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La présentation géographique de la Corse

La présentation historique de la Corse : l’union à la France

Trente manuels (16 de géographie et 14 manuels dédiés à la Corse) évoquent l’union de la Corse à la France, même de manière succincte. Par exemple, Félix Oger, auteur de Géographie physique, militaire, historique, politique, administrative et statistique de la France  suggère le rattachement de la Corse à la France à travers la rubrique Lieux remarquables : Pontenuovo, vict. Du Comte de Vaux sur Paoli en 1769. [1]

Dans cette thématique, les différences entre les points de vue « français » et « corse » sont porteuses de significations différentes. L’étude du vocabulaire utilisé est, à ce niveau, particulièrement instructive. 

L’union vue par les manuels de géographie

 Dans les manuels de géographie, la Corse a été « vendue » ou « cédée » c’est le point de vue officiel, celui du traité de Versailles ou de la défaite militaire de Ponte Novu, qui est retenu. 

Termes utilisés dans les manuels de géographie               

Les termes « vente/achat » et  « cession », expression plus neutre, sont employés dans des proportions égales.

Ce pays fut cédé à la France sous Louis XV, depuis cette époque il nous appartient. (Saint Roman, p 13, 1840)

 

Ces vocables de vente/achat sont pourtant impropres sur le plan historique puisque le traité de Versailles ne les contient pas. Selon les termes du traité, la souveraineté de la Corse est donnée à la France en échange de l’effacement d’une dette (les frais des missions militaires françaises en Corse). Néanmoins, ce traité, élaboré sans qu’ils aient été consultés, est ressenti comme un acte de vente par les insulaires et les esprits éclairés des Lumières, comme Voltaire. 

La Corse, capitale Ajaccio, achetée aux Génois sous Louis XV, en 1768 (Lemonnier, Schrader, 1902, p 19)

D’autres auteurs mettent l’accent sur la conquête militaire, par exemple Malte Brun :

L’offre de Gênes fut acceptée en 1768 (15 mai), et le comte de Marbeuf parut avec une armée sur les côtes d’Ajaccio pour soumettre tout le pays. La soumission eut lieu, non pas sans beaucoup de sang répandu de part et d’autre. Paoli, quoique réduit à des forces très peu considérables et à l’occupation de quelques petits forts sans importance, sut résister au marquis de Chauvelin, qui avait remplacé M. de Marbeuf. M de Vaux succéda au marquis de Chauvelin ; une action générale fut engagée près de Ponte-Nuovo, et Paoli poursuivi de près, écrasé par le nombre ne dut son salut qu’à la vitesse de son cheval. Il se réfugia en Angleterre, royaume auquel il avait voulu soumettre la Corse.» (Malte Brun, p 13, 1881)

 

L’expression « appel à la France »  est liée à la  vision romantique de la construction de la France de l’historien Jules Michelet. Historiquement erronée et employée qu’une seule fois, elle est non représentative des opinions des historiens et géographes de l’époque.   

La Corse. Africaine comme Malte, dans des luttes parfois terribles, qu’elle engagea, jadis, pour la défense de ses libertés, elle n’appela jamais à son secours les Italiens mais toujours la France ; sous Charles VI, Henri II, Louis XV. Petite île, grand peuple à ses moments, qui fut toujours des nôtres par le cœur. (Michelet, 1886, p 140)

L’Union vue par les manuels corses

La date de l’union avec la France est différente selon les ouvrages. Elle est ressentie d’une manière générale comme la fin d’une histoire spécifiquement corse qui va alors se fondre dans l’histoire de la France participant ainsi à la construction de la « grande patrie ». Contrairement aux manuels continentaux, les dates de 1768 et 1769 (le traité de Versailles ou la défaite militaire de Ponte Novu) sont rarement choisies comme fin de l’histoire corse. L’année 1796, celle de la chute du royaume anglo-corse, est préférée dans la plupart des manuels : «  A partir de 1796, l’histoire de la Corse se confond avec celle de la France » (Chronologie Cortona p 29) ou encore « a partir de ce moment (1796) la Corse cessa d’avoir une existence propre. Ses destinées furent celles de la mère patrie, la France, qui l’avait conquise et qui, toute idée d’indépendance mise à part, lui offrit de nouveaux horizons »[2]. L’année 1796, représente l’avantage, contrairement à 1768, d’offrir une version volontaire des Corses de se donner à la France, en faisant oublier « l’achat » du traité de Versailles.

Plus tardivement encore, le 18 brumaire, c'est-à-dire le coup d’Etat de Bonaparte qui mit un terme au Directoire, est choisi comme fin car « il acheva d’attacher la grande majorité de ses habitants à la France, et rien ne rompra désormais cette union plus que séculaire aujourd’hui. »[3]. Il a en outre le privilège de faire ressortir le rôle d’un Corse, Napoléon Bonaparte « qui vengea son pays, anéantit la République génoise et se fit maître de la France et de l’Europe. »

L’union de la Corse et de la France s’est réalisée, selon ces divers manuels, d’une part par le sang des guerres et la gloire des champs de bataille alors qu’en Corse l’armée revêt une grande importance en raison des nombreux Corses qui peuplent ces rangs : « le sang versé sur les divers champs de bataille par les deux peuples, a cimenté leur union ».

D’autre part, les valeurs issues de la Révolution française pour lesquelles la Corse luttait depuis des siècles sont mises en avant : « Il y a donc une nation corse avec ses défauts et ses qualités propres. Elle accepte aujourd’hui par reconnaissance, d’être unie à la grande nation française, parce qu’elle lui a donné l’ordre et la liberté, l’instruction et l’égalité. »

La vision historique de ces ouvrages est résumée par Chiappini : «  Les Corses n’ont pas oubliés leur histoire et leur patriotisme se compose de trois choses : l’admiration des aïeux, la haine du Génois, l’amour de la France. »

Photographie issue de la Bibliothèque patrimoniale Tommaso Prelà, Bastia (Fonds corse)

L’image des Génois

Les deux types de manuels se retrouvent, par contre, sur l’image des Génois, vus de manière extrèmement négative. La révolte contre eux est, de ce fait, pleinement justifiée. Les Génois sontprésentés comme des êtres injustes, cruels et ne s’étant que peu préoccupés de l’état de l’île. Le chapitre traitant de la période génoise dans le Manualettu di a storia di Corsica de Lucciardi est intitulé Tempi bughj di a Corsica : temps sombres de la Corse, cette même période est qualifiée de « domination des plus arbitraires et des plus tyranniques. »  par Mancini.  

Alexis-Marie Gochet, dans son ouvrage consacré à La France pittoresque du Midi se permet de longs développements et laisse une place à la domination génoise :

Leur domination [des Génois] justement détestée à cause de leur mauvaise administration, subsista jusqu’en 1769, interrompue toutefois par de nombreuses révoltes. Telles furent celles de 1553 à 1559, dirigé par le brave Sampiero, avec l’aide de notre roi Henri II ; celle de 1735, qui fit momentanément de la Corse un royaume pour l’aventurier allemand Théodore de Neuhoff ; celle de 1752 à 1768, dirigée par les deux Paoli. Incapable de dominer plus longtemps, Gênes vendit ce territoire à la France, qui l’avait soutenue dans ces dernières luttes, et Louis XV en proclama l’annexion le 15 août 1768, un an jour pour jour, avant la naissance du plus célèbre Corse, Napoléon Bonaparte. (Gochet, p. 348, 1900)

Certains manuels relatent même l’impuissance des Génois à rétablir l’ordre en Corse :

La Corse appartint depuis le quatorzième siècle aux Génois qui, ne pouvant réprimer la révolte excitée dans l’île par Pasqual Paoli (1763), la cédèrent à la France moyennant une somme de 40 millions (1768) (Guillot, p 120, 1898)

La présence de résistance face à la France, après la signature du traité de Versailles, est présente dans trois manuels comme par exemple, chez Cortambert.

La Corse appartenait depuis longtemps aux Génois, quand Paoli chercha à l’ériger en république indépendante, en 1755. Gênes, ne pouvant soumettre les Corses insurgés, vendit, en 1768, ses droits à la France, qui s’empara de l’île après quelque résistance, une année avant la naissance de Napoléon Ier. (Cortambert, 1877)

L’image de Paoli

Personnage incontournable de la lutte pour l’indépendance, Pascal Paoli est omniprésent dans l’ensemble des manuels dédiés à la Corse. Il est alors, sans surprise, célébré autant sur le point de vue de ses qualités personnelles que pour sa grande œuvre politique et législative.  Sa présence est plus discrète (6 mentions) dans les manuels de géographie où il est souvent mentionné sans qualificatif particulier. Toutefois, il est caractérisé du terme « héros » par Guillot en 1898, texte repris intégralement dans l’ouvrage de Mane datant de 1905 :

Soumis malgré eux à la domination génoise, ils ont vaillamment lutté pour secouer le joug de leurs oppresseurs. Quand la France, sous le règne de louis XV, a acheté l’île à la République de Gênes, les corses, sous la conduite du héros Paoli, ont résisté à l’étranger. Mais, depuis qu’en 1769 est né à Ajaccio le plus grand capitaine des temps modernes, Napoléon Ier, qui a porté le nom français si haut dans tout l’univers, la Corse, s’est loyalement donné à notre pays. (Mane, p 35, 1905)

L’image de Napoléon

Les visions des deux types de manuels se retrouvent, par contre, sur l’image de Napoléon qui représente celui qui a scellé le sort de la Corse à la France.

Mais, depuis qu’en 1769 est né à Ajaccio le plus grand capitaine des temps modernes, Napoléon Ier, qui a porté le nom français si haut dans tout l’univers, la Corse s’est loyalement donnée à notre pays. » (Lehugeur, p. 35, 1888)

Napoléon est alors retenu par Lucciardi : « Un fu l’attu di cessione chi ci feceFrancesi. No. Ma e simpatie ci hanusempreattiratuversu su populueroicu e generosu ; e forse, ancu, pè a più grande parte a gloria cusisplendurente chi li deteunu d’i nostri : Napulione ! » (Lucciardi p 23)

Fort de cette symbolique, l’image de Napoléon envahit alors les manuels de géographie.

Etude des ressources économiques de l’île > Les potentialités agricoles



[1]OGER, Félix, Géographie physique, militaire, historique, politique, administrative et statistique de la France, 1860, p. 87 

[2]Monti, Jérôme,  Histoire de la Corse à l’usage des écoles primaires, A. Dupret, 1886,  p 180-181

[3]Gallerand, Petite géographie pour le département de la Corse, Paris, Charles Delagrave, 1873, p 38