Ou fi) c li d Calvi. De l'En: à
l'Ouefi, on lui donne cr
milles d'étendue, 011
un peu plus d quarre li ues communes de France.
On a vu ci-d "aot, page 1 8, la defcription de
r. côr . Quoique c tI Provinee foit tIes montu ufc , elle fi une des plus fertiles de la Corre &
bien habir f e: on y compre cinq pieves; fa voir ,
d'Ofuicone , d T uani, d'Arogno, de S. André &
d Giulfani.
11 y a qu Iques rivieres & beaucoup de ruilfeaux
qui pr n nt 1 urs [ourees dans J cotIe des montatlnes) coul ot les uns v rs le
ord, les aucres
rs 1 Sud. Les rivieres qui coulent vers le ord
font la Regino, la ov lia l'Ofuicone.
Les princip:1ux endroits [om le bourg de 0Ee
T

La Pro 'inee de ' bio n'e1l: pas fi' ndue ue
!J. pr' éd nt , ell n'a

re qu dix huir mill d
l'Efi à rOuet, . O\'iron quinz milles d
ord
au Sud; 1 fi fort monru ufc , arrof,' d
uoup d ruilI< ux ' p cir rivi r ' On}' ompte
(LX pi v ; Cavoir, la pi v d Farimole, d Parri·
monio où dl: le pofie ' 1 bourg d Bacb!7f"Îo Cur
le ch min qui communiqu de San Fiorenzo à
BaIha, c lie d'Ol rra, d'Olm rra, d S. uili 0
de S. Pietro: eli [ont pr fc u roures d:ms la
partie Orientale d c cre Provin ,A l'. rd
Ja
partie Occid orale qui efi C~par' d 1 Baia ne p r
la riviere d'Ofiricon ,ell fi pr [que d' cr
r mplie de haures monragn s cr' • pres
cr' ru·
pes, au travers deCqu 1 on paffi cep ndam pour

:tIk,

ne

DE L'ISLE DE. CORSE.
2.18

DESCRIPTION CÉOCRAPHIQ E

vella, Pala[co) Beloodere , Occhiata) Colla) Olaca , Porcitilo )
arfolio, Speloncaca
illé ,
elfo, Feliceto) Oni a, Sama Reparata) Corbata)
omic Uo) Pigna) At~no) Praoli) Caturi) & plulieurs aucres. II Il inutile de pari r des
montagnes) & de donner ici 1 ur nom & leur Gruacion ; j'ai penfl' qu'il valoit mi ux donner une
carre paniculi re d c ne Province. Il faut voir auŒ
à la paoe 103 ) les r marqu fur fi produ ions.
)

2.19

l'a~cr~, dans leCquelles on remarque pour lieux

pnnclpaux) Cafiana) Mome Maggiore) le Couvent d'Aliiprato) Calenzano, Mocale, & Sainre
Marie de l'Ellella, qui efi dans les bois & au milieu des monta nes. La ville de Calvi ell la capitale
de cene Province) & l'une des plus conlidérables
de la Corfe. ous en avons parlé ci-devant page
1 8) & nous avons donn' le plan de fon port &
d f, mouiUag .

VI.
La Province de Coné dt limée dans le ceurre

la Province de Calvi dl: b ucoup plus l:t ndue
que les deux pr édentes. Ell a la m r pour bornes du côr' du ord & de l'Ou Il, eIl a du côt'
de l'Efi la Province de ebbio d BafiU· & du
CÔt du Sud) celles d Con' 'd
ico' d (one
quO Ile a vingt-quacr à vingt-<:inq mill d l'E1l'
l'Ouell) & plus de quinze mill du ord au Sud.
Ce pays Il couven de montaone:s qui s'étendent
dans beaucoup d' ndroits jufqu'au bord de la mer.
Il y a qu lques rivieres alfez grand , 'beaucoup
de p tits ruilfeaux,
Cette Province n'cil pas cxrrêmement peuplée
pour Con érendue. On n'y compte que d ux pieves)
<:elle d'Olmi & c lie de Pino) voifmes l'une de

d l'ill. Cefi une d plus grandes & des plus étendu : elle dt couvene d bois & de moma<Tnes &
;:,
rnalgt cela elle eft fon p il plée : elle eft anorée de
pluu urs rivieres & de beaucoup de ruilfeaux. On
y crouve des vallons, qui f, roiem très [; niles s'ils
roient mieux cultivés. Ceft dans cetre Province
q.ue les crois grandes rivier dom nous avons parlé
Cl-d vaut) 1 Golo, le T avignano & le Liamone
pr nnem 1 ur (ource.
La ville d Con') qui veut dire la Cour, eft la
capital de cette Province; eUe l'étoit autr fois de
roUt l'ill . La plupart d s Géographes la prennent
pour la iUe nommée anciennement CeneJlum,
que quelques-uns plac nt pounant à Santa Lucia,
E e ij
)

1.10

DESCRIPTlO,' GÉOGRAPH IQ

E

village voiG.n, où l'on voir encore quelqu vieilles
ruines. Ceil dans cette ville que le G' n rai a fan
Palais;
les Officiers qui compofem le Cor s d
la Légillarion, s'y a{fc mblem rous 1 ans: ell a
une niverllr en aifez pauvre écu. ne pmi de
la vill eilliru' au pi d d'un rocher, & l'autr fur
la pent : tour aurour il une plaine nvironn'.: de
monta~nes tr' hames, C e ville eil
d choCc
aujourd'hui' cesd mi r guerr l'om pr Cc ue en·
'ercm nt détruire, d forre que c n'dl plus qu'un
village qu 1 Fra.nçois om f'rrn' d'une muraill
d pi rr fech pour la sûr r' d la rnifon qu'ils
:'1 t noi nt. Ell Il GtU fur un monta~e d roc,
qui a. peu d" ndue
ucoup d'in'oa.lir' : fa figure
tr irréguli
(il faur voir J plan ciJoint) La parti d c
viII qui fi à la gauch
de fon château, ft rr' 1 \,' : 1 s ma.ifons font
détachées 1 un d autr , • h cun il plac'
fur un morceau de roc d diffj'r nr h, ur ur par
amphirhbtre. T oure cen parti qui fr pair
fcar • , ft ina c lIibl d d lU côr' qui donnem [ur un v llon. La uruarion du château en: auilî
[ur un roc if, forr ~le\'é, & fc rpé de rou~
p:ut.s : pour y arriv r, il n'.' a qu'un ch min rournam où l'on ne p Ut paf{( t qu d lU de from. L'endroir 1 plus confid'rable d ce château 1 cft cdui

DE L'IsLE DECORS E.

OÙ [ont les bitimems. On trouve

22.1

à l'entrée une

rour quarrée & voûrée, & plufieurs bâtiments min' . Cefi un vilain lieu, & prefque Mfen. Il y a
d lU Couvents de oines en dehors dans la plaine' l'un de Capucins au ord, & l'autre de Cord li rs au Sud: c'efr de ce Couvent que l'on découvr le mi lU la ville de Con'.
Cerre Province conciem fept pieves; [avoir,
c lie d
allerullia, de Bozio, de Venaco, de
Cafrello, de T alcioi , de Giov !lina, de iole,
une des plus. confidérabl s & des mieux peupl' ,
& le canton nomm' villa~~i di Corfia. A l'égard
d lieux qui compofl nt ces pieves, ils n'ont ri fi
de r marquabl , ni qui m'rir un d'rail parriculier' les cartes ci-jointes fom fuflifames pour connom 1 noms 'la firuacion d rous c sendroits.

V 1 J.
La Provinc

Ali ria dom nous avons d'crir Jes
côr s' la page l ' +, s'étend 1 long de la mer l'cfpa d rrem -uois milles, ou onze üeues commun ,ayant pour bornes au ord la Province de
Bailla, au S Id c Ile de Ponovecchio , à l'ER: la
m r, &' l'Ou
la Province de Corré. La côre
d la m r fi un pays plat> arrofé de pluGeurs ri-

:1.1.1.

DE L'ISLE DE CORS E.

DESCRIPTION ~ÉOC'RAPHIQUE

vieres & ruilfeaux qui dercendene des monra"oes
qui [one dans la partie Occidentale de cette Province. Ses principal rivieres [ont le Thébia, l'Al Uni, le Bravone> le T avi nano, le Ta none,
le Fiumorbo, r AlIiall [0 & le T rave. On ycompte
fix pieves ; Cavoir >cdle de Campoloro, d' ,fani,
de
r e, d S rra, de Curra & de oauna. li
faut voir les cartes particuli res d c
Provinc.

ARTICLE

Pante

II.

'ridionaL dt [IjU tU Corft) ou D' da

MOTlli.

1.
Pruvina de Vico.
Province a pour born s, du côt~ de
l'Oudl, la m r le golf; d alinco, done J' .
donn' 1 plan, . la d fcripùon pag 15 8 ' du
té du ord, 11 a 1 golf! d Pono ' la Province
de Calvi; du Côt' du Sud, c Il d'Aja cio' . du
Côt' et l'Ell:, c 11 de orré. Ell onù nt cin
pieves, qui ront Vico, roune,
r oz.\, S id ocro, Sialf.llonga, . 1 pays d, Cap'll di og.
CETTE

A

"....
'YI ,

22.3

La pieve dico contient dix-rept paroilfes &
villages, c Il d Cruuoe en conùem deux, celle
de Sorenza quatre, c Ile d Sevidentro fept, celle
d Sialfa Ion di Piana une, & le pays de Capella
di Coggia qUatf . 11 faut voir la carce de cen ProVlOce.

Le bolffiT de

ico cft 1 ch f-li u, & l' ndroit
le plus COnll ' rable de cette pieve: il y a un CouV nt d Cord li rs.
Le terr in d la pieve de ico cft prerque toUt
incuit . EII manql1 d bien des chores, principal m nt de vin d'huile, dom elle fe pourvoit à
Cioar
. a's vowns: Il a alfez de grains & de
menu bétail· Ile n' n a pas alfez de gros, qu'elle
ùr d'aiU urs. On recueill prerque par-tout du lin
tr
u' tr' fin. Le climar ll: aIrez propre aux
hâtai n rs.
On en peUt dire aura nt d la pieve de Crufine
ou Cruflini. EUe ell: limée au pied des montagnes:
fon r rrein ll: pr fque incuIt &: dépeuplé; il ne
produit ni vin, ni huile, très peu de grains. Le
peu d'habitants qui y foor, vivent de châtaignes
qu'ils r ueill or en abondance> quoique l'air y foit
froid. 11 y a un bois de chAnes verds à e/fa.
La pieve de Sorenza n'cft pas plus f! nile. Son
rerrein fi incult
fiérile; cep ndanr les châtai,,:

.1.1.+

DESCR.IPTION CÉOCRAPHIQ"JE

gniers y abondent. Les villa
qui la compofent,
om a(fez de gros & de menu béwl: on y fait de
bons frorna es, principal ment a GualTno.
La pi ve d
'id nao efi: compof,'e de fi vilhg s, qui font, Evifa, Ott:l, iLri na
hidnzo Chrillinacci & T a(fo, mu 'litu' dans 1
montagn , qui font cultiv' <Uns
ucou d' udroitS,
qui produii nt alfa d ~ins pour r.
ha iuntS. Elle manque d vins ' d'huil . mais les
b~fi:iaux, ch.itai n
" fruitS 1 en ind mnir. nt. Il
Y a d~ tr'
Il fur' d h' n \' rds ' de
h'a .
La pi \' d Sia(fa Ion ne onfifi: aujourd'hui
qu dans un fcul 'illa q 'on app Il Pima.. Aua 0' 1 Gr
'rmlis 'Paoni en &.ifoi nt la
pmi La plus confid: rab 1 ' rn:lÏs 1 RLbll 1 ont
t Il m m malu:lÏt , qu'ils om "ré 0 li ' d' bandoon r \ ur t rtitoir , ' d fe n:tir 'AJ cci ,
Leur camon étoit lr culti,", ram les plain que
1 s collin ; il 'toit auIli abondant en tOUt..-s fort
de grains. Il y a d s fut:1Ï de cbçnes v rds c' de
pin. J' i par . de c rt Colonie' la pa e 39.
Out! 1 cinq pi 'v qui font d:ms la Province
d Vico) il Y aIt rrimire de apelIJ di 0 ia,
di ifé en qU3.tr p ri villaoes, dom 1 h bltal1tS
reçu iU nt f, ul mem d quoi vivr , Us n'om point
d'oli\i 'rs,

2.2.5
d'oliviers) mais ils ont une futaie de chènes verds.
Leurs habitations font proches de 1:llI).er.
DE L'IsL E DE CORSE.

1 I.
Province â Ajaccio.
Cerre Province efi: une des plus belles de rIfle tIC
des plus étendues. On y compte huit pieves; fa'oir) Ajaccio, la rlenana, Cinarca, Celav.().
Capella de Peri, Caoro, Ornano & T alavo. Cette
Province a pour bornes du rot du orel, celle de
Calvi; du-côté de l'En:, la Province de Corré; du
cô du Sud, celle de Sartene; & du côré de
l' u fi:, Ile efi: bornée par la mer & les golfes de
Sone) d'Ajaccio & de Va.linco. On a vu ci-àeam, pa 150 & fuiv. la defcri ption de ces côres,
av d plans parricu)iers de ces aois golfes: ainu
il me refi: p u de chotè à dire fur cette Province.
Alata
ppi rro d' perulent de la pieve d'Ajaccio:
ce fOlK d ux villages affez bien plmplés.
La pieve la plus voifine d'Ajaccio) efi: celle de la
Me{{ana. L s lieux .connus fom) Carcopino) Sar01a : il y a enae deux un Couvent de Cordeliers,
Opapo , Poggiale, Suari, Montichiachia, Calire.
La pieve de Cinarca contient les villages d'Ambiegna. Arro, Il y a proche ces lieux une futaie

Ff

7.1.6

DESCRIPTION GÉOGRAPH IQUE

de chên verds, Calcatogio, S. Andrea, Canelle 1
Fari , où il y a un Couv nt de Cordeliers, CafOlalione, & l'Opina.
o La pieve d Ctlavo d'pend de rEvêché d'Ajaccio: elle contient 1 lieux de iciani,
rbuccU
Boo o!!llano, T av ra, S. Antonio, C rn oli,
ro Tavaco.
Cap lia d Ptri d l'Evêch' d'AJaccio : Ces villa es fom) Peri> Olmo) T ah.{; ) Cutoli . Corti hiato.
L piev d Caoro d l'E \,' b' d'Ajaccio, compr nd 1 villa/:) d
oro) IUr
Ec i a, 0 cana ) ToUa) B ft li > où il a un COUy nr d
Cord liers) anto, T rucco Laceia.
La pi
d'OrTUlllO ft la pus Dombr uG n viiI . On en ompt vin/:) -<}lUtr ) qui fone, anra
aria d'Ornano, où l'on oit cor aujourd'hui
le Palais du InctU an Pietro d la Bail lica
r
du
r cbal d'Ornano' $ich' : il y a nrr c '
d ux endroi un COUy or de
i rs' rbalacone) GroG rro) Prugna
i ni> T onfid na,
Zigli ria, Azilon' , Ampa&) Fucign , Quafl Ulra, Cognocoli
onti hi, For iolo ,
mp)
C nanagoio, T ruffi rro ,
bier> ia) Pila, {ID ra> Canal , Cardo , Torgia.
La piev d T. ftzvo. 0 n avons pari' , la

DE L'isLE DE CORSE,

1..2.7

page 51. Les villes, ou plutôt les bourgs fom,
Zicavo, où il y a un Couvent de Cordeliers; Pog!rio, Soprano & Sorrano, Cimanaccie, Ghirrera,
Palacca> S. Paolo, Gioviccaci) T alfo, Cozzano.
Encre Palacca & Cozzano, il Y a des futaies de
chAnes verds 'blancs, & de crès beaux rapins.

1 1 1.
Fiif d' ljlrùz.
Ce Fief !?e compafe qu'une pieve limée encre la
Provin e d'Ajaccio au Couchant) & celle de SarL ne au L vam. On a parlé des produéOons de ce
Fi à la pa 101.. Olmerro en le lieu principal &
le plus peup : il ft compofl' de trois hameaux,
nomm' Pian 110, Ortale & Riba; il Ya un Cou\' t cl Cap cin. Proche OJ.merto, on trouve
Solla ro) done les habirants one tOutes [Olt 5 de
ivr en abondanc ; enfuite Cafalahriva, -qui a
:alfc z de vivr
d'huil pour IHonfGlIUllation de
{; habiran ) mais qui manqu 4e vins: ks paros
fonr 1 animaux qui y fom 1 s plus communs. En
fuivanr la montagne, on crouve Bighifa ,p crerro: ils produiU nt quanriré de vins altez bons, des
charaiones & des b Riaux ; mais fi peu de grains,
<lu'on ne r onnoîr plus l'ancienne ferrilir'. En~
F f ij

DESCRIP'I'ION CÉOGRAPHIQUE

nE L'ISLE DE CORSE.

Juire à 'juaue milles, on trouve 10cca & rote ~
la ucuation en eft affez belle; il n'y manqu<: ri rI
de ce qui dt néceffaire à la vie' le yin y dt abondam, mais foible. Ar iufta & oriccio qui fc fuivent de pt ,[Ont de m~me que les deux "il13:>
i-d ffus pour la uLUarion & le produit, li c n' ft
qu'ils manquent de in, donc ils font ind mnifl'
par le lin, le mid & la cire. Enhn on arrive au villa e d'Olivefe) confins de ce Fi f: c' ft un lieu
miférabl;
fi forc d peuplé préfent m nt & n
di[ene de vi res) qu'il n'eft pas en aucune facron reconnoiffahle d ce qu'on du qu'il écoit auer fois.
Les habitams ne [ub{ifi nt que de châtaignes & d
viandes dom ils Ont de route fpece. Ils oor abandonné la cu1rur des tm,
ne s'occup nt qu'à
élev r & faire paîer les rroupeaux.
Cerre pieve ft er abondanr en chAnes verds,
propres aux bâtimenrs d mer; il Yen a à porr de
prefqu tous [es villa
: il y a au!Ii b ucoup de
rapins. Le golfe de Valinco . la plag de T a1avo
font les plus à porcée d ce bois pour l'embargu ment.

font, Sartene, Veggiano, Talla) Corbini ou la
Rocca) & Scopamene: elle a pour bornes la mer
du côté de l'Ouefi, du côté du ord elle a le golfe
de Valinco & le Fief dlfuia, & à l'ER: & au Sud
elle a la Province de Porto-Vecchio & de Bonifacio.
On 'oit encore à Sartene, chef.lieu de cette
Province, les refies des murailles qui le fermoient.
Son œrrein ' t ndu fur de p tites collines, produit
toutes forces de grains, & plus qu'il n'en faut pour
l'ufage de [es habitants. Ils y r cueillent de bons
vins, m'lis peu d'huiJ;
il y a beaucoup de befwux. Les grains y [ont excell ntS : ils en fom commerc'
la [orne s'en fait par leur propre rivage,
au li u nomm ' Porcigiolo , golfe de Valinco. Voy.
la carre du golfe
Les habitations d la pieve de Veggiano font nruées au pied des montagnes, dans un reITeffi cula\" ) & fertile en grains, huile & vin : les habitanrs
n'ont pas beaucoup de beftiaux.
La pieve de Talla produit du grain & des denré plus qu'il n'en faUt pour la nourriture de [es
habitants; ils en ponent aux pays voinns : ils om
beaucoup d'huile; le teITein en produiroit davanta~e) s'il éroit cultivé. Ils Ont très peu de befiiaux.
Ses villages font Santa Lucia) Mda; il ya entre
d ux un Couvent de Cordeliers; Olmicia, Poggio
di Talla) Cargiaca) Lorereo.

128

1 V.
Province de Santne ou de la Rocca.
Cette Province eft compo[ée de cinq pieves) qui

22.9

2.30

DE L'ISLE DE

DESCRIPTION GÉOGR'APHIQ F-

231

[ei le au pied de la montagne. La plus grande partie r fie depuis Oélobre jufqu'en Juin à Portoecchio, dont ils travaillent les ~mpagnes ; ils retournent nfuire habit r Quenza pendant les chaleurs . le tems que 1 mar'cages en infe&ene
l'air. Sorbolla & Serra [onr.d ux villag s qui produifenr aJfez de vin & d'huile pour ruCa e de 1 urs
~
.
habHanrs. Le r fi d la pi v en manque, mais
Il abond en belliaux, principalem nt Quenza
qui n nvoie hors d [on territoire, ainfi que d
frolIU es xc Il n , à caure d s bons pàturaaes de
Caf! i~ne où ils men ne 1 urs belliaux : ils o:t aulTi
d
haraign. La principale culrure de cerre pieve
fi dans les plaines d Porro-V cchio . Bonifacio.

La pieve de Corbini, autrement de la Rocca,
du nom de ce fameux Ranuccio de la Rocca, contient fix villages & hameaux, qui fone Levi' , Sorba, Elmicaia Cafi: 1d'Accie, S. Ga ino Zonfa.
Le princi pal vil e ft c lui de Ltvii, fieu' dans
un vallon ncr d ux collines: la p us grande partie
. produit aux habiCUl ce qui
n'eft culriv'
c lIàire pour vin . ils abond nt fur OUt en ftiaux, qui fone d porcs . d vach . La culture
de c peu pl 1 fur-rout d.lDS 1 plaines de Ti ri,
proche BoniEa io. EnCuit on crOUY Zonza . S.
Gavino fur d collin p cultiv' . auŒ font·i1s
d pourvus d cout Corr d vivr , ils ne r u ü1 ne qu'un p ud'org . d fi i 1 d ce qu'ils fi m nt
dans 1 plain d Porrohio : nuis ils one
beaucoup d b iaux qui fone tout 1 urs ri h Ifc ;
ils fom pr Cque cous Pàrr .
La pi e d Seop ID ne ft compofl' d fi pt
villa~ ,qui font
u u qui ft 1 plus confi 'rable,
l'on y cornpt plus
huit en :un ;
Sorbolla qui n' n conci nt que cinq c nts,
a,
Chi ffa, Aqua Fredd Aull', Z'rubi3..
villa es d 1 pie d ScapolMTU foot co Cur d
nza qui i n pbine,
collin " l' x prion cl
mais dont l tenein eft prefque tOUt in Ir. L
habitants ne recu ill t qu'un P u n'mg , li

CORSE.

v.
Provinces de Bonifacio (; Porto-Vecchio.

J

C
Province qui ft forr étendue, eft bornée
d trois côt' pat la mer, qui baign [; s côt S du
côt' d l'En:, du Sud & d rOuefi; au ord elle
a la Province de Sart ne, & partie d celle cr Ajacio ' d'Ail' ria. Comme j'ai donn' ci-devant paae
J 2.0 • fuiv. un d fcription de [es côt s, avec d s
nes
plans d s principaux endroirs, il ne me
r fie ri n à dit de c rr Province qui ne contient

1.31·

DESCRIPTION CfOCRA.PHIQ.UE

que deux pieves) qui fone Bonifacio ' PonoVecchio.
Le territoire de Bonifacio n'dt pas forr étendu.
Aux environs d la place, ce n'efi que v Uons &
collines' plus avant dans les terr ,ce fone de haumonca~ne<:. Le tere in abonde aIfez en gnins
& en bons vins roug ,mal r' c la il n' a pas de
viU
d ns tO te fon é ndue' 1 tOUt fe r uit a
la iUe ' à [on fauxhour • qui peuvent omenir
m'iron d ux mille cinq c nts am.
Le t rr in de Porro- cchio efi plus ét du.
Cene pi 'e a ' , d m mbr' d cell de Talla. Il
n' y a gu r d'habitants, 1 l1Uuvais air les en a
chalfés; par con(équ nt cr' p u d culrur , mais
1 peu qu'il: n a produit d bons grains: li y a
aulli peu de in, mais il ft de bonne qualit '. On
trouve beaucoup cl fan iers & d cerfi d. os les
bois, qtù [ont beaux . bon . Le gros bétail de ce
canton va p Îue av c celui de T alavo, dans d
campagnes qui ne fone occupé <i par d Piues,

FI

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